1er mai: en France, « jaunes » et « rouges » vers la convergence des luttes
A Rennes, Metz ou Nantes, des "gilets jaunes" et militants syndicaux ont défilé côte à côte, décidés à ne pas laisser la fête des travailleurs...

1er mai: en France, « jaunes » et « rouges » vers la convergence des luttes

A Rennes, Metz ou Nantes, des "gilets jaunes" et militants syndicaux ont défilé côte à côte, décidés à ne pas laisser la fête des travailleurs...
Public Sénat

Par Eve SZEFTEL, avec les bureaux de l'AFP

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

A Rennes, Metz ou Nantes, des "gilets jaunes" et militants syndicaux ont défilé côte à côte, décidés à ne pas laisser la fête des travailleurs gâchée par les violences et à en faire un jour de convergence, plutôt que de concurrence des luttes. Mais à Paris, les deux camps ont fini par s'invectiver et en venir aux mains.

"Ici, y a des drapeaux rouges, des drapeaux jaunes, des drapeaux verts. Ces manifestations, déclarées ou pas, sont légitimes", s'époumone, juché sur le camion de la CGT à Caen, le slameur Yoann Leforestier, gilet jaune sur le dos.

A Paris, le défilé du 1er mai a bien failli tourner court avant même le démarrage de la manifestation. Comme un symbole, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a dû être exfiltré après avoir été pris dans des affrontements entre "black blocs" et forces de l'ordre.

Pas question de dresser les rouges contre les jaunes: le leader syndical a rejeté la responsabilité des violences sur le préfet de police et le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez lors du défilé du 1er mai 2019 à Paris
Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez lors du défilé du 1er mai 2019 à Paris
AFP

"Ceux qui ont essayé de nous voler le 1er mai, ce ne sont ni les +gilets jaunes+, ni ceux qu'on appelle les radicaux, mais c'est le gouvernement, en mettant cette pression policière aussi folle", a accusé de son côté Eric Beynel, porte-parole de Solidaires.

Un point de vue partagé par les militants syndicaux qui battaient le pavé parisien, depuis Montparnasse jusqu'à la place d'Italie.

Mais à la fin de la journée, des tensions sont apparues, puisque des "gilets jaunes" et des militants CGT en sont venus brièvement aux mains à l'arrivée du cortège parisien. "Je gagne 1.200 euros par mois, je suis comme toi", a lancé un syndicaliste CGT à un manifestant affublé d'un gilet jaune, qui l'invectivait.

Ailleurs en France, des cortèges bigarrés ont défilé globalement dans le calme, comme à Metz où "gilets jaunes" et badges syndicaux ont fait bon ménage.

"Au début, on se méfiait des +gilets jaunes+, mais on a très vite travaillé avec eux. Ce mouvement nous a permis d'obtenir des avancées, certes mesurées, mais il ne faut pas le sous-estimer", a reconnu Sébastien Hesse, de la CGT Moselle.

"On a de plus en plus de soutiens depuis les dernières annonces de Macron, les gens se rendent compte que c'est grâce à nous", a renchéri Fabrice, "gilet jaune" de 64 ans, pour qui ce 1er mai est l'occasion de réaliser la "convergence des luttes".

- Crainte d'être récupéré -

Des
Des "gilets jaunes" manifestent le 1er mai 2019 à Nantes
AFP

Christian, "gilet jaune" lillois, ne dit pas autre chose. "Le 1er mai symbolise la révolution, davantage de justice sociale, plus d'égalité. Tout le monde devrait être dans la rue pour le commémorer et pas forcément manifester pour quelque chose".

Mais des "gilets jaunes" ne cachaient pas leur crainte de se faire voler leur mouvement.

Comme Pierre, à Nantes : "J'aurais préféré que les +gilets jaunes+ manifestent à part pour éviter d'être récupérés, car au départ on est apolitique, on a tous des points de vue différents", a confié ce retraité de 67 ans, bandeau jaune ceignant le front et brins de muguet à la boutonnière qui a défilé sous escorte du service d'ordre de la CGT.

Défilé du 1er mai 2019 à Toulouse
Défilé du 1er mai 2019 à Toulouse
AFP

A Toulouse, le vert était aussi de la partie. "On n'était pas d'accord sur tout au début, mais les +gilets jaunes+ et nous avons compris que seule la convergence de nos luttes pouvait nous faire avancer pour une justice sociale et écologique", expliquait Bérengère Doerler, une militante écolo qui tenait une pancarte "Gilet vert, gilet jaune même combat".

Pour Christian, 52 ans, l'union est une nécessité: "face à cette politique antisociale qui est en train de casser la société, c'est l'union des gens ordinaires qui va changer les choses", veut croire ce manifestant à Rennes.

Mais pour Maxime Nicolle, pas question de faire confiance aux syndicats. Non seulement ils "représentent moins de 10% de la masse salariale", mais "à chaque fois qu'il y a de l'intérêt personnel, ils négocient" et "s'en vont". Or "c'est pas ça qu'on veut, c'est un changement profond de système", a dit à l'AFP cette figure des "gilets jaunes", qui défilait dans le cortège parisien.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le