Affaire Bygmalion: Sarkozy obtient une victoire d’étape dans ses recours contre un éventuel procès
Nicolas Sarkozy, déjà sanctionné pour ses dérapages financiers de la campagne de 2012, peut-il être poursuivi devant le tribunal...

Affaire Bygmalion: Sarkozy obtient une victoire d’étape dans ses recours contre un éventuel procès

Nicolas Sarkozy, déjà sanctionné pour ses dérapages financiers de la campagne de 2012, peut-il être poursuivi devant le tribunal...
Public Sénat

Par Nathalie ALONSO

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Nicolas Sarkozy, déjà sanctionné pour ses dérapages financiers de la campagne de 2012, peut-il être poursuivi devant le tribunal dans l'affaire dite Bygmalion pour ces faits? L'ex-chef de l'Etat a obtenu mercredi une victoire d'étape sur cette question de cumul des poursuites désormais aux mains du Conseil constitutionnel.

La Cour de Cassation a accepté mercredi de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par la défense de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bygmalion qui lui vaut d'être poursuivi devant le tribunal pour avoir dépassé le seuil autorisé des dépenses électorales lors de sa campagne présidentielle de 2012.

L'ancien président soutient en effet qu'il ne peut pas être jugé au motif qu'il a déjà été sanctionné définitivement en 2013 par le Conseil constitutionnel pour ce dépassement.

"C'est évidemment une satisfaction dans la mesure où l'on avait toujours dit que selon le principe du +Non bis in idem+, une personne n'a pas à être jugée deux fois pour les mêmes faits", a réagi auprès de l'AFP l'avocat de Nicolas Sarkozy, Emmanuel Piwnica.

"La sanction administrative et la sanction pénale prévues par le code électoral visent à réprimer le dépassement du plafond des dépenses électorales, les textes ont la même exigence, ils sanctionnent les mêmes faits", avait-il plaidé mardi devant les hauts magistrats. Les motivations de leur décision n'étaient pas encore disponible.

Le Conseil constitutionnel devra dire si ces dispositions contreviennent au principe du non-cumul des poursuites, sur lequel les "Sages" ont déjà eu à se prononcer dans des affaires fiscales emblématiques. Ils avaient notamment estimé conforme à la Constitution une exception de cumul des poursuites judiciaires et administratives dans les cas de fraude "les plus graves".

La décision de la Cour de cassation, rendue contre l'avis de l'avocat général qui préconisait le rejet de la QPC, fait désormais peser une incertitude sur le calendrier d'un éventuel procès. Le Conseil constitutionnel a trois mois pour se prononcer, délai qui repousse d'autant toute décision définitive sur d'éventuelles poursuites devant le tribunal.

- Dépenses dissimulées -

La perspective d'un procès s'était pourtant renforcée le 25 octobre lorsque la cour d'appel, saisie par Nicolas Sarkozy, a confirmé la décision des juges d'instruction de le renvoyer en procès pour "financement illégal de campagne électorale", délit passible d'un an d'emprisonnement et d'une amende de 3.750 euros, au côté de 13 autres protagonistes, notamment poursuivis pour "complicité".

L'ancien chef de l'Etat est concrètement soupçonné d'avoir dépassé le plafond autorisé des dépenses électorales de plus de 20 millions d'euros alors qu'il avait été informé d'un risque de dérapage, ce qu'il réfute. La facture avait atteint les 42,8 millions d'euros soit plus du double du seuil autorisé alors fixé à à 22,5 millions d'euros.

Il avait alors saisi la Cour de cassation d'un pourvoi contre l'arrêt de la cour d'appel, qui avait confirmé le renvoi et jugé irrecevable une première fois sa QPC.

Les débats avaient fait ressortir que la sanction du Conseil constitutionnel portait sur un dérapage bien inférieur, de 363.615 euros. Elle était intervenue avant la révélation au printemps 2014 d'un vaste système de fausses factures visant à masquer l'emballement des dépenses de meetings alors organisés par l'agence de communication Bygmalion.

Des cadres de la société et Jérôme Lavrilleux, l'ex-directeur adjoint de la campagne, avaient fini par reconnaître l'existence de cette fraude ayant consisté à déplacer vers l'UMP 16,2 millions d'euros de dépenses qui auraient dû figurer au compte de campagne du candidat.

Dans son arrêt, la cour d'appel concluait que la révélation de ces dépenses dissimulées constitue bien un fait nouveau qui n'a pas encore été jugé.

Treize autres personnes, d'anciens cadres de ce parti, devenu Les Républicains, ainsi que des responsables de la campagne, dont Guillaume Lambert ou Jérôme Lavrilleux, des dirigeants de Bygmalion et des experts-comptables ont également été renvoyés pour faux, escroquerie ou complicité, abus de confiance ou recel. Des faits pour lesquels Nicolas Sarkozy n'a pas été poursuivi.

Guillaume Lambert, qui réclamait en vain la mise en examen de Bygmalion, avait lui aussi soumis une QPC, pour déterminer si une personne mise en examen peut réclamer des poursuites contre un tiers, un recours jugé irrecevable par la Cour de cassation.

Partager cet article

Dans la même thématique

Affaire Bygmalion: Sarkozy obtient une victoire d’étape dans ses recours contre un éventuel procès
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Affaire Bygmalion: Sarkozy obtient une victoire d’étape dans ses recours contre un éventuel procès
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le