A la différence de son père, Marine Le Pen veut le pouvoir
Quinze ans après le séisme politique du « 21 avril », le FN accède à nouveau au second tour de l’élection présidentielle. Pourtant, contrairement à 2002, l’évènement ne semble pas susciter la même émotion. Réactions, mobilisations, front républicain, 2017 ne ressemble pas tant que ça à 2002.

A la différence de son père, Marine Le Pen veut le pouvoir

Quinze ans après le séisme politique du « 21 avril », le FN accède à nouveau au second tour de l’élection présidentielle. Pourtant, contrairement à 2002, l’évènement ne semble pas susciter la même émotion. Réactions, mobilisations, front républicain, 2017 ne ressemble pas tant que ça à 2002.
Public Sénat

Par Béatrix Moreau

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

En 2017, la présence du Front national au second tour ne crée plus la surprise. Pour le démographe Hervé Le Bras : « on en vient même à s’étonner que Marine Le Pen ne soit pas en tête », résultat, selon lui, « d’une lepennisation des esprits » opérée depuis 2002. Du coté du FN pourtant « rien n’a changé, le discours de Marine Le Pen pourrait être celui de son père » observe-t-il, mais le contexte « s’est transformé radicalement ». La surprise pour Frédéric Salat-Baroux, ancien conseiller du président Jacques Chirac, c’est « l’absence des partis traditionnels au second tour : l’évènement s’inscrit dans un mouvement révolutionnaire dégagiste », et « les guillotines politiques ne sèchent plus ».

En 2017, "les guillotines politiques ne sèchent pas" pour Frédéric Salat-Baroux
00:38

Rien à voir avec le 21 avril 2002, à l’époque aucun sondage ne l’annonce et pourtant, ce soir là, le visage de Jean-Marie Le Pen apparait à 20h aux cotés de celui de Jacques Chirac. Pour la première fois, le Front National se qualifie au second tour de la présidentielle avec 16,9%, éliminant le candidat socialiste Lionel Jospin (16,2%). « C’était un choc terrible » se souvient Frédéric Salat-Baroux, « personne ne l’avait vu venir ». A l’Elysée, après l’annonce des résultats, il se souvient de « la gravité » qu’exprimait le visage du président « pour lui, la vie politique de la Ve République a alors radicalement changé ».  

Que reste-t-il du front républicain ?

A l’époque, la réaction de la gauche est immédiate. Si Lionel Jospin entretient le suspens pendant une semaine sur ses intentions, les dirigeants du Parti Socialiste et les écologistes appellent à former un front républicain, avant tout par « sens des responsabilités » rappelle Frédéric Salat-Baroux. Le report des voix vers la candidature de Jacques Chirac  « s’est fait alors sans poser de question ». Aujourd’hui, la stratégie du vote utile ne fait plus l’unanimité. « Ni patron ni patrie ! » crient les lycéens descendus dans la rue au lendemain des résultats de 2017. Comparée à celle d’il y a quinze ans, « c’est une réaction très différente » juge Hervé Le Bras « et pas très positive (...) même la jeunesse est blasée par rapport à cette époque ».

Mais au fond la plus grande différence entre 2002 et 2017, reste pour Hervé le Bras une question d’ambition, « il y a une très grande différence de personnalité entre Jean-Marie Le Pen et sa fille ». Lui, ne désirait pas le pouvoir « il était à sa place comme trublion, Marine Le Pen, elle, est prête ».

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

FRANCE-PARIS-MANIFESTATION ÉTUDIANTE-ÉDUCATION
6min

Politique

Reportage.  « On est tous dans le même bateau » : Quand enseignants et syndicats rejoignent la mobilisation lycéenne

Entre 56 000 et 100 000 personnes ont manifesté aujourd’hui à Paris, selon l'AFP. Lycéens, enseignants, étudiants, syndicats et élus à gauche, tous étaient au rendez-vous Place de la République. A travers les chants des manifestants, le micro de Public Sénat s’est faufilé dans le cortège pour comprendre les raisons de cette mobilisation.

Le

Paris: Marine Le Pen presentation contre budget
6min

Politique

140 milliards d’euros d’économies d’ici 2032 : « l’effort radical » proposé par Marine Le Pen pour « redresser » les finances publiques

La candidate du Rassemblement national à la présidentielle a présenté ses objectifs budgétaires : 140 milliards d’économies d’ici 2032, l’instauration d’une règle d’or par référendum et la baisse du déficit public. Les collectivités locales devront également participer à cet « effort radical ».

Le

French Parliamentary Elections, Paris, France – 09 Jul 2024
9min

Politique

Comment Jean-Luc Mélenchon tourne le dos aux médias « traditionnels » pour en faire un argument de campagne

À l'approche de la présidentielle de 2027, Jean-Luc Mélenchon assume ouvertement sa prise de distance avec les médias traditionnels. Invité lundi 5 octobre à HEC, le candidat insoumis a promis de mettre « le moins possible les pieds » sur les chaînes d'information pendant la campagne, préférant s'appuyer sur les réseaux sociaux et les « nouveaux médias ». Une stratégie qui ne signifie pas pour autant qu'il cherche à disparaître du paysage médiatique, même s’il veut s’en affranchir.

Le

France Lyon: Student Mobilization and Demonstration
8min

Politique

Manifestations lycéennes : le gouvernement pointé du doigt pour sa gestion « sans retenue » du maintien de l’ordre

Main arrachée, perte de l’usage d’un œil, mâchoire fracturée… La gestion du maintien de l’ordre des manifestations lycéennes est dénoncée par les oppositions de gauche. Loin d’apaiser la colère des lycéens, le choix d’appréhender ce mouvement sous l’angle répressif remet sur le devant de la scène le débat sur l’usage d’armes mutilantes par les forces de l’ordre.

Le