Acculé, le camp Fillon allume un contre-feu et veut rendre « coup pour coup »
Face aux affaires qui engluent sa campagne, François Fillon et ses soutiens mettent en cause François Hollande en s’appuyant sur un livre d’enquête. Une manière d’alléger le poids des affaires qui pèse sur le candidat de la droite et rend sa campagne peu audible.

Acculé, le camp Fillon allume un contre-feu et veut rendre « coup pour coup »

Face aux affaires qui engluent sa campagne, François Fillon et ses soutiens mettent en cause François Hollande en s’appuyant sur un livre d’enquête. Une manière d’alléger le poids des affaires qui pèse sur le candidat de la droite et rend sa campagne peu audible.
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La meilleure défense, c’est l’attaque. Une maxime parfaitement illustrée par François Fillon et ses soutiens. Dans une lettre, révélée par Le Figaro, envoyée au Parquet national financier (PNF) et au procureur de la République de Paris, Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne de François Fillon et président du groupe LR du Sénat, Christian Jacob, son homologue à l’Assemblée, Philippe Bas, président LR de la commission des lois du Sénat, ou encore Luc Chatel, porte-parole de François Fillon, NKM et Valérie Pécresse, leur demandent de se saisir des infractions qui seraient constatées dans le livre d’enquête Bienvenue Place Beauvau, concernant François Hollande et l’utilisation qui serait faite des moyens de l’Etat à des fins politiques.

« On n’a aucune raison de recevoir des coups et de ne pas les rendre »

Toujours englué dans les affaires, François Fillon a choisi la semaine dernière de continuer de mettre en cause une justice qu’il juge téléguidée. Il est même allé plus loin, accusant François Hollande d’être à la manœuvre avec un « cabinet noir ». Le député Eric Ciotti a lui évoqué l’idée que François Fillon serait sur écoute, sans en apporter la preuve.

L’un des auteurs du livre, le journaliste du Canard enchaîné Didier Hassoux, a pourtant démenti les accusations de François Fillon. « On n'a jamais écrit ça », a-t-il expliqué sur France Info. « La seule personne qui croit qu'il y a un cabinet noir à l'Élysée c'est François Fillon »…

Cela n’empêche pas la droite de continuer sa contre-attaque avec cette lettre au PNF et au procureur de la République de Paris, François Molins, alors que François Fillon est obligé de faire face aux opposants comme ce week-end au Pays basque ou de les éviter, ce lundi, lors d’un déplacement à Nantes. « Il s’agit de rendre coup pour coup. Nous sommes dans un climat de guerre civile voulu par le Président Hollande. On n’a aucune raison de recevoir des coups et de ne pas les rendre » lance un soutien de François Fillon, prêt à en découdre.

« Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures »

La décision s’est prise dans le week-end. Un « pool d’avocats » a été mis à contribution, a raconté Bruno Retailleau sur BFMTV, pour chercher les possibles infractions qu’il chiffre à  « une douzaine ». « Par exemple, le livre explique, page 24, qu’il existe « une structure clandestine » dont témoignent « plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier » » souligne Philippe Bas, interrogé par publicsenat.fr. « Ce qui me motive, c’est tout simplement la défense de l’Etat de droit », « tous ces éléments sont constitutifs d’infractions dont certaines sont très graves » souligne le sénateur, qui espère l’ouverture d’une enquête.

Pour le président de la commission des lois du Sénat, « il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. Quand l’accusation porte sur un homme politique, en l’occurrence François Fillon, on ouvre une enquête. De la même façon, quand il existe une structure clandestine qui fait converger les informations venant de policiers ou de la justice, on ne peut pas rester sans réagir. Mon devoir, c’est de signaler cela ».

