A Blois, le PS d’Olivier Faure « prêt » à entrer à Matignon
La rentrée politique des socialistes s’est transformée en démonstration de l’unité de la gauche, hors LFI, avec qui la rupture est consommée. « Nous sommes volontaires pour être les suivants », a lancé le numéro 1 du PS, Olivier Faure. « Maintenant, il doit nous laisser nous y coller. Ça, c’est la responsabilité d’Emmanuel Macron », demande la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier.
Comme un sentiment de déjà-vu. Plus d’un an après la dissolution ratée d’Emmanuel Macron, suivi d’un passage éphémère de Michel Barnier à Matignon, puis d’un gouvernement Bayrou dont les jours sont comptés, la gauche demande au chef de l’Etat de nommer un premier ministre… de gauche. A nouveau.
Le vote de confiance, convoqué le 8 septembre par François Bayrou, est venu chambouler une rentrée qui s’annonçait déjà incertaine. A l’université d’été du PS, à Blois, la nouvelle crise politique qui commence occupe les discussions à la halle aux grains, qui accueille l’événement, entre deux averses. Si le premier ministre tend la main aux oppositions pour venir discuter la semaine prochaine et tenter de trouver un compromis qui sauverait sa tête, on comprend que la gauche a déjà tourné la page – le PS ira à Matignon mais n’entend toujours pas voter la confiance – et envisage la suite. Ou plutôt se prépare, si Emmanuel Macron se rappelle que le Nouveau front populaire est le bloc arrivé en tête des législatives 2024.
« Nous sommes volontaires pour être les suivants » lance Olivier Faure
Après une table ronde qui a rassemblé à peu près toute la gauche, sauf LFI, avec qui la rupture est consommée, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a résumé le ton, qui est dans tous les esprits : « Nous sommes volontaires pour être les suivants ». Une offre de service en somme.
« Avec cette grande famille de la gauche et des écologistes, nous sommes prêts. Nous sommes prêts à nous mettre au boulot pour redresser le pays dans la justice, avec tous ceux qui le souhaitent, sur la base de notre projet et de notre méthode », soutient Olivier Faure, qui s’engage à « ne pas utiliser l’article 49.3, ce qui mécaniquement, nous imposera de trouver des compromis texte par texte ».
« Demain nous présenterons un autre chemin. Nous montrerons, en lien avec nos partenaires, qu’une autre voie est possible », « qu’il est possible à la fois de désendetter un pays sans enfoncer les classes populaires et moyennes, […] qu’il est possible de se fixer des ambitions pour les services publics et la transition écologique », lance le numéro 1 socialiste, pour qui « le moment est venu de réveiller l’espoir ». Il ajoute : « Oui, il existe une vision alternative. Ce n’est pas Bayrou ou l’apocalypse et dès demain, ce sera son projet ou le nôtre ». « La gauche revient », conclut le député.
« La responsabilité d’Emmanuel Macron c’est de nommer la force qui est arrivée en tête aux élections » soutient Marine Tondelier
Encore faut-il qu’un certain Emmanuel Macron en décide. « La responsabilité d’Emmanuel Macron c’est de nommer la force qui est arrivée en tête aux élections, enfin », soutient en début d’après-midi Marine Tondelier, la patronne des Ecologistes, avant la table ronde de la gauche unie, aux airs parfois de meeting (voir la vidéo de Jérôme Rabier et Stéphane Duguet). Elle rassemble François Ruffin, l’ex-LFI Raquel Garrido, le communiste Léon Deffontaines ou Lucie Castet, qui a symbolisé l’union d’il y a un an. La secrétaire nationale des Ecologistes ajoute :
Maintenant, il doit nous laisser nous y coller. Ça, c’est la responsabilité d’Emmanuel Macron. Et nous, nous avons une responsabilité, c’est de rendre ça possible et crédible.
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes.
Raquel Garrido se projette déjà sur un éventuel retour aux affaires de la gauche. « Si nous sommes à Matignon, nous serons en capacité d’avoir les majorités sur la justice fiscale », assure-t-elle, alors que l’absence de majorité absolue impose les compromis. Pour le Parti communiste, Léon Deffontaine apporte quelques nuances et rappelle que l’union des appareils ne suffit pas. « Je ne crois pas à l’addition de logos, je crois au rassemblement par la base », lance l’ancienne tête de liste PCF des européennes, appelant à « chercher le cœur des ouvriers de ce pays ». Au passage, il « assume » l’idée « d’un projet d’abondance ». Des mots que n’entend pas Marine Tondelier, qui vient de s’éclipser une minute. Si cette gauche est unie pour arriver à Matignon, les différences existent encore sur le fond.
