Illustration of institutional monuments in the city of Paris
Illustration monuments institutionnels de la ville de Paris par Marie MARCEL/SIPA - Illustration of institutional monuments in the city of Paris by Marie MARCEL/SIPA//MARIEMC_Sipa.13772/Credit:Marie MARCEL/SIPA/2602101046

78 % des Français n’ont pas confiance dans la politique, selon le baromètre Cevipof

La nouvelle étude du Cevipof qui sonde annuellement les Français sur leur rapport à la politique vient d'être publiée. Le constat est sans appel : la défiance envers la politique et les institutions représentatives n'a jamais été aussi grande.
Guillaume Cros

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C’est inédit. Depuis sa création en 2009, le « baromètre de la confiance politique » édité le centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) n’a jamais enregistré des chiffres aussi bas. Cette étude annuelle menée sur 3 166 Français recense les ressentis et les préoccupations majeurs de la population, principalement autour de la politique. Et le compte rendu, élaboré durant le mois de janvier 2026, est dans sa globalité alarmant. L’étude compare les données recensées en France avec l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni.

Une défiance record

78 % des Français n’ont pas confiance en la politique, une hausse de 4 points sur un an. Une statistique record par rapport à nos voisins allemands (55 %), italiens (60 %) et britanniques (56 %). Cette défiance cible les institutions nationales telles que le Sénat (26 % de confiance), l’Assemblée nationale (20 %) et particulièrement le gouvernement (17 %). La cote de popularité du gouvernement n’a jamais été basse. Seuls les maires jouissent d’une relative bonne image auprès des citoyens (60 %).

Pourquoi une telle désaffection ? La faute au mépris, à en croire le Cevipof. 89 % des sondés estiment avoir besoin d’être mieux pris en considération par les acteurs politiques. Pire, 87 % considèrent qu’ils ne s’intéressent pas aux préoccupations des citoyens. Un ressenti qui créerait de la méfiance (37 %), du dégoût (26 %) et de l’ennui (12 %) à l’égard de la politique. Pourtant, les Français seraient environ 53 % à s’y intéresser.

La défiance s’aggrave sur le thème de la probité du personnel politique. Selon l’étude, 72 % des Français ne savent plus trop qui croire et 76 % vont jusqu’à penser qu’ils sont plutôt corrompus qu’honnêtes. Et cette donnée est en hausse de 2 points par rapport à l’année précédente (janvier 2025). Néanmoins, une grande majorité des citoyens continue d’approuver le système démocratique (82 %), a contrario des partisans d’un homme « fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections » (36 %) ou d’un régime martial (20 %). Par ailleurs, 72 % réclame une démocratie plus directe lors des grandes décisions politiques par le biais des pétitions ou des tirages au sort.

Capture d'écran 1 - Baromètre de la confiance politique du Cevipof
Crédits photo : Capture d'écran 1 - Baromètre de la confiance politique du Cevipof

La confiance vers le président de la République en fort recul

Mais la principale victime collatérale de cette étude s’appelle Emmanuel Macron. Sur un barème de satisfaction, le chef de l’Etat enregistre une note de 2.4/10. Un score jamais atteint depuis la création de l’étude, qui pourrait se justifier par la situation institutionnelle jugée gravissime (7.3/10) depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2022. Le président français est le plus décrié en comparaison à son homologue italienne Giorgia Meloni (3.9/10) politiquement classée à l’extrême-droite et le Premier ministre britannique Keir Starmer (3.5/10) vivement critiqué pour sa gestion de l’immigration et les récentes révélations de l’affaire Epstein.

Emmanuel Macron honni par les Français qui se revendiquent politiquement à droite (25 %) ou à gauche (22 %). A noter, les idées d’extrême-droite infusent progressivement (12 %) avec une augmentation de 2 points sur un an. Dans ce cas, quels sont les principaux mécontentements de nos concitoyens ? Sans grande surprise, l’immigration massive arrive en tête (61 %), devant les chômeurs protégés par le système (59 %) et le manque de redistribution des richesses (53 %). Plus étonnant, la volonté de rétablir la peine de mort pour certains (48 %), bien que cette donnée soit en très légère baisse (-1 point par rapport à janvier 2025).

La France, comme ses trois voisins européens, veut en grande majorité s’ouvrir à une économie plus libérale (43 %) et avoir une politique migratoire plus restrictive (63 %). Pour ce faire, elle doit privilégier l’action gouvernementale (62 %) à celle de l’Union européenne (9 %). Pour autant, les sondés jugent que le pouvoir français s’est en réalité substitué au pouvoir des marchés financiers (29 %) et à l’Europe (23 %). Comment y remédier ? En optant pour une démocratie plus participative ? Selon l’étude, 79 % des Français sont favorables à un recours plus fréquent au référendum dans le cadre de lois de politique publique importante (79 %) ou pour des propositions issues d’une convention citoyenne (79 %). Un rappel pas si lointain des revendications populaires sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC) arguées pendant la crise des gilets jaunes en 2019.

Capture d'écran 2 - Baromètre de la confiance politique du Cevipof
Crédits photo : Capture d'écran 2 - Baromètre de la confiance politique du Cevipof

Entre justice laxiste et urgence climatique

Sur les thématiques sociétales, nos concitoyens pointent du doigt une justice trop laxiste (44 %) et des magistrats politisés (31 %). Ils fustigent le manque de sévérité pour les peines concernant les agressions sexuelles (86 %) et les délits commis par le personnel politique (80 %), ainsi que des conditions de détention trop favorables (61 %). En parallèle, les Français classent le changement climatique comme un enjeu urgent (84 %) et près de 50 % sont prêts à changer radicalement leur mode de vie.

Du côté du sentiment d’appartenance à une communauté nationale, 60 % des Français affirment cohabiter les uns avec les autres au lieu de vivre dans une nation unie malgré les différences (37 %). Par extension, 76 % qualifient le système démocratique comme défaillant, un chiffre historiquement bas et bien supérieur à ses voisins allemands et britanniques. Cependant, une majorité (56 %) ne remet pas en cause l’importance des élections et l’impact sur leur quotidien.

Méthodologie

L’étude de Cevipof a été réalisée auprès d’un échantillon de :

  • 3 166 Français inscrits sur les listes électorales issus d’un échantillon de 3445 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, du 12 au 28 janvier 2026.
  • 1 814 personnes représentatives de la population allemande âgée de 18 ans et plus, 23 janvier au 3 février 2026.
  • 1 810 personnes inscrites sur les listes électorales issues d’un échantillon de 2013 personnes représentatives de la population italienne âgée de 18 ans et plus, 20 au 27 janvier 2026.
  • 1 800 personnes inscrites sur les listes électorales issues d’un échantillon de 1902 personnes représentatives de la population britannique âgée de 18 ans et plus, du 23 janvier au 2 février 2026.

L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle (en France), de région de résidence, taille d’agglomération (en France) et de niveau de revenus (sauf France).

Mode d’interrogation : l’échantillon a été interrogé en ligne sur système Cawi (Computer Assisted Web Interview).

OpinionWay rappelle par ailleurs que les résultats de ce sondage doivent être lus en tenant compte des marges d’incertitude : 0,7 à 1,7 point au plus pour un échantillon de 3 500 répondants et 1 à 2,3 points pour un échantillon de 1800 répondants.

OpinionWay a réalisé cette enquête en appliquant les procédures et règles de la norme ISO 20252.

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