France : Grand froid et neige a Paris
Vue sur les toits parisiens enneiges et une eglise. Alors que la vague de froid polaire Moscou-Paris traverse la France entiere durant toute la semaine, la neige est arrivee sur Paris. Le plan du grand froid national est desormais active. 13eme arrondissement de Paris, France. Mardi 9 janvier 2024. View of the snow-covered roofs of Paris and a church. As the Moscow-Paris polar cold snap sweeps across France all week long, the snow has arrived in Paris. The national extreme-cold plan has now been activated. 13th arrondissement of Paris, France. Tuesday, January 9, 2024.//ACCORSINIJEANNE_FROID.005/Credit:JEANNE ACCORSINI/SIPA/2401091207

Réquisition des logements vacants : une proposition de loi pour élargir la marge de manœuvre des maires

Le groupe communiste au Sénat s’apprête à déposer une proposition de loi, portée par Ian Brossat, pour rendre effective la réquisition de logements vides depuis un certain temps, une prérogative préfectorale qui n’est que très rarement mise en œuvre.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La vague de froid qui s’est abattue sur l’Hexagone en début de semaine devrait continuer à se faire sentir jusqu’à la fin du week-end, avec un mercure autour des – 5 degrés dans certaines régions. En réaction, plusieurs départements ont déclenché le « plan grand froid », qui prévoit des opérations de veille pour la protection des plus fragiles, notamment l’ouverture temporaire de places d’hébergements d’urgence supplémentaires, en plus des 203 000 déjà disponibles, généralement dans des bâtiments publics comme des gymnases. En parallèle, Patrice Vergriete, le ministre du Logement, a annoncé lundi 8 janvier le déblocage d’une enveloppe de 120 millions d’euros, soit l’équivalent de 10 000 places en plus.

Mais les communistes entendent aller plus loin. Le sénateur de Paris Ian Brossat doit déposer ce jeudi 11 janvier une proposition de loi pour faciliter la réquisition des logements vacants depuis plus d’un an. La législation permet déjà aux préfets de procéder à de telles réquisitions, pour « les personnes dépourvues de logement ou logées dans des conditions manifestement insuffisantes ». Le représentant de l’Etat doit d’abord obtenir l’accord du maire de la commune concernée. Sauf dérogation, la durée totale d’une réquisition ne peut excéder cinq ans. Elle est de deux ans s’il s’agit d’assurer l’hébergement d’urgence de personnes sans-abri.

Le bénéficiaire du logement est tenu de verser « une indemnité d’occupation » au propriétaire. Par ailleurs, ce dernier peut s’opposer à la réquisition en mettant fin à la vacance du logement ou en faisant la démonstration de son utilisation dans un délai donné.

« Laissons les élus locaux faire ! »

L’objectif du texte rédigé par les communistes : étendre ce pouvoir de réquisition aux maires pour faciliter son application. Une décision du 29 décembre 1997 du Conseil d’Etat considère qu’un édile, au nom des pouvoirs de police dont il dispose, possède déjà cette capacité, mais ne peut en faire usage « qu’en cas d’urgence et à titre exceptionnel, lorsque le défaut de logement de la famille dont il s’agit est de nature à apporter un trouble grave à l’ordre public ».

« Les élus locaux demandent régulièrement aux préfets de procéder à des réquisitions, pas nécessairement de logements ou de copropriétés, mais tout du moins de bâtiments vides, comme les bureaux par exemple. Or celles-ci ne sont jamais appliquées, pas parce que les conditions de la réquisition ne sont pas réunies mais par manque de volonté politique », assure Ian Brossat auprès de Public Sénat. « Je dis : laissons les élus locaux faire ! ». Il promet un texte court pour davantage d’efficacité.

Augmentation du nombre de logements vides

Indirectement, cette proposition de loi vise aussi la situation particulière de plusieurs grandes villes, dont Nice, Aix-en Provence et Paris où l’augmentation très marquée du nombre de logements vides soulève une inquiétude croissante dans les couloirs de la mairie. La capitale a perdu plus de 120 000 habitants en dix ans. À Paris, près d’un logement sur cinq, soit 19 % du parc d’habitations, est inoccupé, selon un rapport de L’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) présenté en décembre. Ce chiffre englobe à la fois les résidences secondaires (10 %) laissées vides une large partie de l’année, et les habitations vacantes (9 %). Entre 2011 et 2020, la part de logement inoccupés a augmenté de 6 % pour un total de 262 000 logements vides.

Ce chiffre est toutefois à prendre avec précaution, car il englobe aussi ce que l’on appelle les vacances « frictionnelles », liées à la conjoncture du marché de l’immobilier, c’est-à-dire la rotation induite par la mobilité des familles, qui déménagent d’un appartement à un autre. « On estime plutôt à 130 000 le nombre de logements réellement vides », corrige Ian Brossat, qui a été en charge du logement auprès de la maire de Paris jusqu’à son élection au Sénat en septembre dernier.

