Dans un quartier de l'Elysée bouclé par crainte des "black blocs", Emmanuel Macron a invité mercredi 400 professionnels des métiers de bouche et des fleurs pour la traditionnelle remise du muguet, autour d'un somptueux buffet.
"Je suis heureux de vous recevoir ici, avec Brigitte, parce que c'est une tradition de remettre le muguet et il est bon, dans les temps où les choses changent, que les traditions qui ont un sens, un symbole, soient tenues. En tout cas, j'y tiens", a déclaré le président de la République, devant l'assemblée réunie dans la salle des fêtes.
"Le 1erMai est la fête de toutes celles et ceux qui aiment le travail, le chérissent, parce qu’ils produisent, parce qu’ils forment, parce qu’ils savent que par le travail nous construisons l’avenir. Merci de porter ces valeurs et d’œuvrer chaque jour pour notre Nation", a déclaré, puis tweeté, le chef de l'Etat.
Une tirade qui a suscité de vives critiques de la gauche, qui l'a accusé de détourner le sens du 1er mai.
"Il ne faut jamais perdre le fil de ce qui est notre Histoire et donc un peu de bon sens", a-t-il ajouté, seule allusion voilée aux menaces d'exactions de casseurs dans Paris.
"Soit le président manque de culture historique, soit madame Loiseau écrit ses tweets en puisant dans ses souvenirs, mais cette rhétorique est un détournement. La fête des travailleurs célèbre leurs droits et rend hommage à ses combattants", a réagi Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure.
Le député de la France Insoumise Eric Coquerel est allé plus loin en l'accusant d'utiliser une rhétorique pétainiste. "En 1941 Pétain faisait de la fête revendicative des travailleurs et des luttes sociales, 'une fête du travail et de la Concorde sociale', Emmanuel Macron lui emboîte le pas aujourd’hui avec ce tweet révisionniste", a tweeté l'élu Insoumis.
Le chef de l'Etat est ensuite resté une heure et demie avec les professionnels en faisant le tour des stands.
Le président Emmanuel Macron et des profesionnels des métiers de bouche et des fleurs lors d'une réception à l'Elysée, le 1er mai 2019 à Paris
POOL/AFP
Ses invités avaient dû franchir des barrages de police dressés dans les rues adjacentes, qui bloquaient même les piétons, obligeant les touristes déçus à contourner le quartier.
Pendant ce temps, de l'autre côté de la Seine, des milliers de personnes, dont de nombreux "gilets jaunes", se rassemblaient devant la tour Montparnasse avant le début d'un défilé syndical qui s'est élancé à 14H30, dans une ambiance très tendue.
Dès la mi-journée, des heurts ont opposé des "black blocs" aux forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et grenades de désencerclement à plusieurs reprises, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Le chef de l'Etat a reçu le traditionnel muguet du 1er mai, remis par Stéphane Layani, patron du marché de Rungis, qui a remercié M. Macron de "céder à cette tradition" remontant à la Renaissance.
Défilé du 1er mai dans le quartier de Montparnasse, le 1er mai 2019 à Paris
AFP
Dans la salle des fêtes, plusieurs grands stands et buffets étaient dressés, fournis par Rungis et préparés par les meilleurs ouvriers de France et apprentis, avec les équipes du chef de l'Elysée Guillaume Gomez, où trônaient produits de la mer, fromages, fruits ou gâteaux.
Les ministres du Travail Muriel Pénicaud, de l'Agriculture Didier Guillaume et la secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire Brune Poirson étaient présents, ainsi que des représentants des fédérations interprofessionnelles, jeunes d'écoles hôtelières, grossistes de Rungis et producteurs.
Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.
Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).
Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone pour Public Sénat et la presse régionale, les courbes se croisent : le leader de La France insoumise gagne deux points et passe devant l'ancien Premier ministre. Au centre, Édouard Philippe, pourtant fragilisé, reste de loin le mieux placé face à Gabriel Attal.
« Ces deux mandats macronistes nous lèguent 1300 milliards d’euros de dette supplémentaire », soit « plus de 400 millions d’euros par jour », a dénoncé la nouvelle présidente du groupe RN/UDR du Sénat, Edwige Diaz. Le premier ministre a pointé en retour l’effort demandé aux collectivités par le Rassemblement national. La sénatrice RN a démenti les chiffres, pourtant bien inscrits dans le contre-budget du RN.