Marseille: Protests after Nahel’s murder
The killing of Nahel M, 17, has sparked riots in cities across France as well as the town of Marseille. 30/06/2023 During the protests in Marseille, police used many of tear gas and detained many demonstrators. Large groups of people, mostly young people, clashed with the police, especially around the Vieux Port. Some of demonstrators broke down the doors of many shops in the center of Marseille, mostly taking electronic and clothing and jewelry products. The clashes continued until late at night.//ASLANSENERYILMAZ_Sipa.20037/Credit:SENER YILMAZ ASLAN/SIPA/2307011837

Violences urbaines : quel est le profil des émeutiers ?

Le rapport de la commission d’enquête du Sénat sur les émeutes qui ont enflammé le pays à la fin juin 2023 dessine une première image du profil des émeutiers : jeune, français et primo délinquant.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Quelques semaines après les émeutes déclenchées par la mort du jeune Nahel Merzouk, 17 ans, tué à bout portant par un policier, lors d’un contrôle routier, une question avait taraudé la droite sénatoriale. Quel était le profil des responsables de ces violences urbaines qui ont touché, en onze jours, 672 communes dans 95 départements causant près d’un milliard d’euros de dommages.

Une question qui avait conduit le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau à tenir des propos polémiques lorsqu’il avait évoqué « une sorte de régression vers les origines ethniques » de la part des jeunes de « la deuxième et troisième génération » d’immigrés.

Auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur ces émeutes. Gérald Darmanin avait rapporté que seules 10 % des personnes interpellées étaient de nationalité non française. Une statistique qui n’avait pas convaincu la sénatrice LR, Jacqueline Eustache-Brinio. « La plupart des gens arrêtés sont Français. D’accord. Mais ça ne veut plus rien dire aujourd’hui. Ils sont comment Français ? », avait-elle interrogé. Poussant le ministre à user d’une image plus éloquente. « Oui, il y a des gens qui, apparemment, pourraient être issus de l’immigration mais il y avait aussi beaucoup de Kevin et de Matteo ».

« Près de trois quarts des mineurs déférés sont inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur »

10 mois plus tard, le rapport de la commission d’enquête du Sénat ne répond pas aux interrogations de la sénatrice,mais atténue quelque peu les informations de Gérald Darmanin sur la nationalité des émeutiers. 71 % sont de nationalité française y est-il précisé. S’appuyant sur des données issues des travaux de l’Inspection générale de l’administration (IGA) et de l’Inspection générale de la justice (IGJ) et de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), le rapport met en évidence certaines caractéristiques propres aux auteurs de ces violences urbaines. Le profil type de l’émeutier serait « un homme, de nationalité française, âgé de 23 ans en moyenne, célibataire, sans enfant, hébergé souvent par ses parents, ayant un diplôme de niveau secondaire, maximum baccalauréat, plutôt en activité ». A noter que 91 % des auteurs sont des hommes.

La commission d’enquête nuance aussi la « marginalité sociale » des émeutiers. « D’après les données disponibles, près de 60 % des personnes interpellées sont des primo-délinquants, ce chiffre s’élevant à plus de 68 % s’agissant des mineurs déférés » dont « près de trois-quarts sont inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur », peut-on lire.

Données insuffisantes

Toutefois, la commission précise que « les données disponibles demeurent fort insuffisantes ». « N’ont été pris en considération dans ces premières analyses que les individus qui ont été appréhendés par les forces de sécurité intérieure et jugés dans les premières semaines suivant les émeutes », précisent les élus en rappelant que « le travail d’enquête judiciaire se poursuit et concerne souvent des personnes connues des services de police ».

En conclusion, les sénateurs considèrent que « la jeunesse et la surreprésentation des primo-délinquants parmi les personnes condamnées pourraient – au moins partiellement – être relativisées à mesure que les enquêtes concernant les faits les plus graves aboutiront ». C’est pourquoi, la commission d’enquête recommande au gouvernement de « mieux exploiter les données dont il dispose afin de produire une véritable analyse du profil des émeutiers, démarche indispensable pour comprendre les dynamiques qui ont été à l’œuvre à l’été 2023 ».

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

9min

Parlementaire

Protection de l’enfance : au Sénat, les rapporteures rejettent l’imprescriptibilité pour ne pas « déstabiliser le droit pénal »

Élargi après le scandale du périscolaire et la mort de la jeune Lyhanna, le projet de loi sur la protection des enfants s’apprête à être débattu au Sénat dès le 27 octobre. En commission, les sénateurs ont écarté l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. En revanche, ils ont durci la répression des viols en série et créé un fichier des sanctions, au nom de la sécurité juridique du texte.

Le

Paris: Abrogation du code noir au Senat
6min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : malgré le détricotage du texte en commission, le vote de la réforme constitutionnelle reste incertain au Sénat

En commission des lois, jeudi, les sénateurs ont largement réécrit le projet de réforme constitutionnelle, sous l’impulsion d’une droite plutôt hostile au principe d’autonomisation et à la reconnaissance d’une communauté corse. Toutefois, ces modifications n’ont qu’une valeur indicative, puisque c’est le texte voté à l’Assemblée nationale en juin qui sera débattu dans l’hémicycle du Sénat le 23 octobre.

Le

Violences urbaines : quel est le profil des émeutiers ?
7min

Parlementaire

Crise des lycées : « Les personnels de direction ne tiendront pas dans ces conditions », alertent les syndicats de chefs d’établissement

Alors que les images de pillages et d’affrontements du 17 octobre ont relégué au second plan la mobilisation lycéenne, les revendications des élèves restent entières. Auditionnés par la commission de la culture du Sénat, les syndicats de chefs d'établissement racontent des mois d'alertes ignorées et préviennent que la profession « ne tiendra pas » une nouvelle séquence comme celle-ci.

Le

Violences urbaines : quel est le profil des émeutiers ?
7min

Parlementaire

Enfants placés, violences sexuelles, … : les chantiers du gouvernement pour renforcer la protection de l’enfance

À une semaine de son examen en séance au Sénat, le projet de loi relatif à la protection des enfants a été défendu mardi 20 octobre par trois ministres devant les commissions des lois et des affaires sociales. Initialement consacré aux défaillances de l’aide sociale à l’enfance (ASE), le texte a été élargi après les révélations de violences sexuelles dans le périscolaire et la mort de la jeune Lyhanna. Il entend désormais mieux protéger les enfants placés, prévenir les violences sexuelles et renforcer les contrôles sur les adultes intervenant auprès des mineurs.

Le