80km/h : la mortalité routière « a baissé de 13% » annonce Laurent Nunez
Mardi, lors des questions d’actualité, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur a annoncé que la mortalité routière avait baissé depuis la mise en place de la limitation de vitesse à 80km/h. Au Sénat, les élus demandent toujours d’adapter la mesure par départements.

80km/h : la mortalité routière « a baissé de 13% » annonce Laurent Nunez

Mardi, lors des questions d’actualité, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur a annoncé que la mortalité routière avait baissé depuis la mise en place de la limitation de vitesse à 80km/h. Au Sénat, les élus demandent toujours d’adapter la mesure par départements.
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La semaine dernière, à Grand Bourgtheroulde dans l’Eure, Emmanuel Macron a ouvert la porte à un aménagement de la limitation de vitesse à 80km/h sur les routes secondaires, évoquant la possibilité pour les départements d’adapter la mesure au niveau local.

De quoi satisfaire les sénateurs, qui en avril 2018 avaient remis un rapport intitulé « Sécurité routière : mieux cibler pour plus d’efficacité », dans lequel ils proposaient justement de décentraliser la décision d’une nouvelle limitation au niveau des départements les mieux à même, selon eux, « d’identifier les routes ou les tronçons de route accidentogènes pour lesquels une réduction de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h permettrait de « réduire le nombre d’accidents de manière certaine ».

« Une mesure dont personne ne voulait » 

Mise en place en juillet dernier, la nouvelle limitation avait provoqué la colère et l’incompréhension de nombreux Français dépendants de leur voiture et de nombreux élus locaux. Selon eux « la mesure portait atteinte à la ruralité » (voir notre article). D’autant que dans une note pour la fondation Jean-Jaurès publiée le 28 décembre 2018, le sondeur de l’IFOP, Jérôme Fourquet et le géographe Sylvain Manternach considèrent que la limitation de vitesse a été « un signe avant-coureur de l’exaspération des conducteurs qui s’est exprimée avec plus de force quelques mois plus tard ». « (La mesure) a fait office de galop d’essai avant le mouvement des gilets jaunes ».

Mardi, lors des questions d’actualité au gouvernement, le sénateur LR du Puy-de-Dôme, Jean-Marc Boyer a quant à lui estimé que les 80km/h avaient « mis le feu au pays ». « Une mesure dont personne ne voulait. Une mesure préjudiciable pour le quotidien des territoires sans pour autant avoir une efficacité reconnue » selon lui.

« Remonter la vitesse sur un axe, c’est accepter aussi de voir l’accidentalité augmenter à nouveau » 

Dans l’hémicycle, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a tout d’abord douché l’affirmation de l’élu. « Il convient bien évidemment d’être prudent. Mais selon les premiers chiffres provisoires dont nous disposons sur ce réseau secondaire entre le 1er juillet 2018 et le 31 décembre 2018, le nombre de morts a baissé de 13% par rapport à l’année 2017 ». Puis le ministre a mis en garde sur les conséquences de l’adaptation des 80km/h territoire par territoire. « Car remonter la vitesse sur un axe (…) c’est accepter aussi de voir, le cas échéant, l’accidentalité augmenter à nouveau. Et à cet égard, l’avis des présidents de conseil départemental sera précieux ».

Une manière de mettre la pression sur les élus locaux et de confirmer a posteriori le bien-fondé de la mesure, si critiquée au moment de sa mise en place.

« Il ne faut pas analyser les chiffres à chaud » 

Co-auteur du rapport parlementaire « Sécurité routière : mieux cibler pour plus d’efficacité » (avec Jean-Luc Fichet (PS) et Michèle Vullien (centriste), le sénateur LR, Michel Raison ne s’en laisse pas conter pour autant. « Conformément aux travaux des observateurs de la mortalité routière, il faut au minimum 2 ans pour établir si une mesure a eu un impact » juge-t-il avant d’ajouter : « la baisse de la mortalité a commencé fin 2017 et s’est prolongée durant l’année 2018 ». En ce qui concerne les causes possibles de cette baisse, le sénateur met en avant « une prise de conscience des automobilistes », « l’augmentation des contrôles routiers » ou encore « les avancées technologiques des nouveaux véhicules ». « Il ne faut pas analyser les chiffres à chaud. Mon seul regret, c'est que le gouvernement a attendu qu’il y ait de la violence pour revoir sa position, plutôt que d’écouter la sagesse du Sénat » conclut-il

« En zone rurale, sans permis de conduire vous êtes socialement mort »

Sylvie Goy-Chavent: « En zone rurale, sans permis de conduire vous êtes socialement mort »
02:50

Au Sénat, les auteurs de ce rapport sont loin d’être les seuls à s’intéresser à la sécurité routière. Cet après-midi, la Haute assemblée examinait une proposition de loi visant à « aménager le système de retrait de points en fonction de la gravité des infractions commises » de la sénatrice centriste Sylvie Goy-Chavent. La sénatrice a d’ailleurs fait le lien entre sa proposition de loi et la limitation à 80 km/h. « Pour lutter contre la mortalité routière, pourquoi ne pas limiter partout la vitesse à 70, 60 ou même 50 km/h ? (…) « En zone rurale (…), il n’y a pas d’alternative. Le permis de conduire est une nécessité. Sans permis de conduire vous êtes socialement mort » (…) que pensent nos concitoyens à chaque fois qu’ils perdent un point pour un excès de vitesse de 135 km/h au lieu de 130 ? (…) Sommes-nous sourds aux appels des Français. Ne sont-ils pas assez nombreux à défier nos institutions sur les ronds-points ? » s’est interrogée dans l’hémicycle la sénatrice qui souhaite ramener la récupération d’un point (sanction pour les petits excès de vitesse) à trois mois contre 6 mois actuellement.

 

Le texte perçu comme affaiblissant « la vertue pédagogique du permis à points » par la majorité du Sénat, dont le rapporteur de la commission des lois, le sénateur socialiste Jean-Luc Fichet, n’a pas été adopté.

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