A 100 jours du premier tour de l'élection présidentielle, les candidats accélèrent leur campagne. Mais les inconnues sont nombreuses dans un contexte inédit, marqué par l'envie de renouvellement, le terrorisme et les difficultés à faire baisser le chômage.
François Fillon est solidement installé à la tête de la droite, la gauche éparpillée et le Front national consolide ses positions. Invité surprise du scrutin, Emmanuel Macron tente de bousculer ce jeu à trois, dans la foulée des surprises du Brexit et de l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis.
- Fillon, la barre à droite -
Sa victoire triomphale à la primaire a imposé François Fillon comme le candidat incontesté de la droite. "L'union derrière lui se fait assez correctement. Ca en fait un bon représentant d'un bloc relativement uni à vocation majoritaire, qui a plutôt remporté toutes les élections depuis 2012", note Emmanuel Rivière, directeur de Kantar Public France (ex-Sofres).
François Fillon, candidat de la droite à l'élection présidentielle, le 10 janvier 2017 à Paris
AFP
François Fillon peut compter sur le vote des seniors qui ont assuré son succès à la primaire, et parvient à grignoter une partie de l'électorat du Front national.
Conséquence, le programme "radical" du candidat Les Républicains concentre les attaques de la gauche et du FN, qui dénoncent son agenda "ultralibéral". Il a déjà dû redresser le tir sur la Sécurité sociale et n'accroche pas l'électorat populaire en demande de protection. Et après l'euphorie de la primaire, son avance s'effrite dans les sondages.
- Trop plein à gauche -
Plus d'un mois après la décision de François Hollande de ne pas se représenter, la gauche est profondément divisée.
Manuel Valls lors d'un débat à la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprise) le 11 janvier 2017 à Puteaux
AFP
Avant même la primaire qui doit désigner le candidat socialiste le 29 janvier, quatre autres candidats probables s'en réclament, de l'extrême gauche à EELV (Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jean-Luc Mélenchon,Yannick Jadot) - sans compter Emmanuel Macron -, et ses chances sont minces de se qualifier pour le second tour. D'autant qu'en décembre 2015, l'ensemble de la gauche n'a rassemblé que 35% des voix aux régionales.
"La gauche n'est pas seulement divisée sur sa représentation, elle l'est également sur le fond", souligne Emmanuel Rivière.
Des divergences face aux enjeux économiques, qui au PS opposent notamment Manuel Valls d'une part, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg de l'autre.
Dans ces conditions, Jean-Luc Mélenchon apparaît comme "le premier à gauche", avec autour de 12% d'intentions de vote, même s'il peine à élargir son socle électoral.
- Macron, l'élément perturbateur -
Quatre mois après son départ du gouvernement, Emmanuel Macron est parvenu à transformer une bonne opinion en potentiel électoral et imposer sa candidature.
Emmanuel Macron le 10 janvier 2017 à Berlin
dpa/AFP
"Le très mauvais état de la gauche explique qu'il y ait une possibilité pour Macron, qui incarne par ailleurs une vraie demande de renouveau de la vie politique", note Bruno Cautrès, chercheur au CEVIPOF (Science Po). Crédité de plus de 16% d'intentions de vote, il ratisse à gauche comme à droite.
Atout supplémentaire, à 39 ans, Emmanuel Macron est l'un des rares à parler positivement de l'avenir de la France. "Si Hamon ou Montebourg gagne la primaire et que François Bayrou n'est pas candidat, ça lui ouvre de nouvelles perspectives", analyse le politologue. Or, François Bayrou maintient le suspense sur son éventuelle candidature, qui empêcherait l'ex-ministre de l'Economie de faire main basse sur l'électorat centriste.
- Marine Le Pen à l'offensive -
Donnée systématiquement qualifiée pour le second tour dans les sondages, Marine Le Pen peut espérer réitérer la performance de son père en 2002.
Marine Le Pen le 6 janvier 2017 à Ecouis dans le nord de la France
AFP
"Le Front national semble dans une dynamique de consolidation très nette. Marine Le Pen est très solide, avec des niveaux d'intentions de vote très élevés depuis des mois", constate Bruno Cautrès.
Deux ombres toutefois sur sa campagne: François Fillon débauche une frange de son électorat et la poussée d'Emmanuel Macron, si elle se confirme, peut lui barrer la route du second tour. "En 2012, Marine Le Pen était créditée de 22%-23% d'intentions de vote. Au final, elle a réalisé 18%", rappelle aussi Jean-Daniel Lévy de Harris-Interactive.
Et aucune étude ne l'a jamais donnée victorieuse au second tour.
- Sécurité et modèle social -
Des soldats en patrouille devant la Tour Eiffel le 16 novembre 2016 à Paris
AFP
Dans une période marquée par les attentats meurtriers en France comme à l'étranger, la sécurité, la lutte contre le terrorisme, sont la première priorité des Français, à égalité avec la lutte contre le chômage. Mais l'avenir du système social s'impose également comme un thème de campagne.
Pour Bruno Cautrès, "le programme de François Fillon va cristalliser beaucoup d'oppositions et met clairement au cœur du débat présidentiel la question du modèle social, de la place de l'Etat dans la régulation sociale et économique en France. Donc, du clivage gauche/droite à l'ancienne".
Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.
Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.
Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.
En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.