Scandale des eaux en bouteille : la commission d’enquête va saisir Gérard Larcher pour parjure, après l’audition de la PDG de Nestlé Waters
Le rapporteur et le président de la commission d’enquête sur le scandale des eaux en bouteille vont saisir la présidence du Sénat, après l’audition de la PDG de Nestlé Waters. À plusieurs reprises, Muriel Lienau a en effet refusé de répondre aux questions des sénateurs, ce qui l’expose à des poursuites pénales.
Au Sénat, les auditions des dirigeants de Nestlé Waters se suivent et se ressemblent. Après avoir entendu l’ex-directrice de Nestlé Waters France, les sénateurs de la commission d’enquête sur le scandale des eaux en bouteille ont reçu ce 19 mars l’actuelle PDG du groupe, Muriel Lienau. Une audition musclée de près de deux heures, mais de laquelle rien de concret ne ressort, à l’image de celle de la veille avec Sophie Dubois.
Les sénateurs espéraient pourtant beaucoup de cette rencontre avec Muriel Lienau, pour faire la lumière sur le scandale qui touche le géant de l’eau en bouteille (Perrier, Contrex, Hépar, Vittel…). Il y a plus d’un an, Radio France et Le Monde révélaient que le groupe a commercialisé de l’eau étiquetée comme « minérale naturelle », malgré l’usage de traitements interdits. Si Nestlé assure que ces pratiques n’ont plus cours aujourd’hui, les sénateurs n’arrivent toujours pas à identifier la raison pour laquelle ces traitements ont été utilisés, ni par qui ils ont été mis en place.
« C’est vraiment très irrespectueux de tourner en rond autour d’éléments de langage pré-écrits par vos avocats »
Arrivée au sein de Nestlé en 1991, responsable de Nestlé Waters pour la région Europe entre janvier 2020 et décembre dernier, Muriel Lienau a assuré ne pas connaître la raison de l’utilisation des filtres illégaux. « C’est une situation héritée du passé, dont je ne connais pas l’origine », a-t-elle répété à de nombreuses reprises, face aux questions appuyées des sénateurs. Quant aux responsables de la mise en place de ces traitements ? « J’ai fait le choix de ne pas chercher de responsabilités individuelles et de me concentrer sur l’avenir », a martelé la PDG du groupe.
Des réponses vagues qui ont rapidement exaspéré les sénateurs, tous bords politiques confondus. « C’est vraiment très irrespectueux, à l’égard de la représentation nationale, des citoyens et de vos consommateurs, de tourner en rond autour d’éléments de langage qui ont été pré-écrits par vos avocats », a fustigé la sénatrice écologiste Antoinette Guhl, auteure d’un rapport sur le traitement des eaux minérales publié en octobre dernier.
« Se taire sur un sujet, pour la commission d’enquête comme pour le citoyen qui nous regarde, peut signifier que votre groupe a d’autres choses à cacher, qui n’auraient pas été révélées », a souligné le sénateur Les Républicains Laurent Burgoa, qui préside la commission d’enquête.
Un risque de parjure, sanctionné jusqu’à 5 ans d’emprisonnement
Au-delà de la grande déception que suscite le silence de la PDG pour les sénateurs, son choix de ne pas répondre à certaines questions pourrait avoir de lourdes conséquences. « Tout mensonge, y compris par omission, est constitutif d’un parjure sanctionné pénalement », a ainsi mis en garde Laurent Burgoa. Une sanction qui s’élève à 75 000 euros d’amende et jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Le « refus de déposer » devant une commission d’enquête, qui pourrait également être invoqué par les sénateurs, est quant à lui passible de ceux ans d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende.
Malgré ce risque, Muriel Lienau a maintenu sa position et refusé de divulguer les noms des membres du groupe qui l’ont informée de l’existence de traitements illégaux. « Je maintiens ma position », a-t-elle rétorqué, alors que le président de la commission d’enquête lui proposait de divulguer ces noms par écrit, pour préserver l’anonymat des personnes citées. « Il faudra que j’aille voir le président du Sénat, pour en tirer toutes les conséquences », a indiqué Laurent Burgoa.
« Nestlé Waters a cette culture de l’opacité la plus absolue »
À l’issue de l’audition, au micro de Public Sénat, le rapporteur de la commission d’enquête Alexandre Ouizille s’est montré très en colère : « Nestlé Waters a cette culture de l’opacité la plus absolue. Si on refait tout le film, nous sommes face à des gens qui nous ont dit que notre commission d’enquête était illégitime, ils nous ont écrit à plusieurs reprises pour nous dire qu’on n’avait pas lieu d’être ! »
Le sénateur socialiste va même plus loin, estimant que le silence de Muriel Lienau pourrait être le fruit d’un accord passé au sein du groupe, pour protéger les véritables responsables des pratiques illégales : « Il y a une question que je me pose, un peu brutalement. C’est quoi le prix pour accepter d’endosser le risque pénal de tout le monde ? C’est quoi le prix pour être un fusible ? Comment on accepte d’endosser ce rôle, d’être celle qui va faire l’omerta sur tout le reste ? »
De son côté, la PDG du groupe a assuré vouloir garder le silence sur le conseil de ses avocats. « Nous avons déjà soulevé la proximité entre les travaux de la commission d’enquête et une affaire judiciaire en cours. Mes conseils juridiques me confirment que je ne peux pas répondre, vu cette proximité », a-t-elle expliqué. Nestlé Waters est, en effet, visé par une enquête pour « tromperie », ouverte par le tribunal de Paris le 13 février dernier. Ces poursuites n’empêchent pourtant pas formellement Muriel Lienau de s’exprimer devant les sénateurs, les propos tenus devant une commission d’enquête ne pouvant pas être retenus devant la justice.
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