Accusé d’être le “président des riches”, Macron retrouve les syndicats en plein malaise social

Accusé d’être le “président des riches”, Macron retrouve les syndicats en plein malaise social

De Whirlpool à la Corrèze, la séquence devait permettre à Emmanuel Macron de contrer l'accusation de "président des riches". Las, sa saillie...
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Par Laurence BENHAMOU

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De Whirlpool à la Corrèze, la séquence devait permettre à Emmanuel Macron de contrer l'accusation de "président des riches". Las, sa saillie contre ceux qui "foutent le bordel" au lieu de chercher du travail a gâché ses efforts avant une semaine sociale tendue.

"On a plus parlé de péripéties (...) que du fond de ce que nous avons annoncé", regrettait le chef de l'Etat vendredi, à l'occasion d'une visite d'un salon du BTP.

Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices avec une visite apaisée mardi de l'usine Whirlpool d'Amiens, sauvée par un repreneur aidé par l'Etat.

L'occasion pour le chef de l'Etat d'afficher sa proximité avec la classe ouvrière et son engagement pour l'emploi, alors que la baisse de l'ISF prévue dans le budget 2018 alimente une image de défenseur des plus aisés.

Très bien accueilli par les syndicats et les ouvriers, Emmanuel Macron, accompagné du repreneur Nicolas Decayeux et de quatre ministres, a passé trois heures au milieu des machines-outils, discutant longuement avec les salariés et faisant des selfies avec eux, aux antipodes de leur accueil houleux dans l'entre-deux-tours de la présidentielle.

Sa visite n'a été qu'à peine troublée par les questions des intérimaires, oubliés du plan de reprise et défendus par le député de la France insoumise François Ruffin qui accompagnait la visite. Devant la presse, le chef de l'Etat en a profité pour dérouler ses mesures sociales - hausse de plusieurs allocations, projets en faveur de la formation, baisse de la taxe d'habitation et des cotisations salariales - et louer "ceux qui investissent et sont prêts à prendre des risques".

Des manifestants lors d'une journée de manifestation contre la réforme du code du Travail le 12 septembre 2017 à Lille
Des manifestants lors d'une journée de manifestation contre la réforme du code du Travail le 12 septembre 2017 à Lille
AFP/Archives

Il a enchaîné avec la visite du nouvel entrepôt géant du groupe Amazon bâti près d'Amiens, créateur de 500 emplois, qu'il a inauguré sous les vivats des équipes et des dirigeants.

Le déplacement du lendemain sur le campus de l'Ecole des métiers des travaux publics à Egletons (Corrèze) pour y présenter ses projets pour la formation devait conclure une contre-offensive sociale réussie.

Mais à 400 m de là, 150 salariés et licenciés de équipementier en difficulté GM&S se heurtaient aux CRS chargés de les contenir.

- 57% des Français choqués -

Emmanuel Macron y a fait allusion dans un aparté filmé, critiquant ceux qui "au lieu de foutre le bordel", pourraient "aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes" dans la région.

Sur le fond et la forme, sa phrase a déclenché une avalanche de critiques: "arrogance" pour Christian Jacob (LR), "mépris social" pour Olivier Faure (PS), "conception du travail hors sol" pour Sébastien Chenu (FN). "Chercher du boulot, Macron ne sait pas ce que c'est", a renchéri Adrien Quatennens (La France Insoumise). Dans Le Figaro, Olivier Faure l'a traité de "Sarkozy BCBG" qui s'adresse "à un électorat qui considère qu'un certain nombre de gens dans ce pays sont des assistés".

Au point que l'entourage présidentiel a dû expliquer jeudi que si le président "assume" ses propos sur le fond, il ne les aurait pas tenus dans "un cadre officiel".

Environ 57% des Français se disent choqués par ces mots, selon un sondage Harris Interactive pour RMC et Atlantico. Sur le fond, 66% pensent qu’un salarié menacé de chômage doit plutôt "se mobiliser pour défendre son emploi" qu'en "chercher un nouveau" ailleurs (34%).

Les analystes estiment également que ce genre de propos ancrent Emmanuel Macron davantage à droite, au risque de le couper de la frange gauche de ses partisans.

Le président devrait tenter de rééquilibrer en rouvrant cette semaine le dialogue avec les syndicats qu'il reçoit jeudi et vendredi à l'Elysée, pour parler formation professionnelle, apprentissage et indemnisation chômage, ses prochains chantiers sociaux.

D'autant que le climat social se tend avec une manifestation mardi des fonctionnaires, en colère contre le projet de supprimer 120.000 postes et le gel de leur point d'indice. Ils doivent rencontrer le gouvernement vendredi sur leur salaires.

Lundi, les organisations syndicales CGT, FO, CFE-CGC et CFTC se réunissent pour évoquer une "journée de mobilisation" contre les ordonnances travail. Une contestation relancée chez FO et la CFDT, dont les dirigeants conciliants sur ce dossier sont soumis à une pression de leur base.

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