Pas de commission d’enquête en même temps qu’une enquête de la justice

« La campagne de François Fillon a été polluée gravement par les initiatives du PNF et nous aimerions savoir si le PNF a la même indépendance lorsqu’il s’agit de faits qui concernent des responsables de la majorité actuelle, au plus haut niveau » ajoute de son côté le sénateur Gérard Longuet, soutien de François Fillon. Et le cas de l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, pour lequel le PNF s’est saisi aussi vite que pour François Fillon ? « Le PNF, qui s’était démasqué dans l’affaire Fillon, croit se racheter une conduite » répond Gérard Longuet.

Lors du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI dimanche, François Baroin a apporté sa contribution. Le sénateur-maire de Troyes pense qu’« on serait fondé à imaginer que la représentation nationale, dans le début de la (prochaine) législature, se pose la question à travers une commission d'enquête parlementaire ». Philippe Bas met ici un bémol : « Il a raison de demander une commission d’enquête. Mais on ne peut pas faire les deux à la fois. Si le parquet ouvre une enquête préliminaire, la commission d’enquête ne pourra pas porter sur des faits qui font l’objet d’une enquête préliminaire. Deux voies sont possibles » souligne le sénateur de la Manche.

« Il faut saisir l’actualité »

En pointant du doigt les révélations du livre, le camp Fillon espère rendre les affaires moins lourdes à porter. « Ce qui est important, c’est de savoir si des gens détournent les moyens de l’Etat ou pas. On peut penser qu’il y a des abus. Mais abus pour abus, le fait d’avoir fait travailler ses enfants me paraît moins grave que d’avoir utilisé les renseignements des impôts, de la police ou de la justice pour cause partisane » souligne Gérard Longuet.

L’insistance du dernier carré filloniste à mettre en cause le chef de l’Etat ressemble surtout à un contre-feu, à la veille d’une convocation de Penelope Fillon pour une possible mise en examen. « Il faut saisir l’actualité » répond pudiquement le sénateur Gérald Longuet, soutien de François Fillon. Mais il remarque que « quand le Canard sort un article, il y a une mobilisation de la justice ». Un autre soutien de François Fillon, sous couvert d’anonymat, est plus direct : Il s’agit « bien sûr » d’allumer un contre-feu, « et d’alerter l’opinion publique ».

On se rappelle cette phrase que l’ont prête à Charles Pasqua : « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien ». La paternité des propos fait en réalité débat, mais l’idée est là. A la différence que le camp Fillon n’a pas suscité une affaire mais entend bien en faire une du livre Bienvenue Place Beauvau.

Jean-Pierre Grand : « Il faut arrêter d’essayer de trouver des échappatoires »

Une stratégie qui laisse plus que perplexe le sénateur LR Jean-Pierre Grand, soutien de Juppé lors de la primaire et qui ne cache pas son hostilité à l’égard du candidat Fillon. « Il faut arrêter d’essayer de trouver des échappatoires à une situation politique qui n’a pas été créée ni par les juges, ni par les magistrats, mais simplement par François Fillon et lui tout seul. C’est ridicule et indécent » lâche le sénateur de l’Hérault à publicsenat.fr.

Jean-Pierre Grand, ancien villepiniste, y voit un parallèle avec une autre affaire bien connue : « Cette agitation malsaine me rappelle l’affaire Clearstream, qui visiblement inspire les discours indécents de ces derniers jours. Je me souviens d’un ancien premier ministre, Dominique de Villepin, persécuté, écouté, mis en examen, perquisitionné avec violence quelques jours après avoir quitté Matignon, puis acquitté par des juges libres, qui avaient su résister au parquet. Le pouvoir politique d’alors était du même bord que Dominique de Villepin et savait qu’il n’avait rien à voir avec cette affaire. Qui était premier ministre à l’époque ? François Fillon » rappelle le sénateur. Jean-Pierre Grand ajoute : « Aujourd’hui, c’est peut-être en souvenir de cette époque qu’il s’imagine que tout le monde fait pareil. C’est peut-être en souvenir de cette époque et par expérience qu’il s’inquiète et échafaude l’idée d’un cabinet noir »…

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