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Alliance Ciotti avec le RN : récit de la folle journée des Républicains du Sénat

L’annonce par Éric Ciotti d’un accord avec le RN en vue des législatives a chamboulé le groupe Les Républicains du Sénat. Certains demandent la démission du président du parti, d’autres quittent Les Républicains, d’autres encore déclarent à demi-mot ne pas être opposés à une alliance avec le parti de Jordan Bardella.
Simon Barbarit

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Des mots de Bruno Retailleau, le groupe LR du Sénat a vécu ce mardi « un moment exceptionnel ». Il est un peu plus de 10 heures du matin quand bruissent les premières rumeurs d’un accord scellé entre les Républicains et le Rassemblement national pour les législatives de la fin du mois. Les sénateurs sont pris de court. Le président du groupe Bruno Retailleau le confira quelques heures plus tard : lors de son entretien avec Éric Ciotti dans le bureau de Gérard Larcher lundi à 17 h 30, en présence de François-Xavier Bellamy et Annie Genevard, jamais cette option n’avait été mise sur la table.
« Un accord avec le RN veut dire la mort des Républicains », affirme Olivier Paccaud, sénateur apparenté LR. « Il faut une clarification immédiate sinon c’est un départ immédiat. En ce qui me concerne, j’ai été élevé à l’école chiraquienne, et ça, c’était une ligne rouge infranchissable. Déjà que j’étais en réflexion depuis quelque temps… », prévient la sénatrice des Yvelines, Sophie Primas. Elle joindra le geste à la parole quelques heures plus tard en annonçant sur X son départ de LR, elle sera suivie dans ce mouvement par Jean-François Husson, rapporteur général de la commission des finances. « Pourquoi je quitterais le parti ? Si Éric Ciotti veut passer un accord avec le RN, c’est lui qui doit partir », répond Pascale Gruny, sénatrice et présidente de la fédération de l’Aisne.

« Ça n’a pas de sens de qualifier le RN d’extrême droite alors qu’il ne remet pas en cause nos fondements démocratiques »

Mais en ce milieu de matinée, l’accord avec le RN n’est pas encore confirmé et certains élus, dans l’attente de la position du groupe au Sénat, se laissent aller à la franchise. « C’est envisageable de travailler avec le RN par exemple sur des sujets sur la simplification des normes, le redressement de la dette… Ce qui compte ce sont des idées. Ça n’a pas de sens de qualifier le RN d’extrême droite alors qu’il ne remet pas en cause nos fondements démocratiques », confie un élu. « Quand on voit que la gauche se rassemble, je crois que nous aussi nous devons faire des efforts pour empêcher que le groupe LFI arrive au pouvoir », abonde une autre sénatrice.

« Je ne soutiendrai pas des candidats LR qui rallieront le Rassemblement national »

Des points de vue que les deux sénateurs ont dû visiblement mettre en sourdine lors de la réunion de groupe, car Bruno Retailleau l’a répété à maintes reprises durant la journée : « A l’unanimité, pas une voix n’a manqué, pas une seule abstention, les sénateurs de mon groupe se sont prononcés pour cette ligne d’autonomie et d’indépendance, la seule capable de préserver ce que nous sommes, pour donner aux Français, une vraie alternative ». Interrogé sur son vote à la sortie de la réunion, le sénateur cité plus haut semble se dédire. « Nous avons le devoir de proposer un projet aux Français, les accords d’appareil ça ne m’intéresse pas », élude-t-il.

Toutefois, pour Sophie Primas les sénateurs LR favorables à une alliance avec le RN se comptent sur les doigts d’une main. Stéphane Piednoir, sénateur et président de la fédération du Maine et Loire indique qu’il présentera des candidatures dans chaque circonscription de son département dont la ligne est claire : une droite de gouvernement, une droite républicaine. Le corpus du RN est fondé sur la haine de l’autre », affirme-t-il tout en indiquant refuser de choisir entre un candidat LFI et RN dans l’hypothèse d’un duel au second tour.
Le flottement règne devant la salle Médicis où visiblement aucun sénateur n’a eu la confirmation de ce que va annoncer Éric Ciotti dans le 13h de TF1. « Je suis sur une ligne conforme à mes valeurs, en refusant toute union des droites. Je ne soutiendrai pas des candidats LR qui rallieront le Rassemblement national », martèle Dominique Estrosi Sassone, la présidente de la commission des affaires économiques du Sénat.

Jacqueline Eustache-Brinio sénatrice du Val d’Oise, pourtant connue pour ses positions dures en matière d’immigration et de respect de la laïcité, ne décolère pas non plus. « Je suis satisfaite de la position adoptée par le groupe. Si Éric Ciotti annonce un accord avec le RN, c’est en son nom. Je fais partie du bureau politique, je suis membre du shadow cabinet du parti et je n’ai pas été mise au courant. Éric Ciotti va avoir visiblement des difficultés à se faire réélire dans sa circonscription, mais ça ne nous concerne pas ».
« Un épisode que j’ai rarement vu en politique, celui du chef qui trahit sa propre famille politique »
Sur TF1, le patron de LR déclare que son parti a « besoin d’une alliance […] avec le Rassemblement national. Il affirme que « le pays n’a jamais été autant à droite » et souhaite que « tous les députés LR sortants s’allient avec le RN pour préserver un groupe puissant à l’Assemblée nationale ».
Il est alors immédiatement désavoué publiquement par les ténors de sa formation. Le chef des députés LR, Olivier Marleix, Laurent Wauquiez, Gérard Larcher et de nombreux sénateurs demandent son départ de la présidence du parti. Lors d’une conférence de presse, Bruno Retailleau dénonce « le mensonge » du député sortant « sans doute dans un but personnel vis-à-vis de Nice ». « Tout ça a été mûrement camouflé, c’est de la déloyauté, c’est un manque de droiture ». « On vient d’assister à un épisode que j’ai rarement vu en politique, celui du chef qui trahit sa propre famille politique ».

Mais démettre Éric Ciotti de ses fonctions de président de LR s’annonce délicat. Interrogés sur les possibilités offertes par les statuts du parti, plusieurs élus bottent en touche préférant évoquer un enjeu plus urgent, celui des investitures des candidats LR. Demain, la commission d’investiture se réunira. Elle est présidée par la députée sortante, elle aussi des Alpes Maritimes, Michèle Tabarot et de trois vice-présidents, le sénateur Roger Karoutchi, le député sortant, Patrick Hetzel et l’eurodéputée, Nadine Morano. « Avec Roger Karoutchi et Patrick Hetzel, nous partageons tous les trois les mêmes convictions », a précisé Bruno Retailleau en clôture de sa conférence de presse.

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