59 sénateurs emploient un membre de leur famille comme collaborateur parlementaire
Les révélations du Canard Enchaîné sur l’emploi par François Fillon de sa femme nous rappellent que la pratique est parfaitement légale. Au Sénat, 17% des sénateurs emploient un membre de leur famille. Dans les faits, rien ne permet réellement de vérifier si l’emploi est effectivement occupé.

59 sénateurs emploient un membre de leur famille comme collaborateur parlementaire

Les révélations du Canard Enchaîné sur l’emploi par François Fillon de sa femme nous rappellent que la pratique est parfaitement légale. Au Sénat, 17% des sénateurs emploient un membre de leur famille. Dans les faits, rien ne permet réellement de vérifier si l’emploi est effectivement occupé.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L’affaire Pénélope Fillon jette la lumière sur un fait parfaitement connu au Parlement : l’emploi d’un membre de sa famille comme collaborateur. C’est une pratique parfaitement légale, mais encadrée. Au Sénat, on trouve de moins en moins d’emplois dit familiaux. Mais le phénomène persiste. Comme nous l’écrivions sur publicsenat.fr dans un article de 2014, on comptait environ 90 personnes concernées de 1996 à 2005. En 2011, la Haute assemblée communiquait à Mediapart le chiffre de 64.

Aujourd’hui, le Sénat nous affirme qu’au 31 décembre 2016, « 59 collaborateurs familiaux » sont comptabilisés « sur environ 950 collaborateurs parlementaires, soit moins de 7% ».

Selon le règlement du Sénat, un sénateur ne peut employer qu’un membre de sa famille « défini comme le conjoint, les ascendants, les descendants et les conjoints de ceux-ci ». Ramené aux 348 sénateurs, les 59 emplois familiaux signifient que 17% (16,95% exactement) des sénateurs emploient un membre de leur famille.

2.500 euros brut maximum pour son conjoint

S’il est au même domicile fiscal que le sénateur (par exemple sa femme), le collaborateur familial est payé au maximum au tiers de l’enveloppe destinée à rémunérer les collaborateurs, fixée au Sénat à 7 593,39 € par mois. Soit 2 531 euros brut (voir le sujet vidéo de Pauline Dame). A l’Assemblée, ce plafond, fixé à la moitié, est plus élevé.

Si le domicile fiscal est différent, par exemple un enfant qui a quitté le foyer, il peut être payé jusqu’à la moitié de l’enveloppe. A noter que la rémunération mensuelle moyenne brute de base d'un collaborateur employé à temps plein s'élève à 3 248 euros, selon le site du Sénat. Au maximum, un assistant peut être payé aux deux tiers de l’enveloppe, soit 5 062 euros brut. Un sénateur peut embaucher jusqu’à cinq collaborateurs. Il suffit d’avoir le bac pour être embauché ou justifier d’une expérience professionnelle de 15 ans.

La transparence progresse

Reste un moyen pour contourner les plafonds de salaires : la pratique des emplois croisés. Il s’agit d’employer par exemple la femme d’un autre parlementaire, qui lui-même, en échange, embauche la femme du premier…

Après l’affaire Cahuzac, la loi sur la transparence a rendu obligatoire la publication par chaque parlementaire du nom de ses collaborateurs sur le site de la Haute autorité. En 2015, lors de la réforme du Sénat initiée par Gérard Larcher, il a été décidé de rendre public les noms des collaborateurs. C’était notamment une demande des associations de collaborateurs. Un trombinoscope et la liste des assistants sont ainsi  consultables sur le site du Sénat. Ce qui permet facilement de remarquer quelques noms identiques.

« Dans l’absolue, il n’y a aucun moyen réel de vérifier qu’un collaborateur a réellement travaillé ou pas »

Le Canard Enchaîné accuse Pénélope Fillon d’emploi fictif, qui est le fond de l’affaire. Peut-on vérifier que le travail d’un assistant est effectivement réalisé ? Selon Olivier Decard, président de l’Association des collaborateurs de sénateurs (ASC), l’association représentative des collaborateurs de droite et du centre, « c’est très compliqué », « vous ne pouvez pas vérifier quoi que ce soit ». Ce qui risque de compliquer sérieusement le travail des juges qui ont ouvert une enquête.

Même réponse de Fréderic Faravel, membre du comité exécutif du syndicat CGT des collaborateurs parlementaires. « Dans l’absolu, il n’y a aucun moyen réel de vérifier qu’un collaborateur a réellement travaillé ou pas » affirme-t-il. « Je veux bien qu’on nous pointe. Ça montrerait que beaucoup font des heures supplémentaires et ne sont pas payés pour ça… Mais je ne vois pas comment le faire, en l’état. C’est une question qui tient aussi au flou du statut de la profession. Quand on appliquera le code du travail, qui est ici très subjectif, vous aurez moins de dérives » ajoute Frédéric Faravel. Il regrette que « cette affaire jette l’opprobre sur la profession au moment où on a des choses à défendre la reconnaissance de la profession ».

Si l’immense majorité des collaborateurs parlementaires occupent leur poste normalement et travaillent – et travaillent dur pour beaucoup d’entre eux – rien n’empêche donc d’embaucher une personne sans que celle-ci n’exerce une réelle fonction. De tels faits seraient d’autant plus graves qu’il s’agit d’argent public.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Olivier Faure convention municipales 2026
10min

Politique

Municipales : le PS fait du scrutin un « enjeu majeur » dans la bataille du leadership face à LFI

Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».

Le

Rachida Dati, at the Mutualite, 2026 municipal elections. Paris.
9min

Politique

Municipales 2026 : les LR visent la stabilité, tout en rêvant d’un exploit à Paris

En tenailles entre l’érosion du vote LR dans les grandes villes et le spectre d’une « union des droites » portée par le RN, le parti de Bruno Retaileau mise sur son solide maillage territorial pour résister lors du scrutin des 15 et 22 mars prochains. LR pourrait toutefois créer la surprise à Nantes et Besançon. Surtout, la droite caresse l’espoir d’un basculement historique à Paris avec Rachida Dati.

Le

BORDEAUX : second round of mayoral elections
17min

Politique

Municipales : les enjeux détaillés, parti par parti

Pour les élections municipales, les enjeux sont multiples. Les LR et le PS tentent de conserver leurs nombreuses villes moyennes, pour la droite, ou grandes, pour la gauche et les écolos, avec une élection cruciale à Paris, que vise Rachida Dati. Pour le RN et LFI, qui partent de loin, il s’agit de renforcer l’implantation locale. Le parti d’extrême droite vise Toulon et rêve de gagner Marseille. Horizons essaie de garder ses grands maires. Et pour Renaissance, ce sera à nouveau un scrutin difficile. Le scrutin du 15 et 22 mars devrait réserver quelques surprises.

Le

« Le gouvernement est à l’action », tient à rassurer Sébastien Martin.
4min

Politique

Prix des carburants : « Il n’y a pas de risque de pénurie », déclare Sébastien Martin

En réaction aux bombardements israélo-américains, l’Iran a bloqué le détroit très stratégique d'Ormuz. Plus de 20 % des stocks de pétrole mondiaux y transitent par bateaux, entraînant une flambée du prix des carburants à travers le monde. Invité dans l’émission Bonjour chez vous, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a tenu à balayer les inquiétudes des particuliers et des professionnels.

Le