Son nom apparaît 673 fois dans les nouveaux documents de l’affaire Epstein dévoilés par le ministère de la Justice américain la semaine dernière. Contraint par la pression médiatique, Jack Lang a « proposé » sa démission du poste de président de l’Institut du Monde Arabe, le samedi 7 février. Un choix commenté par Emmanuel Macron, ce lundi 9 février : « Il a pris sa décision, il l’a fait valoir en conscience, je pense que c’est la sienne. Nous avons pris acte de celle-ci ».
Côté judiciaire, le Parquet national financier (PNF) a annoncé, le 6 février, avoir ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Jack Lang, et sa fille Caroline Lang. Cette enquête concerne « les faits révélés par Mediapart » et de possibles liens financiers avec l’homme d’affaires et criminel sexuel Jeffrey Epstein, a précisé le PNF, chargé de réprimer la fraude fiscale.
Une société codirigée avec Jeffrey Epstein
En cause, la société offshore Prytanee LCC créée en 2016 et située dans le paradis fiscal des îles Vierges dans les Caraïbes. Elle se définissait comme un projet de fonds en soutien aux artistes du monde entier à travers l’achat et la revente d’œuvres d’art. Ouverte par Jeffrey Epstein lui-même, le prédateur sexuel s’était associé à parts égales avec Caroline Lang, une chevronnée dans le marché de l’art.
Or, malgré des dîners et des réunions organisés entre eux, Caroline Lang avoue ne jamais avoir déclaré sa participation dans Prytanee LCC au fisc français. Elle soutient n’avoir jamais perçu de fonds de l’entreprise, même après le décès du magnat américain. Pourtant, le nom de la fille de l’ancien ministre de la Culture (1992-1993) est cité dans le dernier testament d’Epstein datant de 2018, dans lequel il lui lègue cinq millions de dollars.
Des échanges de mails douteux
Le Parquet national financier va se pencher sur les flux financiers en provenance et à destination de Prytanee LCC. Dans les derniers fichiers révélés, un mail du 5 janvier 2016 de Jeffrey Epstein à destination de Jack et Caroline Lang laisse planer le doute. « Je mets 20 millions de dollars, Jack achète les œuvres, je n’apparais pas, on divise les profits à 50-50 et sa part lui revient ou aux membres de sa famille qu’il désigne(…) Il peut appeler ça le Fonds Lang pour l’art. Il peut même être salarié s’il préfère », rapporte nos confrères de RTL.
Une série de mails alimente les soupçons autour de l’implication de Jack Lang dans Prytanee LCC. « Jack est désormais totalement impliqué et nous met en contact avec des marchands d’art africains et moyen-orientaux », mentionne un mail de 2018 écrit par le manager de la société offshore.
Jack Lang serein et soulagé
Jack Lang continue de clamer son innocence et accueille « avec sérénité et même soulagement » l’ouverture de l’enquête du PNF. L’avocat de la famille, Me Laurent Merlet a maintenu cette ligne de défense sur RTL, le samedi 7 février : « Jack Lang a pu donner son avis sur des œuvres d’art, c’est tout. Il n’a jamais été impliqué dans cette société et surtout, ni directement ni indirectement, il n’a perçu de bénéfices de cette entreprise. Qu’on procède à des réquisitions judiciaires, qu’on prenne ses relevés de compte et on verra qu’il n’y a jamais eu de non-déclaration de revenus provenant de cette entité. Jamais ».
De son côté, Caroline Lang a remis sa démission du poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI) la semaine dernière. « La justice leur demande de prouver qu’ils n’ont touché aucun fonds de cette société. Ils l’ont dit et j’espère que le parquet ira très vite pour constater que ce qu’a dit Monsieur Lang et sa fille est la pure vérité », a déclaré Me Laurent Merlet sur BFMTV.