Jack Lang aura cédé sous la pression. Président de l’Institut du Monde Arabe depuis 2013, l’ancien ministre de la Culture sous François Mitterrand, a « proposé » sa démission au quai d’Orsay, le samedi 7 février. « Afin de préserver l’Institut du Monde Arabe et son travail exemplaire et de pouvoir sereinement récuser toutes les accusations qui m’assaillent, je propose de remettre ma démission », peut-on lire dans la lettre adressée au ministre Jean-Noël Barrot.
Démission poussée par l’Elysée
Le point d’orgue d’une semaine tourmentée pour Jack Lang. Âgé de 86 ans, son nom est apparu près de 673 fois dans les documents de l’affaire Jeffrey Epstein révélés par la justice américaine la semaine dernière. Des échanges fleuves entre l’ancien ministre de la Culture et le prédateur sexuel américain, suicidé en prison en 2019, notamment à propos d’une société offshore Prytannée créée en 2016 par sa fille Caroline et Jack Lang lui-même. Ce dernier assume ses liens passés avec Jeffrey Epstein, mais soutient être « blanc comme neige » de tout acte répréhensible dans ce scandale mondial. Dans ces nouvelles révélations, en effet, aucune action criminelle ne lui est imputable.
L’Elysée s’est pourtant emparé du dossier en sommant le ministère des Affaires étrangères de convoquer Jack Lang, le dimanche 8 février. Les appels à sa démission du poste de président de l’Institut du Monde Arabe ont afflué de l’ensemble de la classe politique. Egalement inquiété par une enquête ouverte pour blanchiment de fraude fiscale aggravée par le parquet national financier, il a fini par déposer sa démission. Le gouvernement a approuvé ce choix, comme en témoigne Eléonore Caroit, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, ce lundi 9 février sur le plateau de Public Sénat : « On prend acte de sa démission ».
La ministre « ne se prononce pas sur la culpabilité »
La chaise de président de l’Institut du Monde Arabe, haut lieu culturel du monde arabe, est désormais vacante. Et le temps presse. « On va s’atteler à nommer très rapidement quelqu’un pour le remplacer », commente Eléonore Caroit, sans confirmer les rumeurs autour de Michel Barnier et de Jean Castex. « Mon rôle est de s’assurer que le poste soit de nouveau pourvu », tempère l’ancienne députée des Français établis hors de France.
En quelques jours, Jack Lang a connu une déchéance inédite. L’apparition de son nom dans le dossier de Jeffrey Epstein a ravivé sur les réseaux sociaux les polémiques autour d’actes pédocriminels commis dès les années 1980. Eléonore Caroit a tenu à se détacher de ces allégations : « Je ne me prononce pas sur la culpabilité de Jack Lang, parce qu’il ne m’appartient pas de le faire ». Ancienne avocate, la ministre a insisté ne pas vouloir « politiser une affaire qui est avant tout une affaire judiciaire ».