Les arrondissements centraux sont les plus touchés (Ier, IIe, IIIe, IVe, mais aussi les Ve, VIe, VIIe et VIIIe arrondissements). La part de logements vides peut représenter dans certains cas plus d’un tiers du parc immobilier. Outre la mobilité des ménages, diverses raisons expliquent la montée en puissance du phénomène, en particulier la multiplication des résidences secondaires et l’expansion des meublés touristiques, dans le collimateur de la majorité municipale depuis plusieurs années déjà. À ce titre, le nouveau plan local d’urbanisme présenté fin mai par Anne Hidalgo prévoit d’interdire la transformation des locaux commerciaux ou de bureaux en meublés touristiques dans les secteurs les plus en tension.

330 000 personnes à la rue

La proposition de loi portée par Ian Brossat ne permettra pas de réquisitionner directement ces logements touristiques, puisqu’ils sont utilisés par leurs détenteurs. En revanche, il espère un effet dissuasif sur certains multipropriétaires. « Notre priorité, avant de se lancer dans la réquisition de logements, ce sont les bâtiments vacants », souligne l’élu. « Nous visons un double objectif avec ce texte : répondre à une urgence sociale dans un premier temps, puis pousser les propriétaires à remettre les biens qu’ils laissent dormir sur le marché. »

Accusé d’inertie face à la crise inédite que traverse le secteur du logement, le gouvernement se défend en brandissant régulièrement les efforts qui ont été fournis en matière d’hébergement d’urgence, avec la création de 40 000 places depuis 2020, pour atteindre 203 000. De son côté, la Fondation Abbé Pierre estime à 330 000 le nombre de personnes dormant à la rue, un chiffre en hausse de 9 % sur un an.

» LIRE AUSSI – Crise du logement : quelles sont les propositions des organisations du secteur ?

Partager cet article

Dans la même thématique

Réquisition des logements vacants : une proposition de loi pour élargir la marge de manœuvre des maires
5min

Parlementaire

Périscolaire : Jean-Michel Blanquer défend une « vision globale du temps de l'enfant » devant le Sénat

Auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur les violences dans le périscolaire, Jean-Michel Blanquer l’ancien ministre de l’Éducation nationale (2017-2022) est revenu sur son choix d’assouplir la réforme des rythmes scolaires. Il a surtout plaidé pour une refonte plus large de l’organisation du temps de l’enfant, entre école, périscolaire et vacances.

Le

Réquisition des logements vacants : une proposition de loi pour élargir la marge de manœuvre des maires
6min

Parlementaire

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires

Devant la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire, Vincent Peillon a défendu sa réforme des rythmes scolaires de 2013, tout en reconnaissant ses limites. Pour l'ancien ministre de l'Éducation nationale, le vrai problème reste ailleurs : le manque de reconnaissance, la précarité et l'insuffisante formation des animateurs chargés des enfants hors temps scolaire.

