Refusée par Yaël Braun-Pivet à l’Assemblée nationale, une commission d’enquête sur l’affaire Epstein va-t-elle voir le jour au Sénat ? C’est en tout cas le souhait du sénateur LR, des Alpes-Maritimes, Henri Leroy qui vient d’adresser un courrier en ce sens au président du Sénat Gérard Larcher.
Dans le document cosigné par 15 de ses collègues de la droite et du centre, le sénateur précise que sa démarche « ne vise pas à se substituer à l’autorité judiciaire, ni à remettre en cause des faits judiciairement établis, ni à alimenter les hypothèses et les controverses ». Les travaux porteraient sur « les implications institutionnelles et aux éventuels dysfonctionnements publics liés à l’affaire Epstein » notamment « en matière de surveillance carcérale, de chaînes de responsabilité publiques, de coopération judiciaire et internationale, de circulation de l’information entre l’Etat et la protection des victimes ».
« Les citoyens nous posent des questions »
Henri Leroy a bon espoir que sa demande soit suivie d’effets. En 2022, il avait déjà demandé une commission sur les dysfonctionnements de l’État à l’origine de l’assassinat de Samuel Paty. Celle-ci avait été mise en place quelques mois plus tard, après que la sœur de Samuel Paty, avait également sollicité les sénateurs. « C’est une demande qui s’inscrit pleinement dans l’exercice des prérogatives de contrôle du Parlement sur l’action publique, tel que défini à l’article 51-2 de la Constitution. Les citoyens nous posent des questions. Il faut faire toute la clarté sur ce sujet. Une démocratie solide n’a rien à craindre du regard du Parlement sur ses institutions. Je pense que Gérard Larcher est dans cet état d’esprit », défend l’élu qui est toujours membre de LR malgré son fervent soutien à Éric Ciotti.
« Participer au grand nettoyage de tous ces monstres me motive »
Parmi les co-signataires, la sénatrice LR Christine Bonfanti-Dossat, vice-présidente de l’association la Mouette de lutte contre la violence faites aux enfants, estime « important de participer à cette commission d’enquête, si elle voyait le jour. « Mon association lutte contre la pédocriminalité et la cybercriminalité. Participer au grand nettoyage de tous ces monstres me motive », nous textote-t-elle.
Le mois dernier, la présidente de l’Assemblée nationale s’était opposée à la demande des députés LFI pour la création d’une commission d’enquête destinée à mettre en lumière la nature des réseaux de Jeffrey Epstein, à identifier les ressortissants français ayant participé à ces réseaux, à faire émerger la parole des victimes, et à évaluer les éventuelles défaillances de services de renseignements et d’enquête en France relatifs à cette affaire. Yaël Braun-Pivet avait estimé que cette commission d’enquête « entraînerait de la confusion des pouvoirs », car le Parlement ne peut exercer son pouvoir de contrôle sur des faits déjà visés par une information judiciaire.
Le 18 février, la Procureure de Paris a annoncé l’ouverture de deux « enquêtes cadres » liées à l’affaire Epstein, l’une portant sur des infractions sexuelles en lien avec la qualification de traite des êtres humains en bande organisée, l’autre sur des infractions économiques et financières telles que le blanchiment, les atteintes à la probité ou la fraude fiscale.