La réunion du groupe PS a duré plus longtemps que d’habitude, mardi matin. Il fallait bien ça pour que chaque élu exprime son analyse des résultats des élections municipales dans son département. « C’est une élection en demi-teinte pour les socialistes puisque nous sommes très bien implantés dans les métropoles mais nous perdons du terrain sur le périurbain et les territoires ruraux. Il faut analyser ses forces et ses faiblesses pour préparer l’échéance présidentielle », analyse le patron du groupe, Patrick Kanner à la sortie.
Après l’échec global des alliances avec LFI à l’entre-deux-tours, le premier secrétaire Olivier Faure va être confronté à des critiques virulentes de son camp, ce soir, lors du Bureau national. Le chef des députés Boris Vallaud, a jugé que la direction avait « manqué de clarté » en laissant faire, pour le second tour des municipales, des alliances locales avec LFI « qui n’ont pas fonctionné », comme à Toulouse ou Brest.
« Le PS n’est pas un parti à géométrie variable »
Le maire socialiste de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane, a appelé sur BFMTV à « la démission » d’Olivier Faure, pour mettre en place une « ligne claire » contre La France insoumise.
« Moi, j’ai souffert de la situation entre les deux tours et du manque de clarté. Ça m’a déconcertée, car ça a pesé lourdement y compris sur des collègues qui ont eu une position claire à l’égard de LFI. Le PS est un parti national, ce n’est pas un parti à géométrie variable », soutient la sénatrice des Bouches-du-Rhône, Marie-Arlette Carlotti.
« Une direction qui passe son temps à échouer élection après élection doit se poser des questions »
Patrick Kanner, qui défend depuis longtemps la ligne d’une rupture avec les Insoumis invoque Lionel Jospin. « Il était l’incarnation de la stratégie de la gauche plurielle. Aujourd’hui, ça nous manque beaucoup. Le Parti socialiste doit s’affirmer dans une logique simple. C’est la force qui fait l’union et pas l’union qui fait la force. Certaines déclarations contradictoires, certaines prises de position n’ont pas aidé cette gauche de responsabilité. Il y a un travail d’analyse très fin qui doit être fait ».
« Nous avons une direction et un premier secrétaire qui louvoie, qui dit une chose avant le premier tour et complètement le contraire entre les deux-tours », tance le sénateur de l’Hérault, Hussein Bourgi. Une référence au communiqué publié par le Bureau national avant le premier tour dans lequel le PS rejetait tout accord national avec la France Insoumise. « Je considère qu’une direction qui passe son temps à échouer élection après élection doit se poser des questions », tance Hussein Bourgi qui invite carrément le premier secrétaire « à s’inspirer de l’acte politique de Lionel Jospin du 21 avril 2002 et à en tirer les conclusions pour lui et son équipe ».
Pour autant, malgré les appels à la démission, le sort d’Olivier Faure ne semble pas véritablement menacé, ce soir. Convoquer un nouveau congrès, un an après celui de Nancy et un an avant la présidentielle, semble peu probable. « On ne peut pas dire que nous avons échoué aux municipales. Elles sont moins bonnes que prévu mais nous restons la première force politique de gauche », note pour sa part Patrick Kanner.
« Il faut qu’on se concentre sur une proposition politique forte de rupture »
« La ligne d’Olivier Faure, à mon avis, n’est pas fragilisée au moment où je vous parle. On va avoir des discussions certainement costaudes, car les avis vont être confrontés mais c’est un travail nécessaire à faire. Au lendemain d’élections, il y a toujours des petits règlements de comptes pour dire que la ligne de la direction n’est pas bonne », philosophe le sénateur du Finistère, Jean-Luc Fichet.
Du côté des sénateurs qui se situent sur la ligne « fauriste » le défi du PS consiste plutôt à trouver la formule pour reconquérir les électeurs partis chez les Insoumis ou au RN. « Il faut qu’on se concentre sur une proposition politique forte de rupture, un peu comme avait François Mitterrand pour s’adresser à l’électorat populaire, communiste notamment. Il y a un peuple de gauche qui est très unioniste. Partout où la gauche a gagné, elle a gagné en étant unie », rappelle le sénateur des Français de l’étranger, Yan Chantrel.
Si l’union, hors LFI, peut faire consensus à gauche, l’idée ne permet pas pour le moment de trouver une solution à un problème qui semble insoluble : le choix de la personne pour l’incarner à la présidentielle.