"On ne sert à rien", "on s'emmerde": en public ou en privé, certains députés confessent leur déception à mi-mandat à l'Assemblée, faute de marge...
A mi-mandat, certains députés ont le blues
"On ne sert à rien", "on s'emmerde": en public ou en privé, certains députés confessent leur déception à mi-mandat à l'Assemblée, faute de marge...
Par Adrien DE CALAN
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"On ne sert à rien", "on s'emmerde": en public ou en privé, certains députés confessent leur déception à mi-mandat à l'Assemblée, faute de marge de manœuvre, pendant que d'autres ont su tirer leur épingle du jeu.
C'est avant tout dans l'opposition qu'il semble difficile d'exister. Certains arrivaient pourtant la fleur au fusil en 2017: "On nous avait présenté LREM comme un groupe de gens très ouverts, du +nouveau monde+. Mais on se rend compte qu'ils ne veulent faire aucun compromis", égratigne Pierre Cordier (apparenté LR), qui assure cependant ne pas avoir le "blues" et jouer son rôle de "contrôle" en commission.
Depuis la crise des "gilets jaunes" et le grand débat national, la volonté affichée par la majorité de mieux tenir compte des oppositions n'a que peu d'effets.
L'adoption mi-octobre d'une proposition de loi des Républicains en faveur du bracelet antirapprochement pour les conjoints violents fait figure d'exception. Les "marcheurs" ont été pris de court, en plein Grenelle des violences conjugales.
Dans la même veine, très peu d'amendements de la droite ou de la gauche sont retenus, malgré leur nombre souvent record sur les textes de loi.
Valérie Rabault le 19 juin 2019 à l'Assemblée
AFP/Archives
Ainsi, sur le budget qui occupe presque tout l'automne, "on ne sert à rien" et "c'est désespérant", a lâché la cheffe de file des députés PS Valérie Rabault sur Public Sénat. Son groupe préfère désormais "mener des actions plus locales" autour de ses propositions, par exemple sur l'hôpital en crise.
Temps fort au Palais Bourbon, la séance des questions au gouvernement dans leur nouvelle formule - uniquement le mardi et non plus en deux temps - ne satisfait pas davantage.
Le temps de parole a été pourtant accru pour les oppositions, et un "droit de réplique" créé. Mais la séance, sur plus de deux heures, est perçue comme trop longue. "On se fait chier!", balaie une collaboratrice.
Cette attachée parlementaire se dit "nostalgique des coups politiques" des précédentes législatures.
Les "marcheurs" se montrent moins souvent "godillots" qu'au début, mais Stella Dupont, de l'aile gauche, reconnaît qu'"on n'est pas toujours assez ferme, pas suffisamment exigeant parfois" à l'égard de l'exécutif, plus "expérimenté".
- Au bazooka -
Sa collègue LREM Perrine Goulet, engagée pour la protection de l'enfance, a aussi l'impression "de devoir se battre constamment pour être entendue" et voudrait que le gouvernement "écoute plus les élus des territoires".
Certains députés ont cependant trouvé comment utiliser la caisse de résonance du Parlement.
La jeune garde LR, cette dizaine d'élus arrivés en 2017, est très présente en séance et attaque au bazooka. L'un d'eux, Aurélien Pradié, 33 ans, vient d'être promu secrétaire général de son parti.
François Ruffin (LFI) à l'Assemblée en octobre 2019
AFP/Archives
A l'autre bout de l'hémicycle aussi, les Insoumis, qui ne sont que 17 emmenés par Jean-Luc Mélenchon, usent des réseaux sociaux pour mettre en lumière leurs interventions à coup de formules chocs ou "happenings".
Réduits à une trentaine et n'ayant plus la main, les socialistes semblent eux ne pas encore avoir digéré le bouleversement de 2017.
"Le PS est assez éteint. Il y a des bosseurs et des gens remarquables, mais on ne les entend pas. Ils ne font pas le buzz comme les Insoumis", juge un ex-socialiste passé chez LREM.
Leur porte-parole Boris Vallaud, ex-conseiller de François Hollande à l'Elysée, confie à l'AFP une "interrogation" sur son rôle, compte tenu de la faiblesse "institutionnelle" du Parlement français par rapport à l'Allemagne ou l'Angleterre.
"Est-ce que l'activisme des ONG comme Oxfam, Human Rights Watch ou Bloom sur la pêche électrique n'est pas plus efficace ? Est-ce que (l'économiste à succès Thomas) Piketty n'apporte pas plus?".
Pour les déçus du Parlement, les municipales de mars seraient-elles la voie de sortie idéale ? Au moins une quarantaine de députés seront candidats: une vingtaine chez LREM, une dizaine chez LR, six ou sept au Modem, quatre au PS et un communiste.
L'Alsacien Laurent Furst (LR), qui a épinglé dans Le Parisien un Parlement "décoratif", rêve par exemple de retrouver son siège de maire à Molsheim.
Le parti à la flamme va devoir montrer qu'il est bien implanté localement et qu'il n'a pas perdu sa dynamique avant la présidentielle de 2027. Dans ce cadre, les enjeux des élections municipales jouent un rôle décisif, car actuellement peu ancré localement, chaque mairie gagnée devient pour le Rassemblement national un marchepied stratégique pour le national.
Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».
En tenailles entre l’érosion du vote LR dans les grandes villes et le spectre d’une « union des droites » portée par le RN, le parti de Bruno Retaileau mise sur son solide maillage territorial pour résister lors du scrutin des 15 et 22 mars prochains. LR pourrait toutefois créer la surprise à Nantes et Besançon. Surtout, la droite caresse l’espoir d’un basculement historique à Paris avec Rachida Dati.
Pour les élections municipales, les enjeux sont multiples. Les LR et le PS tentent de conserver leurs nombreuses villes moyennes, pour la droite, ou grandes, pour la gauche et les écolos, avec une élection cruciale à Paris, que vise Rachida Dati. Pour le RN et LFI, qui partent de loin, il s’agit de renforcer l’implantation locale. Le parti d’extrême droite vise Toulon et rêve de gagner Marseille. Horizons essaie de garder ses grands maires. Et pour Renaissance, ce sera à nouveau un scrutin difficile. Le scrutin du 15 et 22 mars devrait réserver quelques surprises.