Paris : Soiree de lancement des Jeunes avec Bardella
Jordan Bardella, president du Rassemblement National. . Soiree de lancement du mouvement "Les Jeunes avec Bardella" en vue des elections europeennes, ce samedi 27 janvier 2024 dans la boite de nuit parsienne le Duplex. . Paris, France - Le 27.01.2024. Photographie de Chang Martin/Sipa Press. _ Launch evening of the 'Young People with Bardella' movement in view of the European elections, this Saturday January 27, 2024 in the Parisian nightclub Duplex. . Paris, France - January 27, 2024. Photograph by Chang Martin/Sipa Press.//CHANGMARTIN_CHANG0182/Credit:CHANG MARTIN/SIPA/2401290902

Abstention, vote écologiste, attrait pour Bardella : les jeunes peuvent-ils changer l’issue des élections européennes ?

Selon un sondage Ifop, seuls 44 % des électeurs français prévoient de se rendre aux urnes le 9 juin. Dans un scrutin européen marqué par l’abstention, le vote des jeunes sera particulièrement scruté. En 2019, leur mobilisation tardive avait fait grimper le vote écologiste. Feront-ils mentir les sondages en 2024 ?
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Traditionnellement boudées par les Français, les élections européennes de 2024 s’annoncent une nouvelle fois marquées par l’abstention. Selon un sondage Ifop publié par Le Figaro cette semaine, seuls 45 % des électeurs prévoient pour le moment de voter le 9 juin prochain. Plus inquiétant encore, la part d’abstentionnistes monte à 76 % chez les 18-34 ans.

Un constat qui ne date pas d’hier, souligne le maître de conférences en science politique Tristan Haute : « C’est une constante de l’analyse électorale, qu’on observe depuis de longues années. Plus la participation générale à un scrutin est faible, plus l’écart de participation entre les plus jeunes et les 50-75 ans – qui sont traditionnellement ceux qui se mobilisent le plus – est important. »

« Il y a un sentiment d’inutilité du vote »

L’abstentionnisme de la jeunesse ne se vérifie d’ailleurs pas seulement lors des élections européennes. Les chercheurs parlent même d’abstention « intermittente », pour désigner ce comportement électoral caractérisé par un vote important lors de l’élection présidentielle, puis une moindre mobilisation à l’occasion des autres scrutins, aussi bien au niveau local qu’européen. « Certes, il y a une forme de distance à l’égard de l’Union européenne, mais il y a plus largement un sentiment d’inutilité du vote, qui est de moins en moins vu comme une pratique efficace et un rituel républicain », analyse Tristan Haute.

Dans une campagne européenne qui peine à monter en puissance, « tout l’enjeu pour les partis politiques est de parvenir à mobiliser les abstentionnistes », affirme le politiste, « faire une bonne campagne, ce n’est pas compter sur la base de ses électeurs mais réussir à en attirer de nouveaux ». Un pari réussi par les écologistes en 2019, à l’occasion des précédentes élections européennes. Estimée à environ 9 % des intentions de vote dans les derniers sondages avant le scrutin, la liste EELV était finalement arrivée en tête des formations de gauche avec un score de 13,5 %.

Un score surprise, notamment porté par la jeunesse, décidée à se mobiliser dans les urnes à la dernière minute. « En 2019, ils se sont nettement mobilisés en fin de campagne parce qu’ils estimaient qu’il y avait un enjeu en matière de défense de l’environnement et de lutte contre la progression du Rassemblement national », explique Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l’institut de sondage Harris Interactive.

Une majorité de jeunes votants favorables au Rassemblement national

Le scénario pourrait-il se répéter en 2024 ? À plus d’un mois du scrutin, il est encore trop tôt pour le dire. « Lorsqu’on les interroge sur les grands enjeux de ces élections européennes, on voit que les jeunes ont des difficultés à les percevoir », concède tout de même le directeur d’Harris Interactive, augurant une moindre mobilisation de la jeunesse, alors que les questions écologiques semblent pour le moment s’effacer de la campagne au profit notamment des enjeux agricoles.

Un scénario d’autant plus difficile à envisager que, pour les jeunes qui ont pour le moment l’intention de voter, c’est la liste du Rassemblement national qui s’impose largement. Selon un sondage OpinionWay pour Europe 1, les intentions de vote pour Jordan Bardella s’élèvent aujourd’hui à 32 % chez les 18-24 ans, faisant des jeunes la deuxième catégorie d’âge la plus encline à voter en faveur de l’extrême-droite, après les 50-64 ans.

