Affaire Benalla : « Épaule », « matelas », « carré tireur », le lexique de la sécurité rapprochée
« Épaule », « triangle », « carré tireur ». Vous ne connaissez pas le lexique des forces de sécurité de la présidence de la République ? Il fallait suivre les auditions de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla.

Affaire Benalla : « Épaule », « matelas », « carré tireur », le lexique de la sécurité rapprochée

« Épaule », « triangle », « carré tireur ». Vous ne connaissez pas le lexique des forces de sécurité de la présidence de la République ? Il fallait suivre les auditions de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« J’ai revu des images hier soir, du salon de l’agriculture. Moi, si j’étais l’épaule droite, François-Xavier Lauch (chef de cabinet du président de la République NDLR), il était l’épaule gauche ». Mais de quoi diable parle Alexandre Benalla devant la commission d’enquête du Sénat le 19 septembre ?

De son rôle auprès d’Emmanuel Macron, mais pour comprendre il faut bien entrer dans le vif du sujet et utiliser des termes techniques.

Qui protège qui ?

Pour commencer, la sécurité du président de la République, à l’intérieur du palais de l’Élysée, est à la charge du commandement militaire.

Pour la sécurité des déplacements du Président de la République c’est le GSPR qui est à la manœuvre - bon celui-là, est facile - Le Groupement de sécurité de la présidence de la République.

Au sein du GSPR, on trouve des policiers du RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion) et du SDLP (Service de la Protection).

Mais aussi des gendarmes du GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale).

Cercle, triangle, carré

Affaire Benalla : Michel Besnard détaille « les cercles et le triangle » qui protègent le Président
01:08

Dans le mode opératoire du GSPR, on trouve des « cercles ». Là, ça se complique.

« Le cercle le plus proche du président de la République est constitué de membres du GSPR exclusivement » détaille devant la commission d’enquête, l’ancien patron du GSPR, Michel Besnard, avant d’aller plus loin dans la subtilité : « Le cercle que l’on utilisait à mon époque était constitué d’un « triangle » avec un élément avancé, un élément évacuateur et un élément de contrôle arrière avec une mallette en kevlar à sa disposition pour protéger le Président ».

Vous suivez toujours ? Parce que ça se complique encore. « Lorsqu’on était dans une ambiance de foule ou avec une menace avérée, ce triangle pouvait se compléter d’un carré, qu’on appelait carré tireur »

Michel Besnard fait également état de « cercles plus éloignés » « jusqu’à un kilomètre » constitués de membres de la police nationale ou de gendarmerie, en charge, par exemple de la sécurisation d’une salle ».

On ne compte plus les photos illustrant la proximité physique d’Alexandre Benalla dans les déplacements officiels d’Emmanuel Macron. Était-il son « épaule », son « siège » ou encore un « parasite » ou même un « matelas » ?

Alexandre Benalla l’a affirmé devant la commission : « Je n'ai jamais été le siège, ni l'épaule d'Emmanuel Macron. (...) Sur les meetings, j'étais proche de lui physiquement mais comme un certain nombre de personnes ».

Alexandre Benalla : « Je n'ai jamais été le siège d'Emmanuel Macron ni son épaule »
00:10

« Épaule » : un terme qui désigne la position la plus proche d’un garde du corps.

« Siège » : c’est la même chose mais dans un véhicule.

« Parasite » : Devant la commission, Michel Besnard a défini ce terme de la manière suivante : « Des gens qui sont des courtisans et qu’on trouve à proximité du président de la République et qui eux constituent une gêne ».

« Matelas » : « Une personne qui est un obstacle vous pouvez en faire un avantage (…) Clairement vous ne pouvez pas éliminer cette personne puisque le président peut en avoir besoin. Sa proximité peut être tout à fait justifiée (…) Tout l’art de la sécurité, c’est de l’utiliser comme un matelas. Un matelas de protection pour le Président » annonce l’ancien patron du GSPR. Les membres du cabinet du président peuvent avoir un rôle de matelas « mais elles n’en sont pas informées » précise-t-il.

Michel Besnard : « Tout l’art de la sécurité, c’est d’utiliser un obstacle comme un matelas »
00:32

Embauché officiellement comme simple chargé de mission de l’Élysée, les sénateurs cherchent à savoir s’il avait également des missions de sécurité rapprochée. En effet, Alexandre Benalla n’a pas caché avoir possédé un port d’arme, une carte professionnelle de sécurité privé.

Une carte délivrée par le CNAPS : Conseil national des activités privées de sécurité

Il a également fait part de sa passion pour le « tir sportif » et détenir un master de sécurité publique. Pour autant, l’ancien chargé de mission se borne à affirmer « n’avoir jamais été le garde du corps d’Emmanuel Macron » ni pendant la campagne présidentielle ni après, ses fonctions étant, selon lui, essentiellement organisationnelles.

Pas convaincus, les sénateurs relèvent aujourd’hui de nombreuses contradictions entourant la réalité du poste d’Alexandre Benalla.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Mirecourt: French president Emmanuel Macron
6min

Politique

Macron veut interdire les portables au lycée : mesure qui « va dans le bon sens » ou « peine perdue » ?

Le chef de l’Etat a annoncé que les téléphones portables allaient « sans doute » être interdits dès la rentrée prochaine dans les lycées. C’est « faisable », soutient le sénateur Renaissance Martin Lévrier. « Il est incorrigible. C’est une annonce par jour pour exister », raille le sénateur LR Max Brisson, opposé à l’interdiction au lycée. « Une annonce un peu surréaliste » qui élude les vrais problèmes, dénonce la sénatrice PS Colombe Brossel.

Le

France Marseille vs Newcastle: Pre-Match Security Highlights
3min

Politique

« Violences policières » : la gauche du Sénat demande une commission d’enquête sur de « potentiels dysfonctionnements » au sein de l’IGPN et l’IGGN

Suite aux récentes révélations mettant en cause les forces de l’ordre dans des affaires de violences au sein des personnes dépositaires de l’autorité publique, la gauche du Sénat demande à la commission des lois de se doter des prérogatives d’une commission d’enquête visant à examiner les conditions dans lesquelles l’IGPN et l’IGGN exercent leurs prérogatives.

Le

Paris : Debate session on the draft budget law for 2026
4min

Politique

Budget de la Sécu : la règle de l’entonnoir peut-elle faciliter un compromis ?

Mercredi, députés et sénateurs ne sont pas parvenus à trouver une un accord en commission mixte paritaire sur le projet de loi de la Sécurité sociale. Le texte repart donc pour une nouvelle lecture en séance publique à partir de mardi, à l’Assemblée nationale. Les députés vont plancher sur le texte sorti du Sénat et conformément à la règle dite de l’entonnoir, leur droit d’amendement est limité. Ce qui va accélérer les débats mais sera-t-il suffisant pour arriver à un compromis ? Explications.

Le

Paris : session of questions to the government at the Senate
4min

Politique

Décentralisation : un rapport du Sénat remis au Premier ministre

Afin d’accompagner Sébastien Lecornu vers son engagement d’un grand acte de décentralisation, Gérard Larcher avait fait parvenir le 31 octobre la contribution du Sénat. Le document que Public Sénat a pu consulter appelle à consacrer un principe de différentiation et d’autonomie fiscale des collectivités.

Le