Abrogation de la réforme des retraites : «Lorsqu’un vote déplaît à la Nupes, elle n’a qu’une réponse, l’obstruction », raille Elisabeth Borne

À l’occasion de la séance des questions au gouvernement, le sénateur Guillaume Gontard, président du groupe écologiste, a interpellé la Première ministre sur l’examen houleux, à l’Assemblée nationale, d’une proposition de loi pour abroger la réforme des retraites. Il a accusé la majorité présidentielle de brider les droits de l’opposition pour mettre fin au débat. L’occasion d’un vif échange avec Elisabeth Borne.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Les députés de la majorité et de droite ont supprimé mercredi, à quatre voix près, l’article phare d’une proposition de loi (PPL) visant à abroger le recul de l’âge légal de départ à la retraite, lors de l’examen de ce texte par la commission des affaires sociales. Toutefois, les élus d’opposition auront encore la possibilité de réintroduire la mesure de suppression, sous forme d’amendement, lors de l’examen en séance publique, le 8 juin, de cette PPL portée par le petit groupe LIOT et soutenue par l’ensemble de la gauche. Une véritable bataille procédurale s’est engagée depuis plusieurs semaines autour de ce texte, dont le camp présidentiel cherche à faire reconnaître l’irrecevabilité financière pour éviter de raviver le brasier encore tiède des retraites.

L’examen en commission, qui s’est ouvert ce mercredi matin, s’est poursuivi dans des conditions particulièrement houleuses jusqu’à la pause méridienne. Le refus par la présidente Renaissance de la commission d’examiner plus de 1 000 sous-amendements déposés par la Nupes a mis le feu aux poudres. Le député LIOT Charles de Courson a ensuite tenté d’introduire des amendements de suppression pour faire sauter le reste du texte ; une manœuvre plutôt habile, car si l’examen en commission n’aboutit pas, ou si la proposition de loi est rejetée à l’issue de cette première étape législative, c’est la version initiale du texte qui sera soumise à la discussion dans l’hémicycle la semaine prochaine.

« Le gouvernement avance en écrasant toute contestation »

La séquence a suscité l’émoi jusqu’au Sénat, occupé ce mercredi après-midi par sa séance hebdomadaire des questions au gouvernement. Guillaume Gontard, le président des sénateurs écologistes, n’a pas manqué d’interpeller la Première ministre Élisabeth Borne, reprochant à la majorité présidentielle de vouloir tuer le débat dans l’œuf en cherchant coûte que coûte à museler les oppositions. « Au regard des événements consternants intervenus ce matin à l’Assemblée, c’est avec une profonde gravité que je m’adresse à vous. Madame la Première ministre, les droits des oppositions politiques sont le fondement même de la démocratie, c’est à l’aune de ces droits que l’on juge la qualité d’une démocratie », a-t-il lancé.

« Le gouvernement avance en écrasant toute contestation devant lui. Depuis ce matin, c’est bien plus que la bataille des retraites qui se joue à l’Assemblée nationale. En torpillant une initiative parlementaire de l’opposition, en bafouant le droit d’amendement, en transformant le corset de l’article 40 de la Constitution [qui limite le droit d’amendement selon des motifs budgétaires, ndlr] en véritable étau, vous créez un précédent délétère », a-t-il averti. Plus largement, le sénateur de l’Isère a voulu pointer « l’hypertrophie du pouvoir exécutif » face au Parlement : « Notre régime politique est une incongruité, pour ne pas dire une aberration », a-t-il dénoncé.

« Lorsque le résultat d’un vote déplaît à la Nupes, elle n’a qu’une seule réponse : l’obstruction »

Dans sa réponse, Élisabeth Borne a voulu rappeler que la proposition de loi LIOT n’offrait pas de garanties financières satisfaisantes à la suppression de la réforme des retraites. « Elle aggraverait considérablement les charges publiques et réduirait les recettes, cela contrevient de façon évidente à l’article 40 de notre Constitution. Ce texte, vous le savez, est anticonstitutionnel, et personne n’est dupe de la manœuvre qui se joue », s’est-elle agacée, ciblant les manœuvres de la gauche pour faire échouer l’examen en commission. « La commission des affaires sociale a voté et supprimé l’article qui visait à abroger la réforme des retraites, c’est un vote clair et démocratique », a estimé la cheffe du gouvernement. « La réalité, c’est que lorsque le résultat d’un vote déplaît à la Nupes, elle n’a qu’une seule réponse : l’obstruction », a encore accusé Élisabeth Borne. Et d’ironiser : « Je suis souvent surprise d’entendre les mêmes qui se disent défenseurs du Parlement être les premiers à en refuser les règles. »

Reprenant la parole pour quelques secondes, Guillaume Gontard a encore reproché à la majorité de dévoyer l’esprit de la Constitution et les règles du Parlement. « L’obstruction c’est vous ! Tordre les règles, ce n’est pas les appliquer ! », s’est-il étranglé. Avant de lâcher, en guise de conclusion : « Vous pouvez entrer dans notre histoire en ouvrant une page nouvelle de notre République parlementaire. Mais vous y entreriez, hélas, comme une fossoyeuse de la démocratie. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le