« Si nous étions appelés aux affaires, nous rechercherions des compromis » assure Patrick Kanner
Chez les socialistes, les divisions du congrès de Nancy semblent déjà derrière. Les circonstances et la prise de distance de LFI, qui joue solo, y sont pour quelque chose. Au premier rang, le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, défenseur d’une gauche de gouvernement, applaudit Olivier Faure. L’objectif d’un retour au gouvernement est partagé. « Après les deux échecs successifs de Michel Barnier et François Bayrou, il est temps pour la gauche de revenir aux affaires », soutient le président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner, qui avait soutenu l’opposant au premier secrétaire.
Une volonté de compromis que cet ancien ministre de François Hollande n’a pas de mal à défendre. « Les lignes budgétaires que nous proposerons demain ne sont pas celles d’un budget socialiste, si nous avions la majorité absolue. Et si nous étions appelés aux affaires, nous rechercherions des compromis », assure le sénateur du Nord. Regardez :
« On peut travailler tous ensemble et ne pas diviser la République. C’est le projet que nous portons. Réconcilier les enjeux et les gens », ajoute pour sa part la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, fervente opposante à LFI au sein du PS. Et d’ajouter : « Je préfère avoir une avancée, même si elle n’est pas conforme à mon idéal, mais dans tous les cas, je veux qu’on stoppe les injustices menées par la politique d’Emmanuel Macron ».
La question du rapport à LFI, grand absent du jour, n’est en réalité pas encore totalement close. « Il n’y aura plus d’union avec LFI. Or tous les partenaires qui sont sur la photo ne sont pas d’accord avec ça. Mais pour nous, il n’y a absolument plus aucun doute là-dessus. Maintenant, chacun doit choisir », lance l’eurodéputé Place Publique, Raphaël Glucksmann. Venu parler Europe, il n’est pas resté pour le discours d’Olivier Faure.
« Dans dix jours, nous répondrons unis au Jean-Claude Dusse de la vie politique française »
Mais tous sont au moins alignés sur la volonté de remplacer le gouvernement Bayrou. Benjamin Lucas, coordinateur de Génération. s, y va de son trait d’humour : « Dans dix jours, nous répondrons unis au Jean-Claude Dusse de la vie politique française, qui a cru, lors d’une conférence de presse, qu’il y avait moyen de conclure ». « Bayrou, dans 10 jours, c’est terminé. Donc on a 10 jours pour travailler », prévient Marine Tondelier. Et surtout pour convaincre le chef de l’Etat de faire un autre choix.
Encore faut-il trouver un nom. Cette fois, tous l’assurent : ils ne veulent pas retomber dans le piège du meilleur candidat. Le Président n’a pas voulu de Lucie Castet, qui faisait pourtant l’unanimité à gauche. Et l’hypothèse Cazeneuve n’a toujours pas la cote au PS. « Notre proposition n’intègre pas Bernard Cazeneuve. Il n’est pas dans cet arc » qui va de François Ruffin à Raphaël Glucksmann, soutient le député PS Laurent Baumel. Espérant redevenir le point d’équilibre à gauche, avec une France Insoumise qui joue sa propre carte, les socialistes ne verraient pas d’un mauvais œil que le nom vienne de leurs rangs. La balle est dans le camp d’Emmanuel Macron. Mais le chef de l’Etat est certainement loin d’être prêt à rendre les clefs du pouvoir à la gauche.
Le président des Etats-Unis menace, sans la nommer, l’Union européenne, d’une nouvelle hausse des droits de douane si elle ne supprime pas sa législation sur le numérique qui s’impose aux multinationales américaines. Les Européens préparent des mesures de rétorsion en cas de nouveau bras de fer commercial.
Les Républicains ont évité une guerre fratricide, en soutenant officiellement la candidature de Rachida Dati aux municipales à Paris en mars prochain. La liste de la ministre de la Culture devra comporter une majorité de candidats LR de quoi laisser ouverte l’hypothèse d’une liste d’union avec les macronistes parisiens, qui ne se bousculent pas pour apporter leur soutien à la maire du VII arrondissement de Paris.
Le Premier ministre a plaidé sa cause lors des universités d’été du Medef, ce vendredi 28 août, quelques heures avant un débat réunissant plusieurs de ses principaux opposants. Sourds aux appels à négocier, la gauche et le Rassemblement national esquissent leurs propres pistes de sortie de crise.
François Bayrou a pris de court la classe politique en annonçant, lundi 25 août, qu’il engagerait la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale le 8 septembre prochain. En quête d’une « clarification », le premier ministre espère rallier une majorité autour de sa trajectoire budgétaire, qu’il présente comme décisive pour l’avenir économique du pays. Mais le rapport de force parlementaire laisse présager une issue défavorable.