Le

Comme un compte à rebours qui se rapproche de la fin, la fenêtre de tir se réduit. En renonçant à convoquer une session extraordinaire à l’Assemblée nationale le 21 septembre, le gouvernement a ajourné la suite de l’examen du projet sur les polices municipales. Cette réforme, très attendue par les maires, fait donc les frais d’un nouveau contretemps.  Fruit d’une longue concertation, qui s’est tenue notamment dans le cadre du « Beauvau des polices municipales » en 2024 et 2025, le projet de loi a été présenté en Conseil des ministres en octobre dernier. Nourri par les travaux d’une mission d’information, le passage au Sénat a été une formalité. Massivement adopté au palais du Luxembourg en février, le texte a ensuite été transmis aux députés. La commission des lois a achevé son examen fin avril. Et depuis, plus rien. Le projet de loi, qui prévoit des missions élargies – en particulier de compétence judiciaire – pour les polices municipales, mais aussi tout un axe sur la formation et la déontologie, est allé depuis de report en report. Un texte qui devait initialement aboutir avant les municipales Au tout début de l’année, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez espérait encore une adoption rapide de ce texte consensuel « peut-être même avant les élections municipales », de mars. L’histoire a eu raison du pronostic de l’ancien préfet. Le gouvernement a ensuite donné rendez-vous en juin pour l’examen. Nouvelle complication. Peu avant la coupure du cœur de l’été, fin juillet, le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous confiait au journal Ouest France que le projet de loi sur les polices municipales serait le premier texte pour la session extraordinaire de septembre. Encore raté. À l’approche de la reprise de la session ordinaire, le 1er octobre, l’impatience se fait ressentir chez les élus locaux et les parlementaires. L’inquiétude aussi. La plus grande partie du calendrier parlementaire d’ici la fin de l’année va être occupée les traditionnels débats budgétaires, et campagne présidentielle oblige, les travaux en hémicycle seront interrompus à la fin du mois de février. Ce mercredi 9 septembre, une dizaine d’association d’élus dénonce dans un communiqué commun « l’énième report de l’examen du projet de loi ». Les maires et présidents d’intercommunalités demandent à l’État de « clarifier, dès à présent et concrètement, ses intentions afin de garantir au plus vite l’inscription de ce projet de loi à l’ordre du jour ». « Je suis très en colère contre le gouvernement » « Je suis très en colère contre le gouvernement. On a effectué notre travail, consolidé le texte de manière transpartisane, en acceptant des amendements de tout le monde. Et aujourd’hui, on a un gouvernement qui n’est pas capable de l’inscrire, c’est une honte », réagit la sénatrice (LR) Jacqueline Eustache-Brinio, co-rapporteure du projet de loi. Hors séquence budgétaire qui occupera en séance les députés à partir du 12 octobre, les places dans l’agenda seront chères. Le gouvernement dispose encore de huit semaines à sa main avant le couperet de la fin février. Or beaucoup de textes sont sur la table pour les travaux de cet automne et de cet hiver : la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, qui sera le premier texte inscrit par le gouvernement à la reprise, mais aussi le projet de loi sur le logement ou encore le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé, tous deux adoptés par le Sénat, ou encore un texte sur les ingérences étrangères annoncé par le Premier ministre. Et c’est sans compter le récent projet de loi de modernisation de la sécurité civile, présenté par le gouvernement. La liste n’est pas exhaustive. « J’ai cru comprendre qu’il serait difficile d’inscrire le texte sur les polices municipales avant le budget. Ils espèrent trouver du temps législatif après le budget, mais les promesses n’engagent que ceux qui croient », s’inquiète Christophe Marion, co-rapporteur (Renaissance) du projet de loi à l’Assemblée nationale. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges » Joint par Public Sénat, le ministère des Relations avec le Parlement précise que « les arbitrages sont en cours concernant l’inscription des textes pour la session ». Le député du Loir-et-Cher et son collègue co-rapporteur Éric Pauget (LR) annoncent solliciter un rendez-vous à Matignon pour obtenir des assurances sur l’inscription du texte. « Ce qui vient d’arriver à Carcassonne renforce l’idée que le contrôle des polices municipales est nécessaire », insiste-t-il. Hier, le parquet a annoncé la suspension mercredi de quatre policiers municipaux de Carcassonne après la diffusion d’une vidéo les mettant en cause pour des propos racistes. Même volonté de se rappeler aux bons souvenirs de Matignon au Sénat. « Je vais voir avec Gérard Larcher pour que l’on mette la pression sur le gouvernement », prévient Jacqueline Eustache Brinio. Outre les contraintes d’agenda, avec l’empilement de projets de loi, le député Christophe Marion a une autre interprétation de ces retards à répétition. « On a passé des textes régaliens en fin de session parlementaire, je pense à RIPOST. Les socialistes ont voté contre. » Or, les socialistes sur le projet de loi sur les polices municipales ont annoncé en commission leur volonté de « rééquilibrer » le texte. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges, qui puissent radicaliser des positions ou rendre difficile d’émergence d’un consensus », poursuit le député.  En cas de reprise de débats, il faudrait également compter sur une commission mixte paritaire si le texte est adopté à l’Assemblée nationale. Seule une issue favorable pourrait permettre au texte de pouvoir aboutir dans les temps. « On peut trouver un terrain d’entente », assurent les rapporteurs. « J’attend du gouvernement qu’il aille au bout de la démarche. On a créé de l’espoir avec ce texte, je trouverai ça effrayant de ne pas être à la hauteur des attentes des élus et des policiers », insiste Jacqueline Eustache Brinio. Sans garantie sur ce texte attendu, le traditionnel congrès des maires début novembre pourrait s’ouvrir dans un concert de protestations.
7min

Parlementaire

Parlementaires et élus locaux craignent que le projet de loi sur les polices municipales passe à la trappe

Déjà reporté, le projet de loi sur les polices municipales fait les frais de l’absence de session extraordinaire, rendant incertain son sort dans une session raccourcie par la campagne présidentielle. Les élus locaux et les parlementaires cherchent à faire pression sur l’exécutif. « C’est une honte », réagit la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio.

Le

Réquisition des logements vacants : une proposition de loi pour élargir la marge de manœuvre des maires
8min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : les maires alertent sur les failles du système et réclament davantage de coordination avec la justice

Face à la multiplication des signalements de violences commises sur des enfants dans le cadre périscolaire, la commission d’enquête du Sénat a auditionné, ce mercredi 9 septembre, plusieurs élus confrontés à de telles affaires dans leurs communes. Ils témoignent d’un système à bout de souffle. Face aux soupçons d’agressions sexuelles sur de très jeunes enfants, ils dénoncent l’isolement institutionnel et le manque de coordination avec la justice.

Le