Fin 2021, un colloque plutôt inhabituel se déroulait au Sénat à l’initiative de la sénatrice centriste, Nathalie Goulet. Des anciennes mannequins y rapportaient les agressions et viols subis de la part de Jean-Luc Brunel, ancien patron de l’agence de mannequins Karin Models à Paris. Soupçonné d’être l’un des complices de Jeffrey Epstein, Jean-Luc Brunel était à l’époque mis en examen et était incarcéré à la prison de la Santé pour viols sur mineurs et harcèlement sexuel, et placé sous le statut de témoin assisté pour « traite des êtres humains aggravée ». Comme Jeffrey Epstein trois ans plus tôt, Jean-Luc Brunel se suicidera en prison début 2022.
Depuis une semaine, la publication de 3 millions de documents concernant Jeffrey Epstein n’a fait que conforter l’aspect tentaculaire et mondial de cette gigantesque affaire de crimes sexuels. Ces documents ont aussi révélé une proximité amicale, sans preuve à ce stade d’éléments répréhensibles, entre le prédateur sexuel américain, et des personnalités françaises comme Jacques Lang, sa fille Caroline Lang ou encore Olivier Colom, ex-conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, et le mécène new-yorkais.
Le nom de Jean-Luc Brunel était lui déjà abondamment cité dans les documents accumulés par la justice américaine depuis 2019. Au début des années 2000, Jean-Luc Brunel avait fondé avec Jeffrey Epstein une agence de mannequin nommée MC2, une structure qui a facilité l’abus de jeunes mannequins, selon le témoignage de Virginia Roberts Giuffre, une des principales accusatrices d’Epstein. Elle affirmait en 2015 avoir aussi été contrainte à des relations sexuelles avec Brunel entre ses 16 et 19 ans.
Une action civile en cours
« En 2021, lors de ce colloque au Sénat, la question qu’on se posait était celle de l’imprescriptibilité pour les crimes sexuels sur mineures. Je n’y suis, pour ma part, pas favorable, car elle conduirait à une situation déséquilibrée, dans laquelle la parole des femmes serait directement supérieure à celles des hommes. Néanmoins, on pourrait développer en France une législation similaire à une loi de l’Etat de New York, le « child abuse acte », qui permet, lorsqu’il y a prescription, à l’ensemble des victimes mineures au moment des faits de venir déposer une action civile contre leur agresseur », expose Nathalie Goulet.
Cette semaine, deux anciennes mannequins qui accusent Jean-Luc Brunel de viol ont engagé une action civile et demandé réparation à ses héritiers, un neveu et deux nièces, devant le tribunal judiciaire de Paris. Parmi elles, la Néerlandaise Thysia Huisman, qui était présente au Sénat en 2021.
Interrogée par Mediapart, leur avocate Anne-Claire Le Jeune a indiqué que l’action civile était « une seconde voie lorsque les faits sont prescrits pénalement ou qu’il y a une extinction de l’action publique. Cela permet de contourner ces deux éléments et d’être reconnue victime par l’obtention d’une indemnisation ».
Le tribunal se prononcera sur la recevabilité de cette demande à la fin du mois de mars.