A gauche, divisions et règlements de compte autour de la marche contre l’islamophobie
Le débat toujours explosif à gauche sur l'islamophobie et la laïcité ressurgit à l'occasion d'une marche organisée dimanche à Paris, à laquelle...

A gauche, divisions et règlements de compte autour de la marche contre l’islamophobie

Le débat toujours explosif à gauche sur l'islamophobie et la laïcité ressurgit à l'occasion d'une marche organisée dimanche à Paris, à laquelle...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le débat toujours explosif à gauche sur l'islamophobie et la laïcité ressurgit à l'occasion d'une marche organisée dimanche à Paris, à laquelle de nombreux responsables politiques, dont Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, ont appelé à participer.

Pomme de discorde: un texte publié dans Libération le 1er novembre, appelant à cette marche pour "dire stop à l'islamophobie" au moment où les thèmes inflammables du voile, de la laïcité ou du communautarisme font de nouveau l'actualité.

"L'attentat contre la mosquée de Bayonne le 28 octobre est la manifestation la plus récente" des "actes qui visent" les musulmans, peut-on lire dans la tribune.

L'objet de la polémique se trouve dans des termes utilisés - "islamophobie", lois liberticides"... - et l'identité des initiateurs de la marche, le controversé Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), accusé de liens avec les Frères musulmans, organisation internationale de promotion de l'islam politique.

Signe d'une certaine gêne sur ce point, un des signataires de la tribune, le député LFI Alexis Corbière, a déclaré au Figaro qu'il pensait que "la Ligue des droits de l'homme était à l'initiative de la démarche".

Ont signé la tribune, outre le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, l'homme fort d'EELV Yannick Jadot, le fondateur de Générations Benoît Hamon, le porte-parole du PCF Ian Brossat, la totalité des députés LFI... "La gauche du renoncement, de l'abandon et de la honte", a cinglé l'ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls.

Le leader de la France Insoumise  Jean-Luc Mélenchon le 5 novembre 2019 à l'Assemblée nationale à Paris
Le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon le 5 novembre 2019 à l'Assemblée nationale à Paris
AFP

Aucun responsable du Parti socialiste n'a signé l'appel. Un bureau national doit aborder le sujet, mardi soir et le Premier secrétaire Olivier Faure doit faire un discours sur la laïcité dans les prochains jours, indique à l'AFP un membre de la direction socialiste.

Qui explique: "Nous voulons lutter contre les discriminations contre les musulmans mais il ne faut pas tout mélanger. On ne s'inscrit pas sous la bannière +islamophobie+, il y a la volonté de segmenter la population sous cette bannière".

- "Ultimatum" -

"Islamophobie" est un terme qui dérange aussi, traditionnellement, Jean-Luc Mélenchon. "Je conteste le terme d'islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l'islam comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme", disait l'Insoumis dans un tweet de 2015.

Pour Djordje Kuzmanovic, qui avait claqué la porte de LFI en 2018 afin de fonder le mouvement République souveraine, Jean-Luc Mélenchon entérine, en signant la tribune, la victoire dans le mouvement "de la gauche à l'anglosaxonne, multiculturaliste, qui n'hésite pas à mêler religion et politique".

"Mélenchon avait à juste titre dit qu'il fallait arrêter de parler du voile parce que ça cachait les vrais débats sur la répartition des richesses. Mais là, en signant, il remet une pièce dans la machine", regrette M. Kuzmanovic.

Selon le journaliste Taha Bouhafs, l'un des initiateurs de la marche de dimanche, le leader insoumis éprouve le besoin de recoller les morceaux avec une partie de son électorat: "Beaucoup de militants Insoumis dans les quartiers ont posé un ultimatum au mouvement" après une polémique similaire cet été, raconte-t-il à l'AFP.

Taha Bouhafs avait en effet mis en cause des propos du philosophe Henri Peña-Ruiz durant l'université d'été du mouvement, en août. "On a le droit d'être islamophobe (...) En revanche, on n'a pas le droit de rejeter des hommes ou des femmes parce qu'ils sont musulmans", avait dit celui-ci, dans l'esprit du tweet de Jean-Luc Mélenchon.

Selon Arnaud Le Gall, un cadre du Parti de gauche, composante fondatrice de LFI, des débats et "des grincements de dents" ont eu lieu chez les Insoumis ces derniers jours, mais "à la marge": "On soutient une minorité ciblée de manière inacceptable, on ne va pas s'en empêcher au prétexte qu'un mot nous gêne".

Preuve que le débat traverse toute la gauche, l'écologiste Yannick Jadot a confié mardi sur France info "ne pas valider l'ensemble du texte", contestant par exemple l'existence d'"un racisme d'Etat dans notre pays". Pour lui, l'essentiel était d'"alerter sur le danger de faire d'une partie de la communauté nationale le bouc-émissaire de notre société".

Partager cet article

Dans la même thématique

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le

A gauche, divisions et règlements de compte autour de la marche contre l’islamophobie
4min

Politique

Aide à mourir : le Sénat rejette le texte, la gauche dénonce un « sabordage »

Après avoir supprimé lundi, l’article 2, clé de voûte de la proposition de loi sur l’aide à mourir, le Sénat a rejeté l’ensemble du texte, en adoptant des amendements de suppression sur l’ensemble des articles. A gauche comme à droite, chacun s’est renvoyé la responsabilité de ce « sabordage ».

Le

A gauche, divisions et règlements de compte autour de la marche contre l’islamophobie
3min

Politique

« François Hollande veut l’union des centres, nous voulons l’union de la gauche », estime Clémentine Autain

Invitée de notre matinale, Clémentine Autain a lancé un ultimatum au Parti socialiste, et appelle le PS à « trancher » sur sa participation ou non à la primaire de la gauche « non-mélenchoniste. » Si la primaire ne se tient pas, la cofondatrice du parti l’Après n’entend pas être « la candidate de la division » et n’exclut « aucune hypothèse », même un ralliement à Jean-Luc Mélenchon.

Le

Debate on France’s role in preventing international political crises
9min

Politique

« J’ai assez honte que mon parti se tabasse toute la journée » : la crise interne continue au PS sur la stratégie pour 2027

En quittant la direction du PS, Boris Vallaud espère créer un « sursaut ». Le président du groupe PS de l’Assemblée veut mettre « la nouvelle gauche plurielle », soit toutes les forces de gauche, hors LFI, autour de la même table pour trouver « un contrat de gouvernement », avant l’incarnation. « On ne comprend absolument pas le sens de sa démarche, si ce n’est exister », rétorque un lieutenant d’Olivier Faure, qui entend rester premier secrétaire.

Le