En novembre dernier, auditionné par la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Marc-Antoine Brillant, chef du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) alertait sur « une situation nettement dégradée ».
Quelques mois plus tard, le service français a détecté une opération qui en est l’illustration. Mercredi, un faux site usurpant l’identité du site France Soir a publié un article qui usurpait le nom d’un journaliste du Parisien et tout en accusant Emmanuel Macron d’être impliqué dans l’affaire Jeffrey Epstein, financier américain et criminel sexuel mort en prison en 2019.
Le faux contenu a ensuite été « amplifié sur X » par plusieurs comptes identifiés comme des relais réguliers de la désinformation prorusse. Ce faux article prétendait révéler des « documents » incriminant Emmanuel Macron
Une recherche effectuée sur la base de données « Epstein Library », consultable sur le site du ministère américain de la Justice, montre que les documents cités n’y figurent pas.
Le site France Soir, qui a perdu en 2024 son statut de service de presse en ligne, suite à la publication de fausses informations et de contenus complotistes, a publié dès mercredi soir un démenti sur les réseaux sociaux. « Alerte importante aux lecteurs de France Soir. Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site http://france-soir.net n’a aucun lien avec France Soir », a-t-il affirmé dans un communiqué posté sur X.Le journaliste du Parisien a lui indiqué avoir déposé plainte.
Selon la source gouvernementale, Viginum impute « avec un niveau de confiance élevé » le faux site de France Soir au « mode opératoire informationnel CopyCop ». CopyCop est un réseau de site web factices, lié à un ancien policier américain, John Mark Dougan, exilé en Russie depuis 2016.
Ce réseau, qui imite souvent des vrais sites web, relaie notamment des faux contenus fabriqués par un autre réseau, Storm-1516, accusés d’être derrière de nombreuses opérations de désinformation visant la France et des pays occidentaux.
Devant le Sénat, Marc-Antoine Brillant avait relevé que Storm-1516 démontrait la capacité de ces acteurs à « adopter une logique opportuniste dans notre débat public, en étant capables de réagir à tout fait divers, tout événement, toute actualité ».
77 opérations informationnelles visant des pays occidentaux
Sur X, le premier compte ayant diffusé le faux article impliquant le président Macron est @LoetitiaH, un « relais historique et fréquent » des opérations informationnelles de Storm-1516, détaille une source à l’AFP. Le contenu vidéo a ensuite été « repris et amplifié par de nombreux autres comptes suivis par Viginum et très probablement rémunérés » par les personnes derrière Storm 1516, ajoute-t-elle.
Comme lors de chaque opération Storm-1516, le faux site web a rapidement été désactivé et n’était plus consultable deux jours après sa mise en ligne.
Après la publication des Epstein files, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dont le pays est la cible centrale des campagnes Storm-1516, selon les experts et autorités, a aussi fait l’objet de fausses publications.
Selon les derniers chiffres communiqués par Viginum en mai 2025, Storm-1516 serait à l’origine d’au moins 77 opérations informationnelles visant des pays occidentaux, dont la France, entre son émergence fin 2023 et mars 2025.
L’objectif de Storm-1516 « semble être avant tout de décrédibiliser le gouvernement ukrainien, probablement dans l’espoir d’entraîner la suspension de l’aide occidentale à l’Ukraine » détaillait alors Viginum dans son rapport.
Pour l’organisme, ce réseau représente une « menace importante pour le débat public numérique français et européen ».
Storm-1516 est notamment mis en cause pour son action dans le cadre de l’élection présidentielle américaine de 2024, des élections fédérales allemandes et des législatives moldaves de 2025.
En France, où se tiendront mi-mars les élections municipales, avant la présidentielle en 2027, des dizaines de faux sites d’informations locaux apparus en ligne fin 2025 et publiant contenus anxiogènes et clivants, mêlant vrai et faux, lui ont été attribués.
Avec L’Afp