Affaire Lactalis : « Cela peut avoir un impact à long terme sur l’export »
Le PDG de Lactalis s’est exprimé une deuxième fois dans la presse sur la contamination de laits infantiles aux salmonelles. Deux sénateurs qui avaient participé à l’audition d’un haut cadre de l’entreprise s’inquiètent des conséquences économiques.

Affaire Lactalis : « Cela peut avoir un impact à long terme sur l’export »

Le PDG de Lactalis s’est exprimé une deuxième fois dans la presse sur la contamination de laits infantiles aux salmonelles. Deux sénateurs qui avaient participé à l’audition d’un haut cadre de l’entreprise s’inquiètent des conséquences économiques.
Public Sénat

Par Guillaume Jacquot (Sujet vidéo : Flora Sauvage)

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Très discret dans ses apparitions publiques, le patron de Lactalis Emmanuel Besnier s’est livré à la presse pour la seconde fois depuis que l’affaire de laits infantiles contaminés aux salmonelles dans une usine du groupe a éclaté début décembre. Son absence lors d’un cycle d’auditions lancé en janvier au Sénat – il avait été représenté par son directeur de la communication – avait heurté plusieurs membres de la commission des Affaires économiques

Dans ce long entretien aux Échos, le PDG a annoncé la fermeture de la tour de séchage numéro 1 du site de Craon (en Mayenne), à l’origine du problème. Dans cette structure, sur laquelle le groupe a procédé à des travaux après son rachat, la souche de bactérie qui avait rendu des bébés malades en 2005 s’avère identique à celle qui a été retrouvée dans l’environnement de la tour en août et novembre 2017. L’institut Pasteur révèle ce jeudi que la souche incriminée a également contaminé 25 autres bébés entre 2006 et 2016.

Un coût de « plusieurs centaines de millions d’euros »

Aujourd’hui, Emmanuel Besnier s’interroge sur les tests qui ont été conduits ces derniers mois par un laboratoire externe après les opérations de nettoyage. « Nous avons beaucoup de mal à comprendre comment 16.000 analyses réalisées en 2017 ont pu ne rien révéler. Nous avons des doutes sur la sensibilité de tests. »

Sur le front économique, l’entreprise commence à communiquer. Le patron de Lactalis parle de la plus « grande crise » de sa carrière et livre une première estimation de son préjudice. Elle pourrait coûter au groupe « plusieurs centaines de millions d’euros ». L’affaire pourrait même « coûter l’agrément  l’exportation », selon lui.

Deux sénateurs qui étaient intervenus durant l’audition du directeur de la communication de Lactalis, redoutent les conséquences sur le long terme de cette crise. « Je suis inquiet car ce sont des milliers d’emplois sur le sol national, et évidemment, cela va dégrader la marque », réagit le sénateur (communiste) Fabien Gay, qui refuse que les consommateurs, mais aussi les salariés et les éleveurs « payent » les pots cassés.

Lactalis : « Je suis inquiet, ce sont des milliers d'emplois », réagit Fabien Gay
00:37
Images : Flora Sauvage

« À un moment, ça craque »

Au-delà des protocoles techniques qui seront réévalués pour l’export, le sénateur Laurent Duplomb (LR) soulève la « problématique médiatique ». « L’image qui est donnée aujourd’hui de Lactalis, par rapport à ce qui s’est passé, peut faire peur à certains pays en termes d’importations. Tout cela va conduire obligatoire à une chute de la consommation des produits de Lactalis ».

Lactalis : « Cela peut avoir un impact à long terme sur l’export », craint Laurent Duplomb
00:49
Images : Flora Sauvage

Devant notre micro, les deux parlementaires ne tirent pas les mêmes conclusions de cet incident sanitaire. « Derrière cela, c’est un système global qu’il faut dénoncer », explique Fabien Gay. « On est dans un système où c’est la rentabilité financière et les marges qui sont les plus forts. Et on le voit dans une crise comme celle-ci, à un moment ça craque […] Aujourd’hui, c’est Lactalis, et demain, ce sera d’autres. »

Lactalis : « C'est un système global qu’il faut dénoncer », réagit Fabien Gay (PCF)
02:14
Images : Flora Sauvage

« Le principe de précaution fait croire aux gens que le risque zéro est existant alors que ce n’est pas le cas »

« La problématique qu’on a à se poser, c’est de savoir si aujourd’hui si le risque encouru est véritablement un risque énorme ou si ce qui s’est passé a été disproportionné », essaye de tempérer le sénateur LR de Haute-Loire. Éleveur dans sa vie professionnelle, Laurent Duplomb insiste sur la qualité rigoureuse des produits français et rappelle que les décès liés à une intoxication alimentaire étaient estimés à 15.000 en 1950 (un chiffre présenté dans un rapport  sénatorial de 2004 sur la sûreté alimentaire).

Malgré les contrôles, le risque zéro ne pourra pas être atteint, selon lui. « Aujourd’hui on a énormément progressé sur la qualité de la nourriture, sur la qualité sanitaire. Il faut raison garder par rapport à toutes ces choses-là. On ne peut pas faire des procès sans cesse, disproportionnés […] Le principe de précaution fait croire aux gens que le risque zéro est existant alors que ce n’est pas le cas. »

Lactalis : « On a énormément progressé sur la qualité sanitaire. Il faut raison garder », pour Laurent Duplomb (LR)
01:59
Images : Flora Sauvage

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
6min

Politique

Budget, fin de vie, crises, tests antidrogue et ambitions : retour sur une année de gouvernement Lecornu

Le premier ministre souffle en toute discrétion sa première bougie à Matignon. Après un faux-départ, il a réussi à faire adopter le budget 2026, ce qui était loin d’être acquis. Mais impossible de lancer de grandes réformes, à l’exception de l’adoption, malgré l’absence de majorité absolue, du texte sur la fin de vie. Quant à l’idée d’être le recours de son camp pour 2027, il l’écarte. S’il passe l’écueil du dernier budget, il pourrait aller au bout du quinquennat.

Le

Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
10min

Politique

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.

Le

Blois: Political figure at summer convention campusPS.
6min

Politique

François Ruffin tenté par la primaire du PS, mais rabroué par Raphaël Glucksmann : que disent les règles de participation à ce scrutin ?

François Ruffin espère participer à la primaire co-organisée par le Parti socialiste, une idée que laisse prospérer Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS. Présenté comme le favori de cette primaire, Raphaël Glucksmann défend le mode d'organisation actuel, et rappelle que le principe d’un scrutin limité à l’arc social-démocrate a été validé par un vote des militants socialistes.

Le

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la réaction de Sébastien Lecornu après les fuites sur le budget peine à convaincre au Sénat
7min

Politique

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la contre-attaque de Sébastien Lecornu, après les fuites sur le budget, interpelle au Sénat

La saisine de la procureure de Paris, après la divulgation dans la presse de pistes de travail, non arbitrées, sur la taxation de l’épargne salariale, a surpris au sein de la commission des finances du Sénat. Plusieurs sénateurs n’adhérent pas à la version de fuites qui auraient échappé au contrôle du gouvernement.

Le