"Je suis arrivé juste après l'attaque de la gendarmerie. Les gendarmes étaient déjà morts et je suis monté vers Gossanah avec les otages",...
A Ouvéa, la parole comme exutoire des traumatismes de 1988
"Je suis arrivé juste après l'attaque de la gendarmerie. Les gendarmes étaient déjà morts et je suis monté vers Gossanah avec les otages",...
Par Claudine WERY
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"Je suis arrivé juste après l'attaque de la gendarmerie. Les gendarmes étaient déjà morts et je suis monté vers Gossanah avec les otages", raconte Alexandre Wallepe, militant indépendantiste d'Ouvéa, impliqué dans les actions de 1988.
"Le jour de l'assaut, j'avais été de garde toute la nuit devant la grotte, il pleuvait, les porteurs de thé sont arrivés et j'ai entendu les hélicoptères", poursuit-il devant une cinquantaine d'habitants de Wâkatr, une tribu au sud d'Ouvéa.
Sous un abri en tôles, des nattes ont été étendues au sol, une exposition itinérante retrace le drame d'Ouvéa et l'histoire de la colonisation tandis que riz, manioc et poisson mijotent sur les braises pour le déjeuner.
Au micro s'enchaînent les récits de ces deux semaines de 1988 où cette île -"la plus proche du paradis", selon les brochures touristiques- s'est transformée en enfer. La plupart racontés en Iaii (langue d'Ouvéa), les yeux embués et la voix déformée par l'émotion.
Alexandre Wallepe explique qu'il faut parler "pour ne pas oublier et évacuer le fardeau". Ces journées "Mémoires et témoignages" sont organisées dans toute l'île (3.400 habitants) dans une ambiance lourde, reflétant le poids de "cette histoire inoubliable" comme le proclament les banderoles.
"Mon frère était ambulancier, il est allé récupérer les morts à la gendarmerie. Il y avait le gendarme Edmond Dujardin, un copain de mon père, venu la veille prendre le café", rapporte Maria, qui veut "discuter pour sortir de la souffrance et tourner la page".
Il y a 30 ans, la tragédie d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie
AFP/Archives
Le 22 avril 1988, à deux jours du premier tour de la présidentielle, elle entend des coups de feu dans la gendarmerie de Fayaoué alors qu'un commando indépendantiste dirigé par Alphonse Dianou vient de faire irruption pour protester contre le nouveau statut Pons, du nom du ministre des DOM-TOM d'alors.
Le FLNKS accuse le texte de vouloir détruire l'identité kanak. L'opération tourne mal, quatre gendarmes sont tués par balles, un autre est blessé d'un coup de machette et trois kanak sont touchés. Les assaillants prennent 27 gendarmes en otage, une partie est rapidement relâchée tandis qu'une quinzaine sont emmenés dans le nord vers la tribu de Gossanah, réputée pour sa radicalité. Le 5 mai, l'assaut contre la grotte donné par l'armée pour libérer les otages s'achève dans un bain de sang : deux parachutistes et 19 kanak tués.
- "Nos papas ont tracé le chemin" -
Un an plus tard, le leader kanak Jean-Marie Tjibaou et son lieutenant Yeiwéné Yeiwéné sont assassinés par Djubelly Wéa, qui n'accepte pas la paix conclue lors de la signature des accords de Matignon (juin 1988), avec Jacques Lafleur, chef de file des loyalistes.
"On a été considérés comme des martyrs du peuple kanak puis comme des assassins. Il y a une double souffrance dans nos cœurs et dans nos tripes", confie Macky Wéa, frère de Djubelly, artisan de la réconciliation avec les gendarmes dès 1998 puis du pardon envers les familles Tjibaou et Yeiwéné en 2004.
Fiche et chronologie sur la Nouvelle-Calédonie
AFP
A Gossanah, pavoisée de drapeaux kanak, on peut lire "2018, vive la Kanaky libre", en allusion au référendum sur l'indépendance, le 4 novembre. La tribu a construit une petite salle où se trouve une exposition de photos et de coupures de presse sur "la tragédie".
Ex-preneur d'otages, Benoît Tangopi s'est rendu lors de la deuxième phase de l'assaut où "des lance-flammes ont été utilisés". "J'ai vu un porteur de thé allongé dans la forêt avec un gros trou dans le torse", rapporte le quinquagénaire, qui "ne comprend pas pourquoi la France a déclaré la guerre aux Kanak, à des citoyens français".
Il a fait six mois de prison à la Santé, avant d'être libéré à la faveur de la loi d'amnistie dans la foulée des accords de Matignon.
Avant l'assaut, quelque 700 militaires ont investi Ouvéa, interdite à la presse, se livrant à interrogatoires musclés et exactions.
"Je me souviens du grand chef Charles Imwene que les militaires avaient emmené au-dessus de la forêt pour qu'il dise où est la grotte. Comme il ne savait pas, ils l'ont jeté de l'hélicoptère et il est mort six mois plus tard des suites de ses blessures", raconte Faysen Wéa.
"Le 4 novembre, je vais voter pour l'indépendance. Elle arrivera un jour, peut-être demain ou après-demain, parce que nos papas ont tracé le chemin", lâche à ses côtés Ouma Touet, 28 ans, dont le père a aussi été emprisonné en métropole.
Invité de la matinale de Public Sénat, le député européen Bernard Guetta (Renew) a évoqué la situation au Moyen-Orient après les frappes contre des infrastructures énergétiques. Par ailleurs, le député européen détaille les perspectives de sortie du conflit entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël.
Alors que le PS a dû multiplier localement les alliances avec LFI pour espérer conserver ses villes, les socialistes récusent l’idée d’une poussée insoumise, soulignant que le PS restera « la première force de gauche » au niveau local. En même temps, le PS assume les fusions avec les listes LFI. Une stratégie que les opposants à la direction d’Olivier Faure jugent « illisible ».
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.