A Bercy, un tandem de droite pour mettre en oeuvre le programme Macron
En nommant Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, Emmanuel Macron a confié les clés de l'économie à un tandem de droite, au risque de...

A Bercy, un tandem de droite pour mettre en oeuvre le programme Macron

En nommant Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, Emmanuel Macron a confié les clés de l'économie à un tandem de droite, au risque de...
Public Sénat

Par Eleonore DERMY, Valentin BONTEMPS

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En nommant Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, Emmanuel Macron a confié les clés de l'économie à un tandem de droite, au risque de frictions avec les deux ministres, qui ne se sont pas privés de critiquer son programme pendant la campagne.

"A Bercy, tout le monde est surpris. On aurait élu Fillon président de la République, cela aurait été la même chose", confie une fonctionnaire. "Beaucoup sont tombés des nues", confirme un ex-responsable de cabinet, qui ironise: "ils sont en train d'ouvrir le livre de Bruno Le Maire pour voir ce qu'il pense".

Le nouveau ministre de l'Economie, candidat malheureux à la primaire de la droite, avait vertement critiqué ces derniers mois le chef de file d'En Marche!, qu'il accusait de dire "tout et son contraire".

"Il promet tout, finance tout, rembourse tout: les lunettes, les prothèses auditives et les soins dentaires! C'est Noël avant l'heure", avait pour sa part raillé le maire LR de Tourcoing Gérald Darmanin, tout nouveau ministre de l'Action et des Comptes publics, rattaché à Bercy.

Le président Emmanuel Macron à l'Elysée à Paris le 17 mai 2017
Le président Emmanuel Macron à l'Elysée à Paris le 17 mai 2017
AFP

Des critiques qui font planer le doute sur leur capacité de mettre en musique le programme économique d'Emmanuel Macron, d'autant que le projet du nouveau président diffère sensiblement des propositions formulées par M. Le Maire au cours de la primaire.

Le Maire et Darmanin "deviennent aujourd'hui des acteurs d'un projet qu'ils ont combattu il y a encore quelques jours", a grincé jeudi François Baroin, chef de file LR pour les législatives.

- Divergences -

Dans son programme, le député de l'Eure promettait de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires, contre 120.000 pour M. Macron, et de réduire les dépenses publiques de 80 à 90 milliards d'euros, soit nettement plus que les 60 milliards promis par le chef de l'Etat.

M. Le Maire souhaitait en outre réduire de 7,5% à 6% la CSG. Il devra, s'il suit le programme du président, l'augmenter de 1,7 point, afin de financer la suppression des cotisations maladies et chômage payées par les salariés.

Bruno Le Maire souhaitait enfin un recul de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans, que refuse le chef de l'Etat, et la suppression de l'ISF, qu'Emmanuel Macron veut simplement réformer en le concentrant sur le seul patrimoine immobilier.

Entre les deux programmes, "il y a quand même des similitudes", nuance Emmanuel Jessua, économiste chez Coe-Rexecode, qui cite pêle-mêle "l'engagement sur la stabilité fiscale", une "rationalisation de la fiscalité du capital" ou encore "la défiscalisation des heures supplémentaires".

Bruno Le Maire rejoint également M. Macron sur sa volonté de refondre le droit du travail, de reporter la réforme du prélèvement à la source, et de ramener le déficit public sous la barre des 3% exigée par les traités européens.

- 'Souplesse' -

"On pourra toujours trouver des nuances, des points de différences, c'est vrai". Mais "sur le cap, sur les grandes orientations, nous n'avons pas de divergences avec Emmanuel Macron", a assuré jeudi soir M. Le Maire, en marge d'une visite d'entreprise dans l'Essonne.

"Je ne me serais pas engagé aux côté du président de la République, sur une fonction aussi lourde que le ministère de l'Economie, si nous n'étions pas d'accords sur les grandes orientations", a ajouté le ministre, assurant qu'il ferait preuve de "discipline".

Le nouveau Premier ministre Edouard Philippe dans son bureau à Matignon, le 17 mai 2017 à Paris
Le nouveau Premier ministre Edouard Philippe dans son bureau à Matignon, le 17 mai 2017 à Paris
AFP

Interrogé sur France Inter, le Premier ministre, Edouard Philippe, a lui aussi écarté tout risque de friction. C'est autour d'Emmanuel Macron "et de son projet que les Français se sont rassemblés", a-t-il déclaré, n'excluant pas malgré tout "une forme de souplesse, d'intelligence et de discussion" dans la mise en oeuvre du projet.

"Vu l'équilibre politique trouvé dans le gouvernement, il est difficile de penser qu'il n'y aura pas de répercussion sur le programme présidentiel, et notamment sur les points les plus cruciaux", estime cependant M. Jessua, jugeant notamment "vraisemblable un ajustement sur les dépenses publiques".

"Il y a une question de cohérence avec l'ambition européenne de la présidence Macron", qui souhaite "repasser rapidement sous les 3% de déficit", ajoute l'économiste, sceptique sur la capacité de la France de tenir cet engagement.

Partager cet article

Dans la même thématique

A Bercy, un tandem de droite pour mettre en oeuvre le programme Macron
5min

Politique

« On m’a posé douze implants le même jour, une souffrance qu’on ne peut pas décrire » raconte cette victime d’un centre dentaire « low-cost »

En 2015, pour son passage à la retraite, Christine Teilhol, souhaite s’offrir un nouveau sourire. Éblouie par des tarifs attractifs d’un centre dentaire qui vient d’ouvrir, cette ancienne technicienne de laboratoire va tomber dans le piège d’un escroc et découvrir les limites de la médecine « low-cost ».

Le

Paris French President Emmanuel Macron closing speech at the national convention on mental health
5min

Politique

SERIE D’ETE – Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? La santé mentale, Grande cause nationale

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce quatrième épisode : la santé mentale, Grande cause nationale de 2025 et de 2026.

Le

Tarbes Hautes Pyrenees manifestation contre la reforme des retraites
6min

Politique

SÉRIE D’ÉTÉ - Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? Le serpent de mer de la réforme des retraites

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce deuxième épisode : la réforme des retraites, sorte de serpent de mer des quinquennats Macron - d’abord interrompue, puis reprise dans la douleur, et finalement décalée pour sauver le budget.

Le