Affaire des sondages de l’Elysée : comment fonctionne l’immunité présidentielle ?
Nicolas Sarkozy, est convoqué comme témoin mardi 2 novembre au tribunal de Paris dans l’affaire des sondages de l’Elysée. L’ancien chef d’Etat avait invoqué son immunité présidentielle pour refuser de témoigner à la barre. Mais l’article 67 de la Constitution ne s’applique pas pour le statut de témoin. Explications.

Affaire des sondages de l’Elysée : comment fonctionne l’immunité présidentielle ?

Nicolas Sarkozy, est convoqué comme témoin mardi 2 novembre au tribunal de Paris dans l’affaire des sondages de l’Elysée. L’ancien chef d’Etat avait invoqué son immunité présidentielle pour refuser de témoigner à la barre. Mais l’article 67 de la Constitution ne s’applique pas pour le statut de témoin. Explications.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Nicolas Sarkozy comparaîtra bien dans deux semaines au tribunal en tant que témoin dans l’affaire des écoutes de l’Elysée. Comme lors de l’instruction, l’ancien chef d’Etat avait pourtant invoqué son immunité présidentielle pour refuser de se présenter devant le tribunal de Paris.

Car à la différence de son ancienne directrice de cabinet Emmanuelle Mignon et de l’ancien secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, Nicolas Sarkozy, n’est pas poursuivi dans ce dossier portant sur des contrats passés sans appel d’offres à partir de 2007 pour l’exécution de sondages, avec les sociétés de Patrick Buisson (Publifact puis Publiopinion) et de Pierre Giacometti, ses conseillers de l’époque, tous les deux poursuivis également.

L’immunité présidentielle ne s’étend pas à ses collaborateurs

Claude Géant a tenté, via une question prioritaire de constitutionnalité, de faire étendre l’immunité présidentielle à son principal collaborateur, quand il exécute ses ordres. Si sa demande a été rejetée, en revanche, le président du tribunal a répondu favorablement à la demande de l’association Anticor, à l’origine de la plainte, qui demande de longue date, à ce que l’ancien chef de l’Etat soit cité comme témoin.

Claude Guéant estimant n’avoir fait qu’obéir aux ordres de Nicolas Sarkozy, le témoignage de Nicolas Sarkozy devient « nécessaire à la manifestation de la vérité ».

Nicolas Sarkozy : « J’ai toujours répondu aux convocations qui m’ont été faites »

En cas de refus, le tribunal peut ordonner « que ce témoin soit immédiatement amené devant lui par la force publique pour y être entendu, ou renvoyer l’affaire à une prochaine audience », selon l’article 439 du code de procédure pénale.

« Il y a une Constitution. Il y a des lois. Et chacun doit les respecter. Pour le reste, les forces de l’ordre sont assez occupées. Ils n’ont pas besoin de s’occuper de moi. J’ai toujours répondu aux convocations qui m’ont été faites », a réagi Nicolas Sarkozy, mercredi après-midi, rappelant qu’il n’était « pas au-dessus des autres ni en dessous ».

Immunité présidentielle : le principe

En effet, selon l’article 67 de la Constitution, « le Président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité ». « Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction ou de poursuite », selon la norme suprême.

Toutefois, cette immunité ne s’applique pas aux faits commis en dehors de l’exercice de ses fonctions et cesse un mois après la fin du mandat. « Cet article pose le principe d’une immunité totale pendant et après son mandat pour des actes commis en tant que président de la République. Imaginons maintenant qu’un président en exercice tue l’amant de sa femme. Il serait responsable pénalement et une Cour d’Assises serait compétente », nous explique le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier.

» Lire notre article : Comment fonctionne l’immunité parlementaire ?

La procédure de destitution

La révision constitutionnelle de 2007 a confirmé le principe d’irresponsabilité pénale du chef de l’Etat tout en y inscrivant des exceptions. Pour mémoire, en 2002, après un septennat pollué par les soupçons d’emplois fictifs de la ville, Jacques Chirac, réélu, met en place une « commission chargée d’examiner le statut pénal du président de la République », présidée par Pierre Avril. La révision constitutionnelle de 2007 reprendra ses propositions.

Le président de la République peut, depuis, être poursuivi par la Cour Pénale Internationale (pour crimes contre l’humanité, génocide, crimes de guerre…), conformément à l’article 53-2 de la Constitution.

Cette révision de la Constitution introduit aussi la procédure de destitution du chef de l’Etat en « cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat ». C’est le Parlement réuni en Haute cour qui se prononce sur cette destitution à la majorité des deux tiers. « Si on reprend notre exemple d’un Président qui tue l’amant de sa femme. La Haute cour estime qu’il s’agit d’un acte incompatible avec ses fonctions. Il est destitué. N’étant plus président, il peut donc faire l’objet de poursuites par une Cour d’assises. Car la Haute cour est uniquement compétente pour destituer le chef de l’Etat et non pour le juger », souligne Jean-Philippe Derosier.

Avant 2007, un président de la République n’était « responsable des actes commis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas de haute trahison ». Sa responsabilité pénale ne pouvait être mise en cause que devant la Haute Cour de Justice. Une institution remplacée par la Haute Cour depuis la révision de 2007

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le