A Grand Bourgtheroulde, petite commune normande, la venue mardi d'Emmanuel Macron pour lancer le grand débat national laissait lundi les...
A Grand Bourgtheroulde, la venue de Macron laisse sceptique
A Grand Bourgtheroulde, petite commune normande, la venue mardi d'Emmanuel Macron pour lancer le grand débat national laissait lundi les...
Par Chloé COUPEAU
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A Grand Bourgtheroulde, petite commune normande, la venue mardi d'Emmanuel Macron pour lancer le grand débat national laissait lundi les habitants sceptiques sur les chances que cette initiative mette fin aux mobilisations des "gilets jaunes".
Cette commune de 3.700 habitants située dans l'Eure, à 30 km de Rouen, "est honorée" de recevoir le président de la République, souligne son maire Vincent Martin (SE), qui a succédé au LREM Bruno Questel lorsque celui-ci est devenu député.
Mais nombre d'habitants n'attendent rien de cet hôte exceptionnel. "Cela ne sert à rien", lance Mélodie, 30 ans, mère de deux enfants, interrogée devant l'école du paisible village de briques rouges où seules de discrètes fourgonnettes de gendarmes et la présence de nombreux journalistes laissaient deviner la visite du chef de l'Etat.
Un arrêté préfectoral a interdit toute manifestation sur la commune jusqu'à mercredi.
"Macron c'est tout pour les riches. Nous, avant le 15 du mois on ne s'en sort plus", ajoute la jeune femme au chômage comme son mari et "de tout cœur avec les +gilets jaunes+".
C'est aussi le point de vue de Véronique, 57 ans, bientôt en fin de droits après 36 ans dans la même entreprise. Emmanuel Macron "vient voir les maires. La vie des habitants, il s'en fout", estime cette ancienne employée.
Selon la mairie, un tiers des habitants sont retraités, un tiers est actif, un tiers a moins de 18 ans, et le taux de chômage est similaire au taux national.
Un habitant de Bourgtheroulde-Infreville lit la lettre du Président aux Français dans le journal, le 14 janvier 2019
AFP
Le président de la République "vient faire le beau", renchérit Nicolas, 40 ans, à son compte dans le bâtiment. Cet entrepreneur qui en a assez des taxes aimerait bien pour sa part que le mouvement des "gilets jaunes" s'arrête. Mais celui qui explique avoir voté Marine Le Pen en 2017 par défaut doute que la venue d'Emmanuel Macron change une politique qui, selon lui, date de François Mitterrand.
Le grand débat national ? "Inutile", tranche François, 45 ans, un commercial qui vient de retrouver un travail après plusieurs mois de chômage. "Il faut travailler, payer des taxes, et épargner, c'est tout", selon cet homme qui se dit favorable à la politique d'Emmanuel Macron.
- "Les richesses partagées, c'est de l'utopie" -
Ils sont plusieurs toutefois à saluer comme la patronne d'un restaurant un "geste d'ouverture" du président de la République.
"Un débat est lancé. (Le mouvement des "gilets jaunes") ne peut pas continuer comme ça, pour l'économie. On est dans un beau pays. Il faut avancer main dans la main", estime Sarhane, un commerçant français d'origine marocaine de 58 ans.
Ce débat "pourrait déboucher mais je dis bien +pourrait+ car il (le Président ndlr) a des ennemis en face lui, et ça fait un peu peur", explique Cathy, 71 ans, ancienne institutrice. "C'est vrai qu'il y a des personnes avec des fins de mois difficiles. Je plains ces gens-là mais les richesses partagées, c'est de l'utopie", ajoute la retraitée.
A la mairie, c'est "l'effervescence". Depuis l'annonce de la venue d'Emmanuel Macron, les contributions au cahier de doléances se sont multipliées, passant de quatre à une soixantaine, selon M. Martin.
Le pouvoir d'achat, le niveau des retraites, le retour de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) "sont des doléances très fortes", avec les transports en commun jugés trop rares dans cette commune où 8 actifs sur 10 travaillent à Rouen, précise M. Martin.
Les retraités sont apparemment nombreux à avoir pris leur plume. "Je suis surpris du manque de respect de votre part", écrit l'un d'eux faisant allusion à une baisse de son pouvoir d'achat. "Monsieur le président, je vous serais très reconnaissante de faire quelque chose pour les avantages aux premiers ministres et aux ministres", ajoute une autre.
Plus inattendu, un habitant demande de "taxer les grands pollueurs", tandis qu'un maraîcher bio suggère au président d'échanger son salaire avec lui afin de financer son projet d'installation en Vendée.
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