Accusations à l’encontre de Julien Bayou : faut-il créer une cellule indépendante des partis pour recueillir la parole des femmes ?

Accusations à l’encontre de Julien Bayou : faut-il créer une cellule indépendante des partis pour recueillir la parole des femmes ?

L’ancien Secrétaire national d’EELV, Julien Bayou nie farouchement les accusations portées par son ex-compagne et met en doute le fonctionnement de la cellule, interne au parti, de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Déjà évoquée cet été, l’idée de confier cette mission à une instance indépendante des partis, resurgit.
Simon Barbarit

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« Il n’y a pas d’affaire Bayou. Il n’y a pas d’accusation ». Dans un entretien au Monde, Julien Bayou est sorti de plusieurs jours de silence et passe à l’offensive. Après avoir démissionné de la direction d’EELV et s’être mis en retrait de la co-présidence du groupe écologiste à l’Assemblée, il répond aux accusations relayées par Sandrine Rousseau sur le plateau de France 5 le 19 septembre. La députée écoféministe avait confié avoir reçu chez elle une ex-compagne de Julien Bayou qui lui avait fait part de « comportements de nature à briser la santé morale des femmes. »

Sandrine Rousseau « est allée trop loin », dénonce aujourd’hui l’intéressé, appelant à ne pas « confondre féminisme et maccarthysme ». Le maccarthysme […] Ce n’est pas un excès du féminisme, c’est un dévoiement », tranche-t-il.

Cette interview qui intervient alors que son ancienne compagne a finalement demandé à être entendue par la cellule interne de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Son fonctionnement est pointé du doigt depuis la parution d’enquête la semaine dernière dans Libération. On y apprend que le député faisait l’objet d’une « mise sous surveillance » par un groupe de militantes féministes, dénommées « Les louves alpha ». L’une d’elles siège au sein de la cellule interne.

L’efficacité du fonctionnement de cette structure est, d’ailleurs, est jugée « nécessaire mais insuffisante » par Julien Bayou. « Serais-je blanchi, qu’on dirait qu’il y a eu collusion. Serais-je sanctionné, ce serait interprété comme un règlement de comptes avant le congrès », relève-t-il.

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« La lecture journalistique n’est pas celle de la réalité »

En décembre, le congrès désignera le secrétaire national d’EELV. Parmi les motions pressenties, une est menée par Marine Tondelier, proche de la ligne de Julien Bayou, une autre par Mélissa Camara, proche, elle, de Sandrine Rousseau. « Il y aura des gens proches de Sandrine et de Julien dans chaque motion. Cette question ne sera pas un enjeu de campagne. Ça me dérange de voir que certains font des théories complotistes en faisant le lien entre le congrès et cette affaire. La lecture journalistique n’est pas celle de la réalité », estime la sénatrice Mélanie Vogel.

« Elle a fait ce qu’elle a pu pour ne pas être accusée d’avoir su et de n’avoir rien fait »

Au Sénat, on regarde, en effet de loin ces bisbilles internes. « Je ne suis pas dans un camp particulier. D’ailleurs, dans les territoires comme on dit ici, ces courants au sein d’EELV n’ont pas de consistance politique », note Thomas Dossus, sénateur du Rhône. Sandrine Rousseau est-elle allée trop loin en jetant en pâture le nom de Julien Bayou en direct à la télévision ? « Elle a fait ce qu’elle a pu pour ne pas être accusée d’avoir su et de n’avoir rien fait. Mais elle n’aurait pas dû et cette sortie est problématique », juge l’élu qui appelle « à réfléchir à un autre mode de fonctionnement de cette cellule interne ».

« Ce n’est pas elle qui a sorti ces accusations. L’information était connue », tient à rappeler Mélanie Vogel. « Sandrine n’a pas voulu faire deux poids deux mesures. Est-ce qu’il était possible de répondre de manière différente sans donner l’impression que Julien était coupable de quelque chose ? Sans doute », reconnaît Mélanie Vogel.

> > Lire notre article. Affaire Abad : « Des ministres ont démissionné pour moins que ça » accuse Annick Billon

Quant à l’efficacité de la cellule d’écoute ? La question a été tranchée par le Conseil fédéral du parti samedi. Si le bureau exécutif a renouvelé sa « confiance » dans la cellule, la piste d’une « externalisation » de la structure est sur la table.

« De façon générale, il faut réfléchir à la mise en place de mécanismes externes mais ça ne veut pas dire qu’on doit se passer des cellules internes car on a toujours besoin de parler au sein d’un mouvement. Notre cellule interne fonctionne, elle a conduit à des exclusions. D’autres fois, elle a conclu qu’il n’y avait pas lieu de donner suite. Les accusations contre Julien Bayou peuvent donner lieu à des améliorations additionnelles car on s’est rendu compte que quand il s’agit du secrétaire national, on a tous plus ou moins un lien avec lui », note Mélanie Vogel.

Guillaume Gontard, le patron du groupe écolo du Sénat, qui ne fait pas partie d’EELV, abonde. « Cette histoire pose la question de l’indépendance des cellules d’écoute. Il faut réfléchir à leur externalisation ».

Cette solution est régulièrement évoquée au sein des partis de gauche. « Les femmes ont besoin de plusieurs niveaux de protection. L’efficacité des cellules d’écoute dépend de ceux qui la composent, ce sont les limites lorsqu’on lave son linge sale en famille », expliquait, il y a quelques mois à publicsenat.fr, Mathilde Viot, membre de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique qui préconise de doter la Haute Autorité pour la transparence de la publique d’une compétence en matière de recueil des signalements.

Sandrine Rousseau, elle-même, avait évoqué, cet été, l’idée de confier une mission de lutte contre les violences faites aux femmes, au Médiateur de la République.

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