2ème quinquennat Macron : 5 mois de grand réchauffement entre le Sénat et le gouvernement
En quelques mois, les relations entre le gouvernement et le Sénat ont changé de nature. En l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, l’exécutif a négocié avec la chambre haute sur de nombreux textes depuis le mois de juillet. Sans doute un avant-goût de 2023 pour la réforme des retraites.

2ème quinquennat Macron : 5 mois de grand réchauffement entre le Sénat et le gouvernement

En quelques mois, les relations entre le gouvernement et le Sénat ont changé de nature. En l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, l’exécutif a négocié avec la chambre haute sur de nombreux textes depuis le mois de juillet. Sans doute un avant-goût de 2023 pour la réforme des retraites.
Public Sénat

Par Tam Tran Huy

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Un quinquennat qui a débuté avec une déclaration d’amour au Sénat

Le 6 juillet dernier, lors de son discours de politique générale au Sénat, Elisabeth Borne est gagnée par des envolées lyriques qui reflètent bien la nouvelle donne politique : « Je n’imagine pas la République sans le Sénat », assure la nouvelle Première ministre avant de détailler : « Nous devons nous inspirer de l’expérience et des pratiques du Sénat […] Le Sénat pourra pleinement agir comme force de co-construction au service des territoires et des Français. »

Une co-construction dès le mois de juillet

De fait, il ne va pas falloir attendre longtemps pour que le gouvernement commence à s’appuyer sur le Sénat : projet de loi sur la situation sanitaire, projet de loi de finances rectificative… Alors que les débats sont houleux à l’Assemblée nationale sur des textes pourtant peu clivants (avec notamment des mesures en faveur du pouvoir d’achat), les négociations s’avèrent plus simples avec la chambre haute.

Le deuxième projet de loi de finances rectificative, au mois de novembre, est aussi adopté avec l’assentiment de la majorité sénatoriale. La droite approuve enfin la réforme de l’assurance-chômage, qui ouvre la voie à de nouvelles règles d’indemnisation en fonction du contexte économique. Emmanuel Macron l’avait résumé simplement : « Quand ça va bien, on durcit les règles, quand ça va mal on les assouplit ». Une maxime que le MEDEF et la droite auraient pu aussi écrire.

Des textes aussi approuvés par la gauche

Mais la gauche sénatoriale a aussi approuvé plusieurs textes. On le comprend facilement pour certains textes très consensuels comme la proposition de loi qui vise à lutter contre la précarité des AESH, les accompagnants d’élèves en situation de handicap. Difficile d’être contre ! Même chose pour le texte qui interdit le démarchage commercial d’un titulaire de CPF.

Mais la gauche, plus surprenant, a aussi voté la loi LOPMI, loi sur les moyens du ministère de l’Intérieur : la droite et le centre ont voté le texte, mais aussi quasiment tout le groupe socialiste. Elle a aussi voté le projet de loi pour l’accélération des énergies renouvelables, qui a fait l’objet d’une bataille rangée à l’Assemblée. Au Sénat, le texte a atterri dans le consensus avec des écologistes et des socialistes, qui ont mêlé leurs voix à la droite et au centre après un compromis avec le gouvernement sur le sujet brûlant des éoliennes.

Opposition sur les textes budgétaires

Bien sûr, impossible pour la droite comme pour la gauche sénatoriale de voter les deux textes majeurs de l’automne. Le budget et le budget de la sécurité sociale 2023, deux textes qui agissent comme des marqueurs d’un point de vue politique. Les voter signifie appartenir à la majorité. Malgré la mise en place des Dialogues de Bercy au mois de septembre, censés préparer cette séquence avec tous les groupes politiques, les habitudes sont vite revenues. Sur le budget 2023, la droite sénatoriale a, par exemple, vite dénoncé les mesures visant les collectivités locales (CVAE ou encore contrats de confiance). Sur le budget de la Sécurité sociale, elle a, comme les trois dernières années, déposé un amendement pour reporter l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, une réforme qu’elle veut voir couplée à une hausse de la durée de cotisation. Cela a beau être l’une des hypothèses désormais envisagées par le gouvernement pour la réforme de l’année prochaine, la mesure n’était pas à l’ordre du jour lors de l’examen du Projet de loi de financement de la sécurité sociale.

