À Reims, Philippe Poutou ne veut pas «laisser la place libre au Front national»
Depuis son coup d’éclat du débat, le candidat du NPA suscite la curiosité lors de ses venues, et veut miser sur son authenticité pour faire passer ses messages politiques.

À Reims, Philippe Poutou ne veut pas «laisser la place libre au Front national»

Depuis son coup d’éclat du débat, le candidat du NPA suscite la curiosité lors de ses venues, et veut miser sur son authenticité pour faire passer ses messages politiques.
Public Sénat

Par Quentin Calmet et Samia Dechir (vidéos) - Guillaume Jacquot (texte)

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6 min

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Cette petite salle de quartier à Reims est bien remplie. En plus des 280 places assises,  certains électeurs assistent debout ou assis au sol, à la réunion publique de Philippe Poutou organisée lundi soir. Moins d’une semaine après le débat entre les onze candidats, la saillie du représentant du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) lancée à François Fillon et de Marine Le Pen a eu son petit effet.

Tabatha, une étudiante de 22 ans fait partie de ces électeurs curieux venus écouter l’ouvrier de l’usine Ford en Gironde, et qui ont été marqués par sa prestation télévisée. « J’ai été assez surprise par ses interventions, je me suis dit que ça pouvait être sympathique de le voir en réalité », raconte cette électrice de gauche, dont le choix est pourtant déjà arrêté pour un autre candidat. « J’ai trouvé que c’était intéressant de prendre d’autres points de vue. »

Antonin, 23 ans, encore indécis, reconnaît que Philippe Poutou est « quelqu’un qui ne vient pas du même milieu » que les autres hommes politiques.

Philippe Poutou à Reims : « C'est quelqu'un qui ne vient pas du même milieu que les autres », estime un membre du public
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Dans cette ville de Reims, où le candidat a récolté 1,22% des suffrages lors de la précédente présidentielle, les militants constatent un avant et un après 4 avril. « Le débat a beaucoup changé la manière dont on est accueilli. Maintenant les personnes reconnaissent le nom de Philippe Poutou », témoigne Stéphane Pihet l’un des référents locaux du NPA.

« Les personnes viennent féliciter Philippe Poutou », relate le référent NPA à Reims
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« Les gens ne retiennent pas que l’immunité ouvrière »

Devant les quelques médias de la presse nationale et locale présents, Philippe Poutou ne boude pas son plaisir, après deux meetings « record » à « 600 personnes », selon lui. « Au-delà de la formule, ce qu’on dit, c’est quand même perçu. Les gens viennent discuter et ne retiennent pas que l’immunité ouvrière. »

Philippe Poutou à Reims : Le débat « a des conséquences au niveau de l'affluence sur les meetings »
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Le débat du 4 avril forme le point de départ de son discours, un « déclic » comme il l’aime à l’appeler, et qui contraste avec « les mois de galère pour la recherche des parrainages ». Il revient sur la manière dont ses phrases ont été perçues par la population. Vilipendant les « politiciens professionnels », Philippe Poutou en remet une couche. « Même Fillon a du mal sur ses fins de mois », ironise-t-il. L’assemblée réplique avec des rires, la phrase fait mouche.

Avec son habituel débit de parole rapide, le candidat du NPA expose ses thèmes de campagne devant une audience attentive et plutôt calme, et s’en prend tour à tour à la fraude fiscale, aux « richesses indécentes », à la crise dans les hôpitaux. Ou encore à l’état d’urgence, qu’il accuse « d’empêcher la contestation sociale ». Le terrorisme et la situation sociale en Guyane sont aussi évoqués.

« C’est plus dur aujourd’hui qu’il y a dix ans »

Dans son intervention dense, longue d'une heure, Philippe Poutou essaime quelques-unes de ses propositions : la réduction du temps de travail, l’interdiction des licenciements, la promotion des énergies renouvelables ou encore la « nécessité de désarmer les policiers ».

Crédité aujourd’hui de 2% à 2,5% d’intentions de vote selon les enquêtes d’opinion, le successeur d’Olivier Besancenot rêve de réitérer les 4% réalisés en 2002. Mais il fait le constat, malgré sa soudaine notoriété, que la situation est « plus dure aujourd’hui qu’il y a dix ans ». En cause : le niveau élevé de Marine Le Pen depuis 2012.

Philippe Poutou à Reims : « C'est plus dur aujourd'hui qu'il y a dix ans » pour le NPA
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Le candidat du NPA réserve d’ailleurs quelques piques au Front national, qui séduit actuellement un grand nombre d’ouvriers. « On ne veut pas laisser la place libre au Front national. Il y a une récupération du mécontentement social, on veut être là pour dire qu’il y a d’autres façons », répond Philippe Poutou. Devant la salle, le candidat ouvrier accuse les méthodes du parti frontiste dans les communes qu’il dirige. « Quand le FN arrive dans les mairies, lui qui est si proche de la population, il attaque les associations en leur retirant les subventions, il attaque les cantines scolaires ».

« Mélenchon, ce n’est pas un adversaire »

Philippe Poutou termine son intervention en faisant l’inventaire des forces en présence à gauche. Évoquant le PS qui « est mal barré », selon lui, il déclare que Benoît Hamon deviendrait « presque sympa ». Sur Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou répète que ce dernier « n’est pas un adversaire » et prend acte de l’affluence à Marseille, mais défend une autre « perspective politique », celle d’un parti « qui ne soit pas institutionnel et qui prépare les luttes ». « Ce sont des meetings énormes, il y a une véritable dynamique derrière Mélenchon. » Dans les dernières enquêtes, avec 18 à 19% d’intentions de vote, le leader de la France insoumise est au coude-à-coude avec François Fillon pour occuper la troisième place. « Mais au bout du compte, c’est quoi sa perspective, c’est quoi la Sixième République ? À aucun moment il n’est question de politique radicale, en rupture avec le capitalisme », souligne Philippe Poutou.

Philippe Poutou à Reims : « Il y a une véritable dynamique derrière Mélenchon mais on en fait quoi ? »
02:29

Si plusieurs électeurs présents pourraient se tourner vers la France insoumise, ce n’est pas le cas dans le public de Jean-Paul Labalette, militant PCF Front-de-Gauche. Ce dernier affirme qu’il ne suivra pas son parti vers  la voie de Jean-Luc Mélenchon. « C’est un candidat qui se dit rassembleur mais il a refusé le rassemblement avec Benoît Hamon. Et il ne fait pas l’unanimité par rapport à mes convictions », déplore-t-il.

Philippe Poutou à Reims : « Je fais partie des gens qui ne suivront pas Jean-Luc Mélenchon », déclare un ancien militant PCF
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Si Philippe Poutou assure faire campagne pour faire « porter ses idées », sans aucune ambition élyséenne, ces réunions publiques assurent pour le NPA le moyen d’élargir son implantation sur le territoire. À Reims, où le parti est peu structuré (il n’y compte que trois référents locaux), les adresses recueillies lors de sa venue viendront peut-être grossir les rangs des militants.

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