CANNES: Drogue des Jeunes – Le Maire interdit la vente de cartouches de Protoxyde d’Azote aux mineurs
Cartouche de protoxyde d'azote /Credit:SYSPEO/SIPA/2006292122

Protoxyde d’azote : « il faut prendre le taureau par les cornes », alerte le sénateur Ahmed Laouedj, auteur d’un texte de loi

Le Sénat adoptait en mars dernier, un texte visant à mieux encadrer l’usage détourné du protoxyde d’azote. Le sénateur Ahmed Laouedj, auteur de la proposition de loi, appelle à une réponse ferme face à ce qu’il considère comme un phénomène « massif » et désormais incontrôlé.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Fléau difficile à endiguer ? Le drame survenu à Alès, mercredi 3 décembre, a ravivé les inquiétudes autour du protoxyde d’azote. Trois jeunes de 14, 15 et 19 ans ont perdu la vie dans un accident de la route ; des capsules de « gaz hilarant » ont été découvertes dans le véhicule. Si l’enquête devra déterminer si leur consommation est directement liée au choc, les effets du produit, troubles moteurs, altération de la perception, pertes de contrôle sont bien connus et représentent un risque considérable au volant.

Ce nouvel accident survient dans un contexte de consommation en forte progression. Selon une enquête Ipsos pour la Fondation Vinci Autoroutes publiée en octobre 2024, un jeune de moins de 35 ans sur dix déclare en consommer en soirée, et la moitié admet l’avoir déjà fait en conduisant. Plus préoccupant encore, 10 % des 16-24 ans estiment que l’inhalation au volant n’est pas dangereuse. Initialement destiné aux siphons culinaires ou à certains usages médicaux, le protoxyde d’azote est aujourd’hui massivement détourné pour ses effets euphorisants, facilité en cela par une mise en vente en ligne abondante. Les risques sanitaires vont pourtant de la perte de connaissance aux lésions neurologiques irréversibles, en passant par les brûlures et l’asphyxie.

Le Sénat muscle l’arsenal législatif

Face à cette montée en puissance, le Sénat a adopté, le 6 mars 2025, la proposition de loi portée par Ahmed Laouedj, sénateur RDSE de Seine-Saint-Denis. Le texte vise à combler les insuffisances de la loi de 2021, qui se limitait à interdire la vente aux mineurs. « On n’a pas voulu interdire le produit, explique-t-il, mais faire en sorte qu’on puisse enfin appréhender l’usage détourné, qui pose aujourd’hui un véritable problème. Il fallait un texte qui ferme les trous dans la raquette. »

Ce texte clarifie ainsi le cadre pénal, l’usage détourné du protoxyde d’azote devient explicitement sanctionnable et expose à une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison et 3 700 euros d’amende. « Aujourd’hui, lorsqu’on arrête quelqu’un avec des bonbonnes, les policiers ne peuvent rien faire, rappelle le sénateur. Le texte doit justement permettre de sanctionner cet usage quand il est détourné. » Le dispositif renforce aussi les sanctions pour la vente illégale, notamment lorsqu’elle concerne des mineurs. Une obligation de traçabilité des grandes bonbonnes est instaurée, inspirée de celle applicable aux bouteilles de gaz. « Il faut qu’on sache qui achète, qui transporte et qui utilise. Si quelqu’un circule avec quarante bonbonnes sans aucun document administratif, la loi doit pouvoir tomber », insiste Ahmed Laouedj.

Le cadre prévoit en outre une vente soumise à autorisation administrative, une interdiction de transaction entre 22 heures et 5 heures du matin dans les épiceries. Une vaste action de prévention est annoncée dans les collèges et lycées. « On ne veut pas des spots bisounours, martèle le sénateur. Il faut des messages qui choquent : cet usage tue. » Il évoque également des travaux en cours au sein de la santé publique sur des tests rapides, comparables à ceux utilisés pour la cocaïne : « On attend. »

« C’est compliqué d’interdire »

Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale, où il croisera une autre proposition de loi du député La France Insoumise, Idir Boumertit prônant l’interdiction totale de la vente au public. Une perspective que le sénateur juge pour l’instant irréaliste. « C’est compliqué d’interdire, affirme-t-il. Qu’on m’explique comment on l’interdit au niveau européen. On en a besoin pour les hôpitaux, pour les boulangers… » Il n’exclut pourtant pas un durcissement si le cadre européen évoluait : « Si demain l’Europe l’interdit totalement, tant mieux. Mais pour l’heure, il faut planter un décor juridique solide et applicable. »

Même en cas d’interdiction, note-t-il, l’approvisionnement ne disparaîtrait pas totalement : « Il y aura toujours des possibilités d’acheter, même si on interdit la vente. Toujours, malheureusement. »

Un enjeu de santé publique de plus en plus pressant

Au-delà du champ parlementaire, le phénomène inquiète de plus en plus la classe politique. Cécile Duflot a évoqué ce matin sur BFMTV une « épidémie de consommation », tandis que la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, appelait sur TF1 à « dire à nos enfants que c’est une drogue ».

Pour Ahmed Laouedj, l’enjeu dépasse de loin la seule régulation du marché : « Si l’État ne fait rien, on continue dans la logique du laisser-faire. Il nous faut un cadre. Aujourd’hui, on l’interdit ou on ne l’interdit pas. Mais la question, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus d’usage détourné. » Le sénateur conclut en rappelant l’urgence : « Toutes les semaines, on a des accidents. À un moment donné, il faut prendre le taureau par les cornes. »

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Protoxyde d’azote : « il faut prendre le taureau par les cornes », alerte le sénateur Ahmed Laouedj, auteur d’un texte de loi
6min

Parlementaire

« Une atmosphère de peur », « la loi du silence » : la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs revient sur le contexte lourd de ses travaux

Durant six mois, les sénateurs ont enquêté sur la construction des prix dans la grande distribution et sur les relations commerciales avec les acteurs de l’amont, les transformateurs et les producteurs. Lors de la remise de leur rapport, la rapporteure et la présidente sont revenues sur les conditions de leur travail.

Le

Chômage après une rupture conventionnelle : le Sénat rétablit la réduction de la durée d’indemnisation
7min

Parlementaire

« On travaille à l’arrache » : la grogne monte au Sénat à l’approche de la session extraordinaire

Alors que la campagne électorale des sénatoriales a déjà démarré et va se poursuivre cet été, Gérard Larcher ne compte pas jouer les prolongations après le 14 juillet. Le président du Sénat a rappelé ce jeudi qu’il ne souhaitait pas la chambre haute siège au-delà de la fête nationale contrairement à la volonté de l’exécutif. De nombreux textes attendent pourtant les élus et il faudra faire des choix.

Le

Protoxyde d’azote : « il faut prendre le taureau par les cornes », alerte le sénateur Ahmed Laouedj, auteur d’un texte de loi
7min

Parlementaire

« Politicae n’est pas un parti politique » : au Sénat, le co-fondateur se défend face aux soupçons d’influence du milliardaire Pierre-Édouard Stérin

Auditionné par la commission d’enquête sur le financement privé de la vie démocratique, Raphaël Cognet, cofondateur de Politicae et maire sortant de Mantes-la-Jolie, a tenté de dissiper les soupçons pesant sur son organisation, financée notamment par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin.

Le

« Menaces », « relations commerciales brutales » : la commission d’enquête du Sénat sur les marges étrille la grande distribution dans son rapport
11min

Parlementaire

« Menaces », « relations commerciales brutales » : la commission d’enquête du Sénat sur les marges étrille la grande distribution dans son rapport

Dans un rapport adopté le 19 mai, la commission d’enquête sénatoriale sur les marges dans la grande distribution et de ses fournisseurs pointe le déséquilibre important entre les acteurs de cette chaîne. Pour les parlementaires, la guerre des prix qui fait rage entre les enseignes et la situation actuelle menacent, ni plus ni moins, de « fragiliser » la souveraineté alimentaire du pays. Leurs recommandations visent à corriger le cadre réglementaire et législatif, et à instaurer de nouvelles pratiques.

Le