Affaire Benalla: Macron toujours silencieux, la pression monte
Depuis le début de l'affaire Benalla, plus grave crise politique qu'il traverse depuis son élection en mai 2017, le président Emmanuel Macron...

Affaire Benalla: Macron toujours silencieux, la pression monte

Depuis le début de l'affaire Benalla, plus grave crise politique qu'il traverse depuis son élection en mai 2017, le président Emmanuel Macron...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Depuis le début de l'affaire Benalla, plus grave crise politique qu'il traverse depuis son élection en mai 2017, le président Emmanuel Macron garde le silence, mais les appels se multiplient pour qu'il s'explique.

La crise est née de la divulgation mercredi de vidéos montrant un proche du chef de l'Etat, Alexandre Benalla, frapper des manifestants pendant la Fête du travail, en arborant des insignes de police, alors qu'il n'était que simple observateur auprès des forces de l'ordre.

L'Élysée n'a donné aucune indication sur une éventuelle prise de parole du président qui devait passer le week-end à travailler à Paris ou à La Lanterne, résidence d'État à Versailles, en région parisienne.

Pour une source proche de l'exécutif, avec les différentes enquêtes lancées par la justice, le Parlement ou la police des polices, "tous les leviers ont été actionnés" et il n'est donc "pas nécessaire" que le président s'exprime "dans l'immédiat" au sujet de son ex-collaborateur, en garde à vue pour ces violences le 1er mai.

Alexandre Benalla (g) accompagne le président Emmanuel Macron lors du défilé du 14 juillet à Paris
Alexandre Benalla (g) accompagne le président Emmanuel Macron lors du défilé du 14 juillet à Paris
POOL/AFP/Archives

Mais une source dans la majorité estime qu'"il aurait fallu communiquer vite et clairement pour tenter au moins d'enrayer l'affaire", jugeant le silence au sommet de l'État d'autant plus dommageable que "les télés en continu tournent en boucle avec ça".

"Plus longtemps il se tait, plus cela alimente les interrogations", pressait un député d'opposition. "En gestion de crise, ils ont coché toutes les cases" pour un ratage, jugeait un autre.

Les ténors ont accru samedi la pression sur le chef de l'État. Pour le président du parti Les Républicains (LR, opposition de droite) Laurent Wauquiez, Alexandre Benalla "rendra des comptes à la justice, mais Emmanuel Macron, lui, va devoir rendre des comptes aux Français".

"Qui était au courant? Quand? Pourquoi la justice n'a-t-elle pas été saisie? Pourquoi a-t-on été jusqu'à instrumentaliser la police pour étouffer l'affaire? De quels secrets Benalla est-il le détenteur pour avoir été ainsi protégé?" s'interroge Laurent Wauqiez dans les colonnes du quotidien Le Figaro.

- "Watergate" -

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (gauche radicale), a jugé l'affaire "du niveau du Watergate" qui avait conduit à la démission du président américain Richard Nixon, quand la présidente du Rassemblement national (extrême droite) Marine Le Pen a vu "autant de mensonges de la part du gouvernement, un mensonge par omission en quelque sorte de la part du président de la République, qu'il y en avait dans l'affaire du Watergate".

"Le mutisme" du président transforme l'affaire Benalla en "scandale d'Etat", a-t-elle affirmé.

"Le président de la République devra obligatoirement parler aux Français, à la télévision", a assuré devant la presse Nicolas Dupont-Aignan (souverainiste), constatant que la majorité "ne sait pas quoi répondre" car M. Macron "a agi seul" selon lui.

Face à ce qui est déjà dénoncé par certains comme un "scandale d'État", Gilles Le Gendre, porte-parole des députés LREM (majorité présidentielle), accuse les oppositions d'"instrumentaliser" l'affaire parce qu'elles "n'ont toujours pas digéré la défaite cuisante" dans les urnes il y a un an, selon lui.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb en juin 2017
Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb en juin 2017
AFP/Archives

"Rien ne sera étouffé", a-t-il affirmé sur la radio France Inter. La veille, le Premier ministre Édouard Philippe avait assuré que "l'ensemble des questions trouver(aient) leurs réponses", qui seront "claires" et "transparentes".

Pour l'exécutif, il s'agit dans l'immédiat de préparer les auditions très attendues des prochains jours, en premier lieu celle du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb devant la commission des Lois de l'Assemblée lundi.

Pour M. Mélenchon, "le ministre de l’Intérieur est déjà disqualifié" et "bien sûr qu'il va démissionner et il ne sera pas le seul". "Aucun fusible ne fera oublier que tout a été piloté depuis l'Élysée", tonne M. Wauquiez.

Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a montré à plusieurs reprises qu'il n'aimait pas réagir sous la pression, notamment médiatique ou partisane.

Mais il a aussi fait évoluer sa communication ces derniers mois, passant d'une parole rare à une expression beaucoup plus fréquente, notamment lors de ses déplacements.

Lors d'une visite jeudi en Dordogne (sud-ouest), il a refusé de répondre aux nombreuses questions des journalistes lui demandant de réagir aux révélations du quotidien Le Monde.

"La République est inaltérable!", a-t-il seulement lâché en réponse à un journaliste qui lui demandait si la République n'était pas "entachée" par cette affaire.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le