Bercy : Meeting 2026 budget
Patrick Kanner, président du groupe PS au Sénat.

Réforme de l’audiovisuel public : la gauche sénatoriale promet « un combat politique, sociétal et moral »

Le Sénat examinera en seconde lecture, à partir de jeudi, la réforme de l’audiovisuel public, une proposition de loi issue des rangs centristes mais fermement défendue par la ministre de la Culture Rachida Dati. La gauche sénatoriale accuse la locataire de la rue de Valois de tenter un passage en force sur ce texte qui vise à rapprocher dans une même entité France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel (INA).
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Madame Dati doit savoir qu’elle va nous trouver sur son chemin, et que ça ne sera pas un moment agréable… Mais elle n’est pas toujours agréable non plus ». Alors que la réforme de l’audiovisuel public revient au Sénat en fin de semaine, Patrick Kanner, le chef de file des sénateurs socialistes, promet « un combat politique, sociétal et moral » à la ministre de la Culture. La gauche sénatoriale a été ulcérée par la réinscription manu militari de ce texte à l’agenda du Sénat, deux jours seulement après son rejet par l’Assemblée nationale.

Avant l’ouverture des débats en séance publique, jeudi et vendredi, les élus d’opposition se sont dit « brutalisés » par le comportement de la ministre, à l’occasion d’un point presse qui a réuni ce mercredi 9 juillet les trois groupes de gauche à la Chambre haute. Sans aller jusqu’à parler d’obstruction parlementaire, ils promettent à l’exécutif de longues heures de débats, avec trois motions de rejet et 330 amendements à examiner, dont l’essentiel a été déposé par la gauche, avant une adoption qui apparait inéluctable dans une chambre dominée par une alliance des LR et des centristes.

« Habituellement, on se laisse deux semaines avant la réinscription d’un texte », a expliqué Guillaume Gontard, le président du groupe écologiste. « Ils fallait un trophée à Madame Dati avant les vacances, un trophée avant de partir en campagne pour les municipales à Paris », soupire sa collègue Monique de Marco. Un parlementaire évoque à mi-mots « les coups de pression de la ministre » avec « de nombreux coups de fil passés à certains membres de la majorité sénatoriale ».

« Nos collègues de l’Assemblée se sont fait avoir comme des bleus »

La proposition de loi relative à la réforme de l’audiovisuel public, initialement portée par le sénateur centriste Laurent Lafon, et largement reprise à son compte par Rachida Dati, revient au Palais du Luxembourg en seconde lecture, un peu plus de deux ans après y avoir été votée. Le texte qui sera examiné dans l’hémicycle est peu ou prou semblable à celui déjà adopté en 2023 – hormis quelques réajustements opérés lors de son passage en commission en fin de semaine dernière -, dans la mesure où les députés l’ont retoqué avant même le début de la discussion publique.

Une victoire en trompe l’œil pour les députés de gauche ? L’adoption surprise de la motion de rejet des écologistes, grâce aux voix d’une partie des élus du Rassemblement national, aura finalement eu pour effet d’accélérer la procédure parlementaire et d’épargner à Rachida Dati des débats houleux dans une Assemblée très fracturée. Même si, in fine, la proposition de loi devra aussi repasser au Palais Bourbon pour une seconde lecture. « Nos collègues de l’Assemblée nationale ont cru que la motion de rejet ne serait pas adoptée. Ils se sont fait avoir comme des bleus. Je l’ai dit à Boris Vallaud [le président des députés PS] », souffle, agacé, Patrick Kanner.

La création d’une holding exécutive, « cheval de Troie vers la fusion » ?

Les débats s’annoncent plus feutrés dans un Sénat largement acquis au texte. Point central – et particulièrement décrié – de la réforme : la mise en place d’une holding, baptisée « France Médias », pour chapeauter les quatre principales entités de l’audiovisuel public, France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel (INA). L’objectif étant de multiplier les synergies dans un contexte de plus en plus concurrentiel, notamment face aux grandes plateformes numériques de vidéos à la demande.