Jeudi 15 décembre, à l’issue des discussions, le ministre du Budget Gabriel Attal a néanmoins eu de douces paroles pour les sénateurs. Après avoir égrainé les apports du Sénat retenus dans le budget, il s’est exclamé : « Passer du temps au Sénat, ça vous forge un homme, ça vous fait évoluer ». Reste que seulement 10 % des amendements du Sénat ont été retenus dans le PLF2023. L’exécutif et la droite ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur la prochaine loi de programmation des finances publiques : les milliards d’économies auxquels le gouvernement était prêt, restaient insuffisants aux yeux de LR.

 

Et sur certains sujets, le Sénat a continué à jouer les poils à gratter : sa commission d’enquête sur le rôle des cabinets de conseil dans les politiques publiques a abouti à un rapport au vitriol puis une proposition de loi pour mieux encadrer les prestations de conseil privées réalisées pour l’Etat, des autorités administratives ou encore des hôpitaux.

 

De nouvelles relations avec le gouvernement

Mais le climat a bel et bien changé : depuis cet été, le gouvernement a trouvé les numéros de téléphone des sénateurs de la majorité, qu’il s’agisse de la droite ou du centre. Un proche de Bruno Retailleau l’avoue : « On nous cajole », comprendre « on nous écoute et parfois on reprend nos amendements ». Le président du groupe Union centriste et nouveau président de l’UDI, Hervé Marseille, s’est longtemps plaint du manque de considération du gouvernement pour les sénateurs lors du premier mandat d’Emmanuel Macron. Désormais, il est régulièrement reçu à Matignon. Dernièrement reçu sur la réforme des retraites (comme les autres présidents de groupe parlementaire), il a senti Elisabeth Borne intéressée par la proposition de la majorité sénatoriale.

 

« Il n’est pas impossible que la proposition du gouvernement ressemble furieusement à ce que nous faisons ici au Sénat » a-t-il expliqué à Public Sénat. Les liens vont-ils encore se resserrer en 2023 ? Il faudra attendre encore quelques mois, la réforme des retraites, celle de l’immigration ou encore le projet de loi sur le nucléaire, pour voir si le gouvernement peut s’appuyer, dans la durée, sur la majorité sénatoriale.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

POLICE MUNICIPALE
3min

Politique

Projet de loi sur les polices municipales : « Il faut faire attention que ce qui a été ajouté est bien constitutionnel », prévient Laurent Nunez

L’extension de la liste des délits constatés par les policiers municipaux et les gardes champêtres s’apprête à être votée ce mardi 10 février au Sénat. Au cœur de ce texte, la possibilité pour les agents de verbaliser un certain nombre de délits pris sur le fait. Le Sénat a étendu le nombre d’infractions de neuf à une quinzaine, telles que l’occupation illicite de halls d’immeuble ou le port d’armes blanches. Le ministre de l’Intérieur, qui se félicite de débats « très constructifs », espère cependant que certains amendements votés par le Sénat, n'engendrent pas une censure du Conseil constitutionnel.

Le

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez
3min

Politique

Narcotrafic : « Il y a une crainte d’ingérence » lors des élections municipales », déclare Laurent Nunez

A un peu plus d’un mois des élections municipales, les candidats mettent un coup d’accélérateur à leur campagne et déroulent leurs propositions. Pourtant, une inquiétude monte jusqu’au plus haut sommet de l'État : le risque d’une ingérence de la part des narcotrafiquants. Le ministre de l’Intérieur scrute la potentielle menace avec « vigilance ».

Le

NICE: Coronavirus Peur des Gens du Voyage
4min

Politique

Gens du voyage : ce que contient la proposition de loi du Sénat pour lutter contre les installations illicites

Ce mardi, le Sénat examine la proposition de loi du Sénat visant à lutter contre les installations illicites des gens du voyage a été déposée au Sénat. Elle a pour objectif de revoir le cadre juridique afin d’aider les propriétaires des terrains et les élus « démunis » face aux « agressions » et à « l’impunité qui s’installe ».

Le

Paris : Press conference of the new Year of Jordan Bardella
9min

Politique

Jordan Bardella n’exclut pas des listes « d’union » au second tour des municipales : « Un piège » pour nuire à la droite, mettent en garde les LR

Alors que le président du RN n’exclut pas de « tendre la main » au second tour des municipales, pour faire barrage « à l’extrême gauche », plusieurs LR s’opposent clairement à tout rapprochement avec le parti d’extrême droite. Mais la ligne n’est pas unanime et certains, comme le sénateur LR Etienne Blanc, ne seraient « pas choqués une seconde » par « un désistement de la liste la moins bien placée », y compris en faveur du RN, pour « faire barrage à la gauche ».

Le