A Mayotte, la ministre des Outre-mer « n’est pas la bienvenue » et la mobilisation se poursuit
Une ministre qui "n'est pas la bienvenue" à Mayotte, des maires qui menacent de fermer les écoles et des manifestants qui veulent encercler...

A Mayotte, la ministre des Outre-mer « n’est pas la bienvenue » et la mobilisation se poursuit

Une ministre qui "n'est pas la bienvenue" à Mayotte, des maires qui menacent de fermer les écoles et des manifestants qui veulent encercler...
Public Sénat

Par Ornella Lamberti, avec Cécile Azzaro à Paris

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une ministre qui "n'est pas la bienvenue" à Mayotte, des maires qui menacent de fermer les écoles et des manifestants qui veulent encercler Mamoudzou: les propositions du gouvernement pour renforcer la sécurité dans l'île et lutter contre l'immigration n'ont pas calmé la mobilisation populaire, qui pourrait se renforcer lundi.

Les barrages routiers ont été levés le temps du week-end, dans l'île paralysée depuis près de trois semaines par un mouvement de contestation populaire contre l'insécurité, mais les organisateurs de la mobilisation ont prévenu vendredi que la "grève générale" ne cesserait que lorsqu'un membre du gouvernement "se mettra à la table des négociations et sortira des éléments concrets".

Pour autant la venue de la ministre des Outre-mer Annick Girardin, qui envisage de se rendre sur place après la rentrée scolaire prévue lundi, "n'est clairement pas souhaitée", ont déclaré l'intersyndicale et le Collectif des citoyens de Mayotte, à l'origine du mouvement.

Ils exigent la venue de "quelqu'un qui puisse engager le gouvernement", comme le président de la République, le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur.

Après une manifestation qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes mercredi à Mamoudzou (chef-lieu), ils envisagent désormais "l'encerclement de Mamoudzou" à partir de lundi, et le blocage du port. Des maires, solidaires du mouvement, menacent de fermer les écoles, voire de ne pas organiser l'élection législative partielle prévue le 18 mars.

"Fermer les écoles, c'est un message très clair, c'est un message de non-dialogue", a souligné vendredi soir Annick Girardin, sur Mayotte La 1ere.

Le mouvement, parti de l'exaspération de la population contre l'insécurité après une série de violences aux abords des établissements scolaires commises par des bandes de jeunes, s'est élargi à des revendications contre l'immigration clandestine et pour le développement économique et social du territoire.

La ministre des Outre-mer Annick Girardin au palais de l'Elysée à Paris, le 21 février 2018
La ministre des Outre-mer Annick Girardin au palais de l'Elysée à Paris, le 21 février 2018
AFP/Archives

Département français depuis 2011 avec un taux de chômage très élevé (26%), Mayotte subit une forte pression migratoire des Comores, à seulement 70 kilomètres de ses côtes. La population mahoraise dénonce la saturation de l'hôpital, des services publics ou des écoles, où faute de classes suffisantes, les enfants vont en cours par rotation.

-"pas à la hauteur"-

Mayotte, c'est "84% des personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, (...) c'est quatre fois plus de population en trente ans, (...) c'est 45% de population étrangère en situation irrégulière, (...) c'est la première maternité de France et oui, pour être au rendez-vous, il nous faudrait créer une classe par jour", a reconnu mardi Annick Girardin.

Le gouvernement a annoncé le renfort de forces de l'ordre sur place, notamment pour sécuriser les écoles, et a dit réfléchir à l'idée de modifier le statut de la maternité de Mayotte, qui compte plus de 10.000 naissances par an dont une majorité issue de mères comoriennes, afin qu'une naissance sur place n'implique pas forcément l'accès à la nationalité française.

Mais ces propositions n'ont pas suffi à calmer la population, qui se dit abandonnée par l'Etat français.

Même les deux sénateurs LREM de Mayotte, Abdallah Hassani et Thani Mohamed-Soilihi, ont jugé que la réponse du gouvernement "n'était pas à la hauteur des attentes".

Une plateforme revendicative a été présentée vendredi. Fatihou Ibrahime, un des porte-parole, a réclamé "l'application pure et simple du droit commun (…), que le gouvernement cesse de justifier son inaction (…) par la spécificité mahoraise".

Mme Girardin avait évoqué un peu plus tôt l'idée "d'un nouveau contrat avec Mayotte", expliquant qu'on ne peut pas aujourd'hui apporter les mêmes réponses à Mayotte qu'on apporte dans n'importe quelle région métropolitaine".

Les manifestants ont présenté 50 mesures revendicatives, portant notamment sur l'éducation, comme la réduction des effectifs des écoles et le placement de l'ensemble du département en réseau d'éducation prioritaire renforcé. Ils exigent aussi un "plafond d'accueil des mineurs isolés" à Mayotte, et que ceux-ci soient également pris en charge par des communes de métropole.

De nombreuses revendications portent aussi sur l'immigration clandestine, la santé et les aides sociales.

Vendredi soir, le centre hospitalier de Mayotte a alerté à propos de la situation sanitaire "extrêmement préoccupante", du fait des barrages qui empêchent personnel médical et patients de se déplacer.

Partager cet article

Dans la même thématique

A Mayotte, la ministre des Outre-mer « n’est pas la bienvenue » et la mobilisation se poursuit
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

A Mayotte, la ministre des Outre-mer « n’est pas la bienvenue » et la mobilisation se poursuit
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

A Mayotte, la ministre des Outre-mer « n’est pas la bienvenue » et la mobilisation se poursuit
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le