En commission, et suivant la volonté du gouvernement, la majorité sénatoriale a renforcé le champ d’action de cette holding « exécutive », dont le PDG sera également celui des quatre autres structures. « Avoir un seul PDG ouvre la voie à une prise de contrôle politique directe. C’est un projet dogmatique et conservateur », alerte Monique de Marco. La gauche y voit aussi un « plan social déguisé, avec moins de programmes, moins de journalistes et moins de moyens ». « La holding est un cheval de Troie qui ouvrira la voie à une fusion », avertit la socialiste Sylvie Robert.

Le sort réservé à France Médias Monde devrait occuper une large part des débats, et ce à l’intérieur même du bloc gouvernemental. La version initiale du texte inclut cette société dans la holding, mais le gouvernement souhaiterait l’en sortir, arguant du statut et du fonctionnement particulier de cette entité qui rassemble les médias français à diffusion internationale (France 24, RFI et Monte Carlo Doualiya). En commission, la majorité sénatoriale a réaffirmé sa position, malgré quelques voix discordantes. Ainsi, le sénateur LR Roger Karoutchi, auteur d’un rapport sur le financement de l’audiovisuel public, a déposé un amendement visant à exclure France Médias Monde de la holding.

Autre pierre d’achoppement : le chapitre II de la proposition de loi, qui contient des mesures ciblant les médias privés, notamment sur les droits de diffusion des évènements sportifs ou la publicité. Rachida Dati souhaite recentrer le texte sur le seul secteur public et veut renvoyer les autres dispositions vers un second véhicule législatif. Mais là encore, la majorité sénatoriale tient à maintenir sa proposition de loi en l’état. En conséquence, de nombreux amendements de suppression ont été déposés par le gouvernement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Réforme de l’audiovisuel public : la gauche sénatoriale promet « un combat politique, sociétal et moral »
4min

Parlementaire

Le Sénat indexe le tarif des transports en commun sur l’inflation

La majorité sénatoriale de droite et du centre a adopté ce jeudi 16 avril l’article 12 du projet de loi-cadre sur les transports, qui prévoit de lier le tarif des transports en commun à la hausse générale des prix. Les collectivités territoriales, qui gardent la main sur l’organisation des mobilités, auront la possibilité de ne pas appliquer cette mesure.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
8min

Parlementaire

Fin de vie, sécurité du quotidien, enseignement privé… Quel calendrier parlementaire au Sénat dans les prochaines semaines ? 

L’agenda des prochaines semaines au Sénat se précise. Après un report de leur examen prévu au mois de mars, les deux textes sur la fin de vie seront de retour à la Chambre haute à la mi-mai. D’ici à début juin, les projets de loi relatifs à l’actualisation de la loi de programmation militaire, à l’encadrement de l’enseignement supérieur privé ou encore à la sécurité du quotidien sont aussi attendus dans l’hémicycle. Tout comme une proposition de loi initiée par Bruno Retailleau visant à lutter contre l’entrisme islamiste.

Le

Réforme de l’audiovisuel public : la gauche sénatoriale promet « un combat politique, sociétal et moral »
6min

Parlementaire

« Votre attitude est une honte ! » : après des débats électriques, le Sénat oblige SNCF Connect à vendre les billets des autres compagnies

Le Sénat a voté ce jeudi 16 avril pour l'ouverture de la plateforme SNCF Connect aux autres compagnies de transport. Si cette mesure vise à simplifier le parcours des usagers, elle a provoqué une vive fracture au sein du bloc central, certains élus dénonçant un risque économique majeur pour l'opérateur historique.

Le

Réforme de l’audiovisuel public : la gauche sénatoriale promet « un combat politique, sociétal et moral »
4min

Parlementaire

Audition de Frontières : « Je sens que si ces personnes-là prenaient le pouvoir, je pourrais, comme certains de mes aïeux, me retrouver dans les camps », déclare Pierre Ouzoulias

Ce jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias revient sur l’audition d’Éric Tegnér, directeur du média Frontières dans le cadre de commission d’enquête sur les « zones grises de l’information » et dénonce un « journalisme vautour ».

Le