A l’unanimité, l’Assemblée supprime le mot race de la Constitution
Comme premier changement au projet de révision de la Constitution, les députés ont symboliquement supprimé jeudi, à l'uanimité,...

A l’unanimité, l’Assemblée supprime le mot race de la Constitution

Comme premier changement au projet de révision de la Constitution, les députés ont symboliquement supprimé jeudi, à l'uanimité,...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Comme premier changement au projet de révision de la Constitution, les députés ont symboliquement supprimé jeudi, à l'uanimité, le mot "race" de l'article 1er, une mise à jour depuis longtemps réclamée outremer mais sans faire consensus jusqu'à présent.

Les 119 députés présents ont également, dans le même vote, assuré l'égalité devant la loi "sans distinction de sexe".

Dans l'article 1 réécrit, qui définit les valeurs fondamentales de la République, la France "assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d'origine ou de religion", au lieu de "sans distinction d'origine, de race ou de religion". Une formulation qui deviendra définitive si la révision constitutionnelle aboutit.

L'amendement adopté, au terme de nombreuses prises de parole sur tous les bancs pour s'en réjouir, a été celui du président du groupe UDI-Agir Jean-Christophe Lagarde, mais presque tous les groupes politiques avaient présenté des amendements en ce sens. M. Lagarde a cependant noté "qu'aucun représentant de l'extrême droite n'était présent pour ce vote qui honore notre Nation". Les députés FN, qui siègent parmi les non-inscris "étaient absents par volonté", a-t-il affirmé.

Lorsque le mot race a été introduit dans le préambule de la Constitution de 1946 puis repris en 1958, les constituants voulaient, après le nazisme, affirmer leur rejet des thèses racistes, héritage de l'histoire coloniale et des théories du XIXe siècle.

Mais, paradoxalement, en interdisant la "distinction selon la race", la Constitution pouvait en creux légitimer l'opinion selon laquelle il existe des races alors que la science ne reconnaît qu'une seule espèce humaine.

Les députés ultramarins se sont montrés particulièrement émus de ce vote au regard du passé colonial français.

"Merci à vous tous", a lancé la Réunionnaise communiste Huguette Bello. "C'est un grand moment d'élévation de la conscience collective", a renchéri le Martiniquais Serge Letchimy, Nouvelle gauche. Le député UAI-Agir de Nouvelle-Calédonie Philippe Gomès a rappelé que "111 Canaques avaient été exposés à côté des crocodiles" à l'exposition coloniale de 1931 à Paris, où la brochure invitait à venir voir "la race canaque avant qu'elle ne disparaisse".

- Quelques bémols -

Cette suppression du mot "race" est un "combat ancien", notamment des communistes qui avaient déposé des amendements dans ce sens dès 2002, a reconnu le rapporteur général (LREM) Richard Ferrand.

Les communistes ont rappelé qu'ils avaient porté une proposition de loi en 2013 pour supprimer le mot "race" non seulement de la Constitution mais de toute la législation. Ce texte avait été adopté en première lecture, dans l'attente d'une révision constitutionnelle qui n'a jamais eu lieu dans le quinquennat faute de majorité.

François Hollande s'était en effet engagé, lors de la campagne présidentielle en 2012, à une telle suppression, plaidant "il n'y a pas de place dans la République pour la race".

A l'époque, la droite avait critiqué cette idée, estimant comme Alain Juppé, que "faute d'agir" contre le racisme, "on change les mots".

Si la droite a voté jeudi cet article, Philippe Gosselin a repris cette interrogation, soulignant que ce changement sémantique ne devait pas "conduire à baisser la garde pour lutter contre la racisme". Même bémol des députés LFI Eric Coquerel et Danièle Obono, qui auraient préféré maintenir une expression comme "prétendue race".

La garde des Sceaux Nicole Belloubet a répondu que "cela ne fragiliserait pas juridiquement la lutte contre le racisme" car "il y a des nombreux filets de sécurité qui demeurent".

"Le mot race subsistera dans le préambule de 1946, qui figure dans notre bloc de constitutionnalité", a-t-elle rappelé ainsi que dans plusieurs normes internationales qui interdisent les distinctions fondées sur l’existence de prétendues races.

Dans une intervention un peu décalée, le mathématicien LREM Cédric Villani a cependant prévenu que cette suppression du mot race ne devait pas être décidée au nom de la science, "qui peut toujours évoluer", mais au nom de "l'empathie et du sens du destin commun par lesquels nous reconnaissons toute l'humanité comme nos frères et sœurs".

Partager cet article

Dans la même thématique

A l’unanimité, l’Assemblée supprime le mot race de la Constitution
4min

Politique

Jeux vidéo : chez Ubisoft, les dirigeants prônent désormais la « tolérance zéro » vis-à-vis des comportements toxiques

Dans la poursuite de leurs travaux sur les jeux vidéo, la délégation aux droits des femmes du Sénat auditionnait, ce jeudi, les représentants du géant Français, Ubisoft. Une entreprise marquée par la vague Metoo en 2020 avec des révélations sur des comportements toxiques au plus haut niveau. Depuis, de nombreuses mesures ont été prises pour faire de la lutte contre le harcèlement « une priorité fondamentale » de l’entreprise, assure Cécile Russeil, vice-présidente exécutive.

Le

FRA: Exercice Orion 26 Armee de l Air
9min

Politique

« Signal très mitigé », « pas de vision globale » : l’actualisation de la loi de programmation militaire laisse les sénateurs sur leur faim

Avec 36 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2030, l’actualisation de la LPM portera la hausse du budget des armées à 449 milliards d’euros sur la période 2024/2030. « Ça va dans le bon sens, car c’est une nécessité absolue dans la période qu’on traverse », salue le président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Cédric Perrin. Mais il juge l’effort « frustrant », car « on n’augmente pas notre capacité ».

Le

FRA – RN VOTE BARDELLA MUNICIPALES 2EME TOUR
6min

Politique

Jordan Bardella dans Paris Match avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux- Siciles : « Est-ce que les Français vont acheter l’histoire du conte de fées » ?

A la Une de Paris Match, le président du RN, Jordan Bardella a officialisé sa relation amoureuse avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, une figure de la Jet-Set européenne. Pour Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique et enseignant à Sciences Po Paris, le patron du Rassemblement national signe, avec cette couverture, « son entrée en campagne » pour la présidentielle de 2027. Mais l’opération de com n’est pas sans risque pour son image. Interview.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
10min

Politique

« Ce n’est pas non plus le Soviet suprême ! » : au groupe PS du Sénat, la présidence de Patrick Kanner suscite convoitises et crispations

Les sénateurs du groupe PS du Sénat ont modifié leur règlement intérieur. Patrick Kanner, à la tête du groupe, était menacé en cas d’adoption du principe de non-cumul dans le temps, proposition finalement rejetée. Mais l’ancien ministre, qui pourra se représenter en octobre prochain, après les sénatoriales, se retrouve contesté en interne.

Le