Affaire Pénélope Fillon : le candidat tente de « déplacer le terrain » sur le féminisme

Affaire Pénélope Fillon : le candidat tente de « déplacer le terrain » sur le féminisme

Face à la polémique de l’affaire Pénélope Fillon, l’équipe du candidat est contrainte de répondre. François Fillon allume un contre-feu sur le terrain du féminisme, tandis que ses proches soutiennent que sa femme travaillait bien pour lui. Mais les versions divergent.
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Communication de crise. L’article du Canard Enchaîné tombe mal pour la campagne de François Fillon. L’hebdomadaire révèle que sa femme Pénélope a été rémunérée à hauteur de 500.000 euros sur plusieurs années comme collaboratrice parlementaire de son mari ou de son suppléant. Employer sa femme ou sa fille comme assistant parlementaire est parfaitement légal, mais est encadré (voir notre article). Un emploi fictif avec de l’argent public, moins. Selon Le Parisien, le parquet financier a ouvert une enquête pour tirer l’affaire au clair.

En déplacement à Bordeaux auprès d’Alain Juppé – événement pour le coup éclipsé – François Fillon a répondu à ces révélations. « La séquence des boules puantes est ouverte. Je ne ferai pas de commentaire parce qu'il n'y a rien à commenter. Et je voudrai simplement dire que je suis scandalisé par le mépris et par la misogynie de cet article ». Il ajoute : « Parce que c'est mon épouse, elle n'aurait pas le droit de travailler? Imaginez un seul instant qu'un homme politique dise qu'une femme, comme le dit cet article, ne sait faire que des confitures. Toutes les féministes hurleraient ! »

« On peut y voir la patte d’Anne Méaux, c’est tellement classique et old school »

Plutôt que de répondre sur le fond de l’affaire, à savoir s’agit-il d’un emploi fictif ou pas, François Fillon allume un contre-feu, crie au machisme et se place en défenseur des femmes. Une communication de crise, spécialité d’Anne Méaux. La patronne d’Image 7 conseille les patrons du CAC 40 depuis des années et… François Fillon. Elle est officiellement responsable de la communication du candidat pour la campagne.

Dans un entretien à L’Expansion, en 2010, Anne Méaux, donnait sa définition de la communication de crise. « Face à une crise, il ne faut ni surestimer ni sous-estimer le problème. Il faut comprendre à temps quand ça devient une vraie crise, quand l'opinion publique est touchée. (…)  Il faut aussi déterminer le tempo et élaborer un message d'attente. (…) Pour bien gérer une crise, il faut aussi avoir préparé le terrain depuis longtemps. Si vous avez une image sympathique et solide, c'est quand même plus facile de faire face à un orage médiatique ». La communicante affirmait dans la même interview que « quand on parle au grand public, il y a plus d'affect que lorsqu'on s'adresse aux analystes financiers ».

Pour Philippe Moreau Chevrolet, lui-même communicant et dirigeant de MCBG Conseil, la réponse de François Fillon est signée. « On peut y voir la patte d’Anne Méaux, c’est tellement classique et old school. Le fait de déplacer le terrain sur autre chose, c’est forcément une idée de communicant. Là où ce n’est pas bien joué, c’est que c’est à contre-emploi. François Fillon n’a pas une base féministe, il n’est pas sur ce positionnement. Et ça se voit ».

« Une autre ligne de défense aurait été préférable » selon le communicant, « aujourd’hui, la gestion de crise repose autant que faire se peut sur la transparence. Si on est coupable, on s’excuse et on repart. Il valait mieux assumer le fait que c’est vrai, qu’il a versé un salaire et trouver les arguments. Ça ne donnait pas l’impression de botter en touche ».

« Comme François Fillon a 15 porte-paroles, ça crée 15 paroles »

En écoutant les soutiens du candidat prendre sa défense, Philippe Moreau Chevrolet note « une certaine cacophonie ». « Ça ne me surprend pas. Comme François Fillon a 15 porte-paroles, ça crée 15 paroles. On sent que ce n’est pas complètement rodé, qu’il n’y pas vraiment de coordination. Il faudrait réduire le nombre de porte-paroles. C’est une armée mexicaine car il est été obligé de rassembler ».

Les membres de l’équipe Fillon n’ont en effet pas tous tenu le même discours. S’ils ont répondu sur le fond, en affirmant que Pénélope Fillon travaillait bien, il ne l’on pas vue au même endroit… « Je l’ai vue à de multiples circonstances, y compris à l’Assemblée nationale. Écoutez, je ne connais pas le détail de son travail. Ce que je peux dire, c'est que je l’ai vue souvent » a répondu le député Bernard Accoyer. Sur LCI, le coordinateur de campagne et président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau, renvoit lui à la terre d’origine du candidat : « Allez en Sarthe et demandez si Pénélope Fillon, on la voit ou on ne la voit pas. Évidemment, à Paris, beaucoup moins ». Florence Portelli, porte-parole du candidat, ne parle pas non plus de la capitale sur France Info : « Si on n’a pas vu madame Fillon au Palais Bourbon, c’est que madame Fillon était dans la Sarthe »… Manque plus qu’une réaction : celle de Pénélope Fillon.

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