Paris:  Debate on the orientation and programming of public finances
Marine le Pen. Jean Rene Cazeneuve, French left wing La France Insoumise party member, President of the Finance Committee of the French National Assembly and MP Eric Coquerel , French Economy Minister Bruno Le Maire and France's Deputy Minister for Public Accounts Thomas Cazenave attend a debate on the orientation and programming of public finances, at the National Assemby in Paris, on April 29, 2024//01JACQUESWITT_choix012/Credit:Jacques Witt/SIPA/2404291634

Réforme des retraites : embarrassée, la gauche cherche la parade à la proposition d’abrogation que va défendre le RN

Divisés sur le fait de soutenir ou non la proposition d’abrogation de la réforme des retraites que va porter le Rassemblement national fin octobre à l’Assemblée nationale, les membres du Nouveau front populaire cherchent un moyen d’éviter ce rendez-vous, sans renoncer à leur combat contre le report de l’âge légal de départ à 64 ans. Les élus communistes, rassemblés jeudi à l’occasion de leur rentrée parlementaire, espèrent s’appuyer sur l’examen du budget de la Sécurité sociale pour prendre de court les élus RN.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Comment échapper au piège tendu par Marine Le Pen ? Le 31 octobre, l’Assemblée nationale examinera une énième proposition d’abrogation de la réforme des retraites. À la différence que celle-ci n’est pas portée par la gauche mais par le Rassemblement national, qui profite de sa niche parlementaire pour inscrire ce texte à l’ordre du jour. De quoi plonger le Nouveau front populaire (NFP) dans l’embarras. Si la nouvelle configuration politique à l’Assemblée nationale rend possible la constitution d’une majorité pour effacer la mesure phare de la réforme de 2023, encore faut-il que les partis de gauche se résignent à soutenir un texte de loi porté par l’extrême droite, ce qui n’est jamais arrivé.

Jusqu’à présent, les communistes se sont montrés moins timorés que leurs partenaires du NFP – divisés ou hésitants sur la question -, expliquant vouloir faire passer l’intérêt général avant les préoccupations politiques. « Quand on dit que nous voulons tout faire pour que cette réforme des retraites injuste faite dans le dos des Français soit abrogée, il faut être cohérent, et donc on doit tout faire pour qu’elle soit abrogée », a expliqué Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, en marge de la Fête de l’Humanité. « Le piège serait de ne pas la voter », a estimé Léon Deffontaines, l’ancienne tête de liste communiste aux élections européennes.

Inscrire un amendement de suppression dans le budget de la Sécurité sociale

Mais ce jeudi, à l’occasion de leurs journées parlementaires, les élus communistes affichaient une position beaucoup plus nuancée sur cette échéance. « La question du soutien à cette proposition de loi n’est pas tranchée », explique Cécile Cukierman, la présidente du groupe communiste au Sénat, en marge de la journée parlementaire de sa famille politique. Désormais, les parlementaires reconnaissent à mi-mot chercher une porte de sortie pour échapper à l’agenda du Rassemblement national, sans avoir à escamoter le débat sur les retraites, l’un de leurs principaux chevaux de bataille.

Or, l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 pourrait leur offrir « une solution rapide », de l’aveu du député PCF de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu, avec la présentation d’un amendement rétablissement l’âge légal de départ à 62 ans. Cette piste est regardée de près par les autres groupes parlementaires. La semaine dernière, Patrick Kanner, le chef de file des élus socialiste au Sénat, nous confirmait son intention de déposer un amendement similaire lorsque le budget de la Sécu arrivera devant la Chambre haute, traditionnellement à la mi-novembre.

Un calendrier budgétaire très serré

« Si l’on respecte le calendrier constitutionnel, le projet de loi de finances (PLF) et le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) seront présentés à l’Assemblée nationale le 1er octobre, l’examen démarrera dans le courant du mois », explique Stéphane Peu. Sauf que les atermoiements autour de la nomination de Michel Barnier à Matignon et de la constitution d’un nouveau gouvernement menacent de décaler la présentation du budget de plusieurs jours. Si le PLFSS arrive le 9 octobre au Palais Bourbon, comme envisagée par l’exécutif, ces délais pourraient être plus difficiles à tenir.

« Ce n’est pas une question de course de vitesse avec le RN mais de calendrier parlementaire », minimise Stéphane Peu. « In fine, la question du vote s’imposera d’une manière ou d’une autre aux députés », admet Cécile Cukierman.

« Je ne pense pas que la proposition de loi du Rassemblement national soit un piège pour la gauche, il y a surtout un mensonge, une usurpation », poursuit la sénatrice de la Loire. « Cette question doit redevenir, non pas la propriété partisane et utilitariste de certains, mais celle de tous les Français », martèle la sénatrice. Stéphane Peu abonde : « Les petites manœuvres ne trompent personne. Marine Le Pen ne veut pas taxer les superprofits, ne veut pas du retour de l’impôt sur la fortune… Les masques tombent quand le débat sur la justice fiscale resurgit dans le pays. »

Vers un nouveau RIP

Autre piste actuellement étudiée par les communistes pour l’abrogation de la réforme des retraites : celle d’un référendum d’initiative partagée (RIP). En 2023, le Conseil constitutionnel a déjà retoqué deux propositions de loi référendaire de ce type porté par la gauche.

Les Sage de la rue Montpensier ont estimé que le premier texte ne comportait pas d’éléments de réforme à proprement parler, celui-ci se contentant d’interdire la mise en place d’un âge légal de départ à la retraite supérieur à 62 ans. Quant à la seconde tentative, présentée par les mêmes parlementaires quelques semaines plus tard, le Conseil constitutionnel a considéré qu’elle sortait du champ d’application de l’article 11 de la Constitution, qui restreint les domaines sur lesquels les Français peuvent être consultés.

Partager cet article

Dans la même thématique

Réforme des retraites : embarrassée, la gauche cherche la parade à la proposition d’abrogation que va défendre le RN
4min

Parlementaire

Budget : « Le recours au 49-3 dépendra de la qualité des débats parlementaires », prévient le ministre des Relations avec le Parlement

Alors que s’ouvre ce jeudi la session parlementaire ordinaire 2026-2027, Laurent Panifous était l’invité de Public Sénat. Le ministre chargé des Relations avec le Parlement est revenu sur l’organisation de cette session particulièrement courte à cause de la présidentielle, qui dépendra grandement de l’avancée des débats budgétaires.

Le

Paris: Ceremony to unveil a commemorative plaque for Italian emigration at Gare de Lyon
3min

Parlementaire

Elu président du groupe RDPI, Xavier Iacovelli succède à François Patriat à la tête des sénateurs macronistes

Xavier Iacovelli a été élu à la tête du groupe des marconistes au Sénat, qui compte un peu moins d’une vingtaine d’élus. Opposé à l’ancien ministre Jean-Baptiste Lemoyne dans cette élection interne, il prend ainsi la succession de François Patriat, décédé cet été. Le groupe doit encore discuter de l’opportunité de se renommer dans les prochains jours.

Le

Réforme des retraites : embarrassée, la gauche cherche la parade à la proposition d’abrogation que va défendre le RN
6min

Parlementaire

Périscolaire : Edouard Geffray veut mettre fin aux « silos » et instaurer un continuum de protection

Auditionné mercredi 30 septembre par la commission d’enquête du Sénat consacrée aux violences dans le périscolaire, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a appelé à mieux articuler les temps scolaires et périscolaires. Il défend un « continuum » de protection des enfants, avec davantage de coordination entre les acteurs, mais aussi un partage des informations sur les personnels écartés et un questionnaire national sur les violences sexuelles.

Le