Accord Ciotti/RN : « Il nous a menti » pour « des petits calculs personnels », accuse Bruno Retailleau

Le président du groupe LR au Sénat s’est montré stupéfait de la décision d’Éric Ciotti de conclure un accord électoral avec le RN, dénonçant « des petits calculs personnels » et un « manque de droiture » de la part du président du parti. « Ce n’est pas ça la politique », a-t-il déclaré.
Alexis Graillot

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Colère froide des sénateurs Les Républicains. Après que plusieurs d’entre eux aient claqué la porte du parti, parmi lesquels Jean-François Husson, rapporteur de la Commission des finances, et Sophie Primas, vice-présidente du Sénat, c’est le président du groupe au Sénat qui a pris la parole lors d’une conférence de presse au sein du palais du Luxembourg, cet après-midi.

Une prise de parole grave et solennelle, au cours de laquelle Bruno Retailleau a décrit « un paysage politique en champ de ruines », et dénoncé une « double faute sur le fond et dans la manière » de l’actuel président du parti, Éric Ciotti, non sans s’en prendre au chef de l’Etat : « Emmanuel Macron a réussi à faire exploser l’ancien monde ».

« Pas une voix n’a manqué » pour refuser l’accord

En réunion de groupe ce matin, Bruno Retailleau confirme que les élus LR ont refusé « à l’unanimité » un accord électoral avec le RN, expliquant avoir « rarement vu en réunion de groupe autant de présents à un moment où nous ne siégeons plus », où seulement une vingtaine de sénateurs manquaient, la faute au retour de ces élus en circonscription.

« A l’unanimité, pas une voix n’a manqué pour se prononcer pour cette ligne d’autonomie et d’indépendance pour donner aux Français, une vraie alternative », précise le sénateur de la Vendée, torpillant au passage le « laxisme » de la majorité présidentielle et la « démagogie » du RN.

 Cette blessure n’est pas seulement sur une ligne politique, mais aussi humaine, une façon de se comporter. Comment les Français peuvent-ils considérer ce spectacle ? 

Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat

« La politique, ce sont aussi des qualités humaines »

Bruno Retailleau est également revenu sur l’information principale de la journée, à savoir la décision d’Éric Ciotti de conclure une « alliance » avec le RN. Une décision annoncée dans la matinée par nos confrères du Figaro, et confirmée par le principal intéressé ce midi sur TF1. Là encore, le sénateur de la Vendée n’est pas tendre : « C’est une double faute », accuse-t-il, grave, « sur le fond et dans la manière ».

Sur le fond, le sénateur LR estime que c’est grave parce que « notre objectif [aux LR] doit être de faire le maximum de députés au second tour de l’élection législative pour être un bouclier à l’Assemblée nationale ».

Sur la forme, il déplore le changement de position du président du parti. « « LR ne feront jamais d’alliance avec le RN. Nous avons des divergences idéologiques profondes et nous devons préserver notre indépendance et notre intégrité », déclarait le 16 janvier dernier, Éric Ciotti, phrase que Bruno Retailleau a souhaité mentionner au cours de son intervention, égratignant le président du parti : « La girouette ne peut pas être un idéal politique. J’ai suffisamment contesté le « en même temps d’Emmanuel Macron, pour le supporter plus par Marine Le Pen », explique l’élu, qui rappelle la réunion ayant eu lieu entre les cadres du parti dans le bureau du président du Sénat, Gérard Larcher, hier soir. Etaient notamment présents, François-Xavier Bellamy, Éric Ciotti, Bruno Retailleau, ainsi que la secrétaire générale du parti, Annie Genevard. « Il ne nous a rien dit », déplore-t-il, dénonçant une décision « mûrement camouflée », tout en l’accusant d’avoir « menti ». « Cette blessure n’est pas seulement sur une ligne politique, mais aussi humaine, une façon de se comporter. Comment les Français peuvent-ils considérer ce spectacle ? », se demande-t-il.

De son côté, Bruno Retailleau pense de son côté, « ne pas avoir mis [s] es convictions dans [s] a poche ». « Je ne change pas d’avis en fonction de la météo », fustige-t-il, regrettant « une faute commise dans le cadre des relations humaines ».

« Aucun parti n’a aujourd’hui la capacité de gouverner la France »

Enfin, Bruno Retailleau a fait part de son inquiétude sur la situation politique du pays, s’en prenant de manière virulente au président de la République : Emmanuel Macron a voulu qu’entre lui et le RN, il n’y ait rien », attaque-t-il, accusant le chef de l’Etat d’avoir « confisqué la démocratie française en limitant les choix à un face-à-face réducteur et appauvrissant ».

« J’ai toujours refusé l’idée du tripartisme. Je suis pour un clivage droite-gauche », plaide-t-il, déplorant que dans l’état actuel des choses, hormis le RN, « aucun parti n’a aujourd’hui la capacité de gouverner la France », s’en prenant également à l’accord qui se dessine à gauche. « Ce qui est en train d’arriver à gauche est aussi une faute. Je n’oublierai jamais que LFI le 9 novembre 2019 a battu le pavé parisien aux côtés des islamistes. Nous sommes gaullistes et nous tenons à nos institutions. Nous sommes la seule alternative capable de relever la France », conclut Bruno Retailleau.

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