D’un point de vue sociologique, ce vote de la jeunesse pour le Rassemblement national ne se superpose d’ailleurs pas exactement à ce qui peut être observé dans le reste de la population. « L’idée que le vote RN est alimenté par les classes populaires et les classes moyennes en voie de paupérisation se vérifie dans la population générale, mais pas chez les jeunes. Certes, une partie des jeunes précaires se tournent vers l’extrême-droite, mais c’est aussi le cas de jeunes des catégories supérieures, diplômés. Il y a également un facteur genre très affirmé, ce sont les jeunes hommes qui votent pour Jordan Bardella », assure Tristan Haute.

Un vote pour Renaissance en chute libre

En miroir de la dynamique Bardella, la liste Renaissance s’effondre. Alors que les 18-24 ans s’étaient exprimés à 23 % en faveur d’Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2022, les sondeurs ne créditent Valérie Hayer que de 3 à 7 % des intentions de vote. « Les jeunes considèrent que la majorité présidentielle ne s’adresse pas à eux, qu’ils sont éloignés. Lorsque Jordan Bardella parle, on le comprend. Quand Valérie Hayer ou le président de la République s’expriment, on ne les comprend pas », résume Jean-Daniel Lévy.

Pour Tristan Haute, le jeune électorat macroniste semble se tourner de plus en plus vers les listes de gauche : « Cette fraction de la jeunesse assez libérale reste sensible aux sujets environnementaux, d’éducation et aux questions économiques. Les annonces du gouvernement sur la réforme des retraites, les droits au chômage, ou encore l’immigration alimentent l’insatisfaction. Les déçus iront vers la gauche, ou bien s’abstiendront. »

Pour remobiliser la jeunesse dans les urnes, certains pays ont opté pour un avancement de l’âge du droit de vote à 16 ans. Une « piste intéressante » pour Tristan Haute, car elle permettrait de « faciliter l’apprentissage du vote en le réancrant dans le cadre familial ». En Belgique, des mineurs voteront pour la première fois à l’occasion de ces élections européennes. La mesure existe également en Allemagne, en Autriche et à Malte. En 2021, le Sénat avait examiné une proposition de loi socialiste « pour un nouveau pacte de citoyenneté avec la jeunesse », dont le vote à 16 ans était l’article phare. Le texte avait été largement rejeté.

Partager cet article

Dans la même thématique

Abstention, vote écologiste, attrait pour Bardella : les jeunes peuvent-ils changer l’issue des élections européennes ?
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : Laurent Nuñez annonce l’ouverture de 36 enquêtes par l’IGPN dont quatre pour des « blessures mutilantes »

Alors qu’un nouveau texte visant à sanctionner les casseurs arrive en discussion à la chambre haute, le ministre de l’Intérieur était auditionné par la commission des lois du Sénat. L’occasion pour le ministre de faire un point sur l’approche de l’exécutif en matière de lutte contre les violences urbaines en marge du mouvement lycéen. Un dispositif que le ministre a pris soin de distinguer des opérations de maintien de l’ordre.

Le

First Debate of the French Socialist Party Primary – Paris EB
6min

Politique

« Maintenant, il doit rassembler tout le monde » : les sénateurs PS attendent « des signes » d’unité de Raphaël Glucksmann

Après sa victoire écrasante à la primaire, les sénateurs PS seront « au service » de la campagne de Raphaël Glucksmann, assure leur président de groupe, Patrick Kanner, qui compte « inviter » le candidat devant le groupe. Mais plusieurs attendent qu’il montre par les actes sa volonté d’union. « Nous travaillons à un organigramme de rassemblement », assure le sénateur Alexandre Ouizille, directeur de la communication dans l'équipe de Raphaël Glucksmann.

Le

Patrick Kanner
2min

Politique

Les groupes PS, PCF et écologiste du Sénat appellent à un « cordon sanitaire » et à « ne rien céder » face au nouveau groupe RN

« Il ne peut y avoir ni ambiguïté, ni accommodement, ni complaisance : le cordon sanitaire doit se traduire par des actes », soutiennent dans un communiqué commun les groupes PS, communiste et écologiste du Sénat, face à la création du premier groupe RN/UDR de la Haute assemblée. Ils appellent à ne rien voter qui émanerait de l’extrême droite.

Le

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
4min

Politique

Cyberattaque contre des frigos connectés de supermarchés : « Des systèmes de réfrigération exposés sur Internet », alertent des experts en cybersécurité

300 magasins Intermarché/Netto, plusieurs du groupement E. Leclerc, 80 supermarchés Carrefour, 80 magasins U et une trentaine de Monoprix ont été touchés par une cyberattaque d’ampleur. Les hackers ont ciblé les systèmes de régulation frigorifique à distance du fabricant danois Danfoss. La vulnérabilité du logiciel avait pourtant déjà été repérée il y a quelques années par des experts en cybersécurité lors de différents audits.

Le