A la Réunion marquée par les « gilets jaunes », la vie est toujours aussi chère
Le coût de la vie reste l'une des principales préoccupations des Réunionnais, près d'un an après la crise des +gilets jaunes+ qui avait paralysé...

A la Réunion marquée par les « gilets jaunes », la vie est toujours aussi chère

Le coût de la vie reste l'une des principales préoccupations des Réunionnais, près d'un an après la crise des +gilets jaunes+ qui avait paralysé...
Public Sénat

Par Mahdia BENHAMLA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le coût de la vie reste l'une des principales préoccupations des Réunionnais, près d'un an après la crise des +gilets jaunes+ qui avait paralysé l'île pendant trois semaines, et alors que le président Emmanuel Macron arrive en visite.

Liste de course en main, Hélène étudie avec attention les prix dans une grande surface de la Possession (ouest). "C'est tellement cher", souffle-t-elle.

Cette ancienne secrétaire de 80 ans ne perçoit que 350 euros de retraite par mois. "Mon mari a 900 euros de retraite, mais à la fin du mois il ne reste pas beaucoup d'argent", avoue-t-elle.

Selon l'Insee, le coût de la vie, pour un budget moyen de ménage réunionnais, est de 7,1% plus élevé à La Réunion que dans l’Hexagone. Cela alors que le revenu médian réunionnais est inférieur de 30% au niveau national (AFD, 2015).

En 2018 les prix avaient même connu une inflation record de 1,8%. En 2019, le coût de la vie a continué d'augmenter de 0,6%.

Dans son caddie, Hélène mettra principalement des produits de base, riz, huile, un peu de poisson.

Emmanuel Macron à Mayotte et à La Réunion
Localisations des lieux où se rend le président français à l'occasion de son premier voyage dans l'océan Indien
AFP

Selon un sondage d’Ipsos océan Indien cité par Réunion 1ère lundi, quelque 40% des consommateurs "ont diminué leurs achats pour le plaisir".

"On comptait nos sous avant les +gilets jaunes+, on les compte encore plus maintenant", s'agace Kévin. "La vie est toujours aussi chère" ajoute-il.

Il a été sur les barricades à Saint-André (est) dès le 17 novembre 2018, date du lancement de la mobilisation sociale à La Réunion comme en France métropolitaine.

Le territoire, dont 42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où un habitant sur quatre est sans emploi, a été paralysé près de trois semaines par des barrages et des heurts souvent violents entre manifestants et forces de l'ordre.

- "La voix des pauvres"-

En décembre 2018 pour sortir de la crise, l'Etat avait notamment annoncé l'intégration au sein de l'observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) de 50 citoyens tirés au sort et la refonte du Bouclier qualité prix (BQP).

Le président Emmanuel Macron juste avant sa visite à la Réunion, à M'tsamboro (Mayotte), le 22 octobre 2019
Le président Emmanuel Macron juste avant sa visite à la Réunion, à M'tsamboro (Mayotte), le 22 octobre 2019
AFP

Depuis ces 50 citoyens ont effectivement rejoint les élus locaux et consulaires ainsi que les représentants des services de l'Etat, et les différents experts composant l'OPMR.

Kévin, le +gilet jaune+, n'est pas du tout convaincu de leur efficacité. "Comme l'indique son nom, c'est un +observatoire+. (...). Ces citoyens tirés au sort n'ont aucun pouvoir réel", s'exclame-t-il.

Il pense que la régulation des prix passe par "des textes de loi, un contrôle renforcé, et surtout la mise en place d'une vraie concurrence".

Quant au Bouclier qualité prix, un dispositif déjà existant avant la crise gilets jaunes, il est défini par l'Etat, la grande distribution et les associations de consommateurs. Il regroupe une liste de 109 produits. Le tout à "prix maîtrisé" pour un total de 253 euros.

Emmanuel Macron "n'entend pas la voix des pauvres", déplore Patrice Ellama, président du Secours catholique dans l'île. "A La Réunion, il y a ceux qui sont précaires tout en ayant un travail. La pauvreté s'est étendue aux actifs", constate-t-il.

Pour Victor, un gilet jaune de Saint-Denis, ce gouvernement "s'est surtout démarqué par ses actions de communication, mais derrière ça il n'y a rien de concret".

"C'est pour ça qu'aujourd'hui le combat des gilets jaunes s'est un peu déplacé", analyse-t-il. "Ce n'est plus seulement le pouvoir d'achat qui nous préoccupe, c'est celui du respect même de la démocratie" affirme-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le