Scandale des eaux en bouteille : les sénateurs très agacés par les « réponses robotiques » de l’ex-directrice de Nestlé Waters France

La commission d’enquête sur le scandale de l’eau en bouteille a entendu la présidente de Nestlé France. Une audition clé, car Sophie Dubois était à la tête de Nestlé Waters lorsque les pratiques illégales des usines du groupe ont été révélées dans la presse. Pourtant, la dirigeante a assuré ne pas avoir été informée en amont de ces pratiques, ce qui n’a pas manqué d’agacer les sénateurs.
Rose-Amélie Bécel

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« C’est vraiment une audition pour rien ! » Ce 18 mars, alors que la rencontre des sénateurs avec la présidente de Nestlé France touche à sa fin, le sénateur socialiste Alexandre Ouizille, rapporteur de la commission d’enquête sur le scandale des eaux en bouteille, ne cache pas sa grande déception.

Depuis plusieurs semaines, la commission d’enquête sénatoriale enchaîne les auditions avec des dirigeants de Nestlé Waters (Perrier, Vittel, Contrex…), avec pour objectif de faire la lumière sur ce scandale qui agite l’opinion publique. Il y a plus d’un an, Radio France et Le Monde révélaient que le groupe commercialisait de l’eau étiquetée comme « minérale naturelle », malgré l’usage de traitements interdits.

Des auditions qui se suivent et se ressemblent : pour le moment, aucune des personnalités auditionnées n’a été en mesure d’expliquer aux sénateurs la raison de l’installation de filtres illégaux. Auditionnés le 6 mars dernier, les directeurs des deux usines visées par le scandale – Perrier dans le Gard et Vittel, Contrex et Hépar dans les Vosges – sont restés silencieux. Leur supérieure, Sophie Dubois, directrice de Nestlé Waters France entre avril 2018 et janvier 2025, n’en a pas dit beaucoup plus, au grand regret des sénateurs.

« Les eaux embouteillées par Nestlé Waters France n’ont jamais présenté le moindre risque sanitaire »

Après une première salve de questions du rapporteur, l’ex-directrice a affirmé qu’elle « n’était pas au courant de ces pratiques » lorsqu’elle est arrivée à son poste. « J’ai été informée de ces traitements non-conformes à l’été 2021 », a-t-elle indiqué, soit au moment où Nestlé Waters a directement informé le gouvernement de ces pratiques. « L’entreprise a reconnu avoir utilisé des traitements non-conformes. C’est une situation héritée du passé, je ne sais pas de quand elle date. On est allés voir proactivement les autorités pour leur exposer la situation, l’entreprise a exprimé ses regrets et mis en place un plan de transformation pour mettre fin à ces pratiques », a expliqué Sophie Dubois.

Aujourd’hui, le traitement des eaux minérales avec des filtres à charbon ou à UV a en effet cessé dans les usines du groupe. Certains forages ont été fermés, d’autres ont été requalifiés pour ne plus produire de l’eau étiquetée « minérale naturelle ». « Je tiens à être très claire : les eaux embouteillées par Nestlé Waters France n’ont jamais présenté le moindre risque sanitaire », a martelé l’ex-directrice.

Si Nestlé n’est actuellement pas mis en cause pour avoir mis en danger la santé des consommateurs, le groupe est en revanche accusé d’avoir trompé le grand public, en commercialisant des bouteilles mal étiquetées. Ce 13 février, le tribunal de Paris a ouvert une enquête pour « tromperie », à l’encontre du géant suisse mais aussi de son concurrent Sources Alma (Cristaline, St-Yorre…). Des accusations rejetées par Sophie Dubois : « Le goût unique de nos eaux, ainsi que leur composition minérale unique, a été préservé. L’expérience consommateur n’a donc en rien été altérée. »

« Nestlé n’a absolument pas joué le jeu ! »

Ces premières explications de l’ex-directrice n’ont pas convaincu les sénateurs. « Vous apprenez qu’il y a des pratiques illégales qui mettent gravement en danger la société, et vous ne cherchez pas à savoir depuis quand ces pratiques ont cours ? Vous ne diligentez pas une enquête interne pour connaître les raisons qui ont conduit à ces pratiques ? », s’est étonné Alexandre Ouizille.

En réponse, Sophie Dubois a de nouveau expliqué qu’elle n’était pas au courant des pratiques en cours dans la société, avant la mise en place d’un plan de transformation pour y mettre fin. « Je n’étais pas en charge de la gestion des usines, ni de la gestion des ressources en eau. J’étais présidente d’une entité juridique qui s’appelle Nestlé Waters marketing et distribution, mon périmètre de responsabilité était sur le développement des marques et de la commercialisation », a-t-elle expliqué, concédant devant les sénateurs que l’organigramme de Nestlé est « compliqué ».

« Nestlé n’a absolument pas joué le jeu. On lit sur tous les communiqués de presse que vous quittez la direction de Nestlé Waters France, vous arrivez ici et vous nous dites que vous ne savez rien sur ce qu’il se passe dans les usines de cette même maison ! », a fustigé Alexandre Ouizille. « Je trouve la manière dont vous êtes entrée dans cette audition parfaitement déloyale ! Nous avons eu le droit à 20 minutes de publicité sur Nestlé, et ensuite vous avez eu des réponses robotiques à toutes nos questions », a-t-il ajouté.

La PDG de Nestlé Waters auditionnée ce 19 mars

Une grande déception partagée par le président de la commission d’enquête, le sénateur Les Républicains Laurent Burgoa. « Je suis un peu surpris de voir que quelqu’un qui a des responsabilités importantes chez Nestlé n’a pas eu connaissance de ces faits », a-t-il observé, se disant « déçu » des réponses de Sophie Dubois.

Les sénateurs auront peut-être davantage de réponses à leurs questions ce 19 mars, avec l’audition de Muriel Lienau. Actuelle présidente directrice générale de Nestlé Waters, elle était auparavant responsable des activités de la société en Europe et au Moyen-Orient. Un poste qui l’a conduite à prendre différents arbitrages concernant les activités des usines du groupe en France, a assuré Sophie Dubois devant les sénateurs.

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