"Quand il y a les élections, vous êtes là, mais après, pendant cinq ans, on vous voit plus!" Sur un marché toulousain, des militants du mouvement En Marche! venus tracter pour Emmanuel Macron font face à la défiance de nombreux habitants pour la politique, encore accentuée par l'affaire Fillon.
Ils sont une dizaine - consultant, retraité, étudiant - à s'être déplacés jeudi sur le marché de la Reynerie, dans le sud-ouest de Toulouse, un damier d'étals colorés entouré d'HLM qui se détachent sur un ciel laiteux.
Sur le marché de ce quartier populaire, qui a voté à gauche en 2012, il y a ceux qui, à la sortie du métro, prennent le tract machinalement avant de l'abandonner, froissé, dans une allée. Ceux qui le prennent et le glissent dans leur sac. Et ceux qui sont en colère.
A une militante qui lui tend un tract "Emmanuel Macron, candidat du travail", une passante se récrie: "Surtout pas! Celui qui veut +baiser les pauvres+!", avant de s'engouffrer dans le métro.
Un militant du mouvement En Marche! venu tracter pour Emmanuel Macron le 2 février 2007 sur un marché à Toulouse
AFP
"Quand il y a les élections, vous êtes là, mais après, pendant cinq ans, on vous voit plus!" s'énerve aussi un client, sac de courses à la main. "Vous êtes tous pareils, que ce soit Macron ou que ce soit n’importe qui, vous venez nous voir quand vous avez besoin de nous."
"Vous croyez qu'il va faire quelque chose pour nous ? Ils me saoulent à venir, toute l'année on ne les voit pas", gronde aussi Alexandre, 35 ans. "Macron, il en a rien à foutre le gadjo, il travaille pour les banques. J'ai l'impression qu'on est dans un zoo. Ici, les 3/4 des gens, ils votent plus", ajoute-t-il.
Eric Médan, lui, a souri en lisant le tract. "Ca, je vais le mettre à la poubelle", résume-t-il. "Il est pas de gauche, c'est un banquier de droite. Il ne m'intéresse pas", tranche ce sommelier de 44 ans, qui dit voter à gauche, avant d'ajouter: "C'est tous un peu des bandits." "Fillon disait qu'il était clean..."
D'autres passants sont au contraire bienveillants, voire intéressés. Malika, 38 ans, prend le tract: "Je vais voter, comme à chaque fois, mais je n'ai pas choisi pour qui. Ce monsieur reste dans mes favoris, ce qu'il dit est assez cohérent."
- 'Il a l'air potable' -
"Il a l'air potable", résume Rachid Benhamou, commerçant de 26 ans, adossé à un camion. Lui dit n'avoir jamais voté mais s'être inscrit cette année. Macron "a l'air de vouloir créer de l'emploi", dit-il prudemment.
Un militant du mouvement En Marche! venu tracter pour Emmanuel Macron le 2 février 2007 sur un marché à Toulouse
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"Avec le nouveau président aux Etats-Unis, la montée du FN, ça fait peur... et même la droite de Fillon, les 900.000 euros!" réagit Mohamed, 65 ans, à une "marcheuse" qui l'interpelle. Macron est "un battant, il a ses idées, il ne se laisse pas faire", mais "il faut qu'il voit le bas-peuple. Les gens galèrent", insiste-t-il.
Un paquet de tracts en papier glacés à la main, Laurence Matynia, 44 ans, une des "marcheuses" de Macron, est plutôt optimiste: "On est sur la bonne voie, tout nous est favorable pour le moment", estime cette adhérente de la première heure.
4.500 personnes ont rejoint "En Marche!" (sur un simple clic) dans le département, avec des "pics" consécutifs au premier et second tour de la primaire organisée par le PS, se félicite aussi Mickaël Nogal, 26 ans, consultant en communication et responsable départemental du mouvement.
"La primaire, oui, c'était une bonne nouvelle (pour Macron), parce que c'est tellement irréaliste le programme de M. Hamon", estime Simone Berger, 59 ans. Mais "l'affaire Fillon a vraiment choqué tout le monde. Tout les candidats paraissent être des menteurs", regrette-t-elle.
Pour la militante, le "Penelopegate" peut être "à double tranchant" pour Macron: "A son avantage, mais aussi à l'avantage de l'autre candidate." Sous-entendu la candidate Front national Marine Le Pen.
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