Affaire Pénélope Fillon : le candidat tente de « déplacer le terrain » sur le féminisme
Face à la polémique de l’affaire Pénélope Fillon, l’équipe du candidat est contrainte de répondre. François Fillon allume un contre-feu sur le terrain du féminisme, tandis que ses proches soutiennent que sa femme travaillait bien pour lui. Mais les versions divergent.

Affaire Pénélope Fillon : le candidat tente de « déplacer le terrain » sur le féminisme

Face à la polémique de l’affaire Pénélope Fillon, l’équipe du candidat est contrainte de répondre. François Fillon allume un contre-feu sur le terrain du féminisme, tandis que ses proches soutiennent que sa femme travaillait bien pour lui. Mais les versions divergent.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Communication de crise. L’article du Canard Enchaîné tombe mal pour la campagne de François Fillon. L’hebdomadaire révèle que sa femme Pénélope a été rémunérée à hauteur de 500.000 euros sur plusieurs années comme collaboratrice parlementaire de son mari ou de son suppléant. Employer sa femme ou sa fille comme assistant parlementaire est parfaitement légal, mais est encadré (voir notre article). Un emploi fictif avec de l’argent public, moins. Selon Le Parisien, le parquet financier a ouvert une enquête pour tirer l’affaire au clair.

En déplacement à Bordeaux auprès d’Alain Juppé – événement pour le coup éclipsé – François Fillon a répondu à ces révélations. « La séquence des boules puantes est ouverte. Je ne ferai pas de commentaire parce qu'il n'y a rien à commenter. Et je voudrai simplement dire que je suis scandalisé par le mépris et par la misogynie de cet article ». Il ajoute : « Parce que c'est mon épouse, elle n'aurait pas le droit de travailler? Imaginez un seul instant qu'un homme politique dise qu'une femme, comme le dit cet article, ne sait faire que des confitures. Toutes les féministes hurleraient ! »

« On peut y voir la patte d’Anne Méaux, c’est tellement classique et old school »

Plutôt que de répondre sur le fond de l’affaire, à savoir s’agit-il d’un emploi fictif ou pas, François Fillon allume un contre-feu, crie au machisme et se place en défenseur des femmes. Une communication de crise, spécialité d’Anne Méaux. La patronne d’Image 7 conseille les patrons du CAC 40 depuis des années et… François Fillon. Elle est officiellement responsable de la communication du candidat pour la campagne.

Dans un entretien à L’Expansion, en 2010, Anne Méaux, donnait sa définition de la communication de crise. « Face à une crise, il ne faut ni surestimer ni sous-estimer le problème. Il faut comprendre à temps quand ça devient une vraie crise, quand l'opinion publique est touchée. (…)  Il faut aussi déterminer le tempo et élaborer un message d'attente. (…) Pour bien gérer une crise, il faut aussi avoir préparé le terrain depuis longtemps. Si vous avez une image sympathique et solide, c'est quand même plus facile de faire face à un orage médiatique ». La communicante affirmait dans la même interview que « quand on parle au grand public, il y a plus d'affect que lorsqu'on s'adresse aux analystes financiers ».

Pour Philippe Moreau Chevrolet, lui-même communicant et dirigeant de MCBG Conseil, la réponse de François Fillon est signée. « On peut y voir la patte d’Anne Méaux, c’est tellement classique et old school. Le fait de déplacer le terrain sur autre chose, c’est forcément une idée de communicant. Là où ce n’est pas bien joué, c’est que c’est à contre-emploi. François Fillon n’a pas une base féministe, il n’est pas sur ce positionnement. Et ça se voit ».

« Une autre ligne de défense aurait été préférable » selon le communicant, « aujourd’hui, la gestion de crise repose autant que faire se peut sur la transparence. Si on est coupable, on s’excuse et on repart. Il valait mieux assumer le fait que c’est vrai, qu’il a versé un salaire et trouver les arguments. Ça ne donnait pas l’impression de botter en touche ».

« Comme François Fillon a 15 porte-paroles, ça crée 15 paroles »

En écoutant les soutiens du candidat prendre sa défense, Philippe Moreau Chevrolet note « une certaine cacophonie ». « Ça ne me surprend pas. Comme François Fillon a 15 porte-paroles, ça crée 15 paroles. On sent que ce n’est pas complètement rodé, qu’il n’y pas vraiment de coordination. Il faudrait réduire le nombre de porte-paroles. C’est une armée mexicaine car il est été obligé de rassembler ».

Les membres de l’équipe Fillon n’ont en effet pas tous tenu le même discours. S’ils ont répondu sur le fond, en affirmant que Pénélope Fillon travaillait bien, il ne l’on pas vue au même endroit… « Je l’ai vue à de multiples circonstances, y compris à l’Assemblée nationale. Écoutez, je ne connais pas le détail de son travail. Ce que je peux dire, c'est que je l’ai vue souvent » a répondu le député Bernard Accoyer. Sur LCI, le coordinateur de campagne et président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau, renvoit lui à la terre d’origine du candidat : « Allez en Sarthe et demandez si Pénélope Fillon, on la voit ou on ne la voit pas. Évidemment, à Paris, beaucoup moins ». Florence Portelli, porte-parole du candidat, ne parle pas non plus de la capitale sur France Info : « Si on n’a pas vu madame Fillon au Palais Bourbon, c’est que madame Fillon était dans la Sarthe »… Manque plus qu’une réaction : celle de Pénélope Fillon.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Affaire Pénélope Fillon : le candidat tente de « déplacer le terrain » sur le féminisme
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Affaire Pénélope Fillon : le candidat tente de « déplacer le terrain » sur le féminisme
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le