711 jours otage au Mali : « C’est l’histoire la plus extraordinaire et terrible de ma vie » raconte Olivier Dubois

C’est un journaliste pas comme les autres. Parti interviewer un lieutenant djihadiste à Gao au Mali en mars 2021, il n’en revient que près de deux ans plus tard, après avoir été capturé par des terroristes. Une expérience marquante qui a chamboulé sa vie. Sa passion du journalisme est-elle toujours intacte ? Comment tenir dans de telles conditions, mais surtout comment se reconstruire ? Olivier Dubois répond à ces questions dans l’émission Un monde, un regard de Rebecca Fitoussi.
Mathieu Terzaghi

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Olivier Dubois est un survivant. Après 711 jours de captivité, le journaliste français se livre dans un ouvrage. Dans Prisonnier du désert : 711 jours aux mains d’Al-Qaïda, paru chez Michel Lafont en janvier 2025, il raconte ce qu’il a vécu : l’enlèvement au Mali par un groupe djihadiste, l’isolement, sa lutte contre l’oubli à travers l’écriture, sa relation avec ses bourreaux… Un livre comme une réparation d’une épreuve qu’il qualifie lui-même de « l’histoire la plus extraordinaire et la plus terrible » de sa vie.

Le journalisme, un « métier passion, ce n’est pas un incident de parcours qui le remet en question »

A ceux qui s’interrogent sur les risques pris par le journaliste, Olivier Dubois défend son engagement : « Le rôle d’un journaliste, c’est d’être dans ces lieux où les gens ne peuvent pas aller. On peut faire ce métier au téléphone en restant à Bamako derrière un bureau, mais ce n’est pas suffisant », estime-t-il. « C’est un métier passion, j’adore ce métier, ce n’est pas un incident de parcours qui va remettre ça en question », affirme-t-il.

Pendant les 711 jours que va durer sa captivité, il va noter ses sentiments, ses pensées, sur tous les supports qu’il trouve. Même sur des cartons trempés, en pleine détention, il continue d’exercer son métier, un remède à la défaite et à l’angoisse : « C’est cette idée que je suis un journaliste au travail, en captivité, il y a un combat contre la mémoire. On va oublier une conversation hyper intéressante avec un d’entre eux qui s’est confié une semaine avant ». Une activité qui inquiétait ses geôliers : « Ils me disent ‘On n’aime pas les journalistes, on n’aime pas les gens qui écrivent’ ». Vaille que vaille, il va documenter sa détention : « Il y a eu des moments assez chauds, parce que quand j’étais tout seul, j’écrivais deux lignes et je me retournais quatre fois », raconte le journaliste.

« On peut se croire seul assez vite »

Ce qui lui a manqué ? « L’amour des proches. On peut se croire seul, se laisser aller très vite. On n’est pas seuls, il y a un lien invisible à des personnes qui font peut-être des choses pour vous ». Les djihadistes ont proposé à Olivier Dubois de se convertir à l’islam, ce qui lui aurait donné accès à de meilleures conditions de vie. Un pas qu’il n’a jamais franchi : « C’était impossible. Il faut toujours un dernier filet de sécurité », même s’il avoue que si on l’avait menacé, il se serait converti. « Le meilleur des arguments, c’est qu’on ne peut pas rentrer en religion si on est forcés. Si Dieu existe, je ne pense pas qu’il aimerait que ses fidèles soient convertis par la force », argumente-t-il.

Une épreuve dont il a survécu mais qui a tout changé dans son existence : « Je suis encore en train de le vivre. Ce qui a changé, c’est que je ne suis plus sur le terrain, en Afrique. J’ai dû me reconstruire depuis la libération. C’est compliqué, les premiers mois. Ça m’a pris jusque début 2024 pour reprendre mes repères. C’est marquant ce qui m’est arrivé. C’est quelque chose que je n’oublierai pas. Il faut faire en sorte que ça ne soit pas néfaste pour moi, que ce soient des souvenirs et pas des blessures encore ouvertes. C’est l’histoire la plus extraordinaires et terrible de ma vie », résume-t-il.

Une émission à revoir en intégralité sur notre espace replay.

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