A La France insoumise, premières divergences sur le fonctionnement interne
La France insoumise, lancée il y a deux ans autour du programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon, laisse apparaître de...

A La France insoumise, premières divergences sur le fonctionnement interne

La France insoumise, lancée il y a deux ans autour du programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon, laisse apparaître de...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La France insoumise, lancée il y a deux ans autour du programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon, laisse apparaître de premières divergences sur son fonctionnement interne alors que son leader a lancé la campagne des européennes.

En début d'année, la députée Clémentine Autain, venue d'Ensemble, une des composantes du Front de gauche, avait encouragé le mouvement à "réfléchir à comment faire vivre le pluralisme en interne". A l'époque, elle avait marqué sa différence en jugeant sévèrement la brouille entre le Parti communiste et LFI, souhaitant des discussions "sans humilier ni mépriser".

Aujourd'hui elle dédramatise: "Le mouvement est gazeux, il n'est pas abouti, il y a forcément des insatisfactions sur qui décide (...). Mais on ne veut pas avoir le nez que là dessus".

Cependant le mécontentement existe. Un Collectif des Insoumis démocrates (CID) s'est mis en place il y a quelques mois et sa pétition "Pour la démocratie dans LFI" a recueilli 600 signatures. Parmi les questions qu'il soulève: Qui a décidé que l'écologie, les retraites et le lien entre Emmanuel Macron et l'Europe seraient les axes principaux de la bataille pour les européennes, présentés par M. Mélenchon samedi ?

"On ne choisit pas nos représentants, les axes du programme, le vocabulaire politique, ou la stratégie", regrette Christophe Cailloux, le co-fondateur du CID, auprès de l'AFP. "C'est pire que les anciens partis: il n'y a pas d'élections internes, pas de congrès, pas de courant".

Mais selon Manuel Bompard, responsable des campagnes et désigné parmi les têtes de liste pour les européennes, c'est précisément parce que le mouvement se veut éloigné des partis que son organisation doit être différente.

Le responsable met en avant les groupes d'action qui s'auto-organisent localement, et le tirage au sort pour les deux tiers des participants aux conventions ou au Comité électoral, qui a récemment désigné les candidats aux européennes.

"Jusqu'à présent les tirés au sort n'ont eu aucun pouvoir réel", répond Christophe Cailloux. "Ils ne représentent rien ni personne, et sont plus facilement influencés" par le tiers restant, les dirigeants des "espaces" (programmatique, opérationnel, politique...)

Résultat, selon Clémentine Langlois, candidate de LFI sur la première circonscription des Français de l'étranger aux élections législatives, et autre fondatrice du CID, "le pouvoir reste dans les mains d'un petit groupe de personnes" proches de Jean-Luc Mélenchon.

"Il y a une direction polycentrique, mais diverses questions se posent sur la désignation des chefs", admet un dirigeant de LFI. "Certains militants aguerris sont parfois désarçonnés, il y a une demande très forte de démocratie et il ne faut pas sous-estimer cette question."

L'économiste Liêm Hoang Ngoc co-fondateur des Socialistes insoumis, a dénoncé vendredi une pratique de consolidation d'"un noyau dur" par Jean-Luc Mélenchon, après avoir suspendu la participation de son groupe à LFI en juillet.

Quant au député François Ruffin, l'une des personnalités les plus médiatiques du mouvement, il a préféré rester en vacances en famille plutôt que de venir à Marseille ce week-end, une absence remarquée.

- "Lutte des classes, lutte des places" -

"La manière de se rapprocher de Mélenchon, c'est de gagner ses galons, et c'est sain", souligne un proche d'un député LFI.

"On n'est pas sortis du jour au lendemain de la cuisse de Mélenchon !", s'exclame Danièle Obono, députée LFI de Paris. "On essaie de construire quelque chose de différent, pour ne pas reproduire les mêmes schémas avec les mêmes erreurs", explique celle qui a connu les déchirements de l'extrême gauche, comme Jean-Luc Mélenchon au PS.

"La lutte des classes ne doit pas être remplacée par la lutte des places", résume Thomas Guénolé, politologue qui a créé l'"Ecole de formation" de LFI.

"Il faut aussi accepter que ceux qui ont été au coeur de l'élection présidentielle soient décisionnaires", argumente Jean-Marie Brom, responsable du livret Energie.

Lui a brigué une place sur la liste des européennes, sans être retenu. Il retient pourtant "l'enthousiasme incroyable qu'(il) avai(t) par le passé connu avec les Verts dans les années 1980. Après, les Verts ont voulu devenir un parti..."

Partager cet article

Dans la même thématique

International Women’s Day – Demonstration – Lyon
6min

Politique

Masculinisme : « Le mode de radicalisation est exactement le même que lorsqu'on radicalisait des gens pour les faire partir en Syrie », alerte Dominique Vérien

Les sénatrices de la délégation aux droits des femmes appellent à faire de la lutte contre le masculinisme « une priorité de politique publique ». Après sept mois d’enquête, elles décrivent un mouvement politique structuré, alimenté par les réseaux sociaux, qui menace l’égalité entre les femmes et les hommes et constitue, selon elles, un risque croissant pour « la démocratie ».

Le

Sammy Baloji, Clémentine Samba Mushidi, Kasaji, province du Lualaba, 2018 – Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Imane Farès, Paris
4min

Politique

« Les festivals de l’été » : Aux rencontres photographiques d’Arles « Nous apportons le doute sur ce qu’on voit » revendique son directeur 

C’est le rendez-vous estival des amateurs de photographie. Pour leur 57ème édition, les Rencontres de la photographie d'Arles mettent à l’honneur le travail de photographes africains. Des nouveaux regards sur un continent central et une invitation renouvelée à une compréhension complexe de la réalité du monde, loin des images et des vérités assénées par les médias sociaux, comme le revendique son directeur Christoph Wiesner.

Le

A La France insoumise, premières divergences sur le fonctionnement interne
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le