Affaire Tapie: la CJR enquête sur Eric Woerth pour une ristourne fiscale après l’arbitrage
Eric Woerth, ancien ministre sarkozyste du Budget, a-t-il accordé un coup de pouce fiscal non justifié à Bernard Tapie pour...

Affaire Tapie: la CJR enquête sur Eric Woerth pour une ristourne fiscale après l’arbitrage

Eric Woerth, ancien ministre sarkozyste du Budget, a-t-il accordé un coup de pouce fiscal non justifié à Bernard Tapie pour...
Public Sénat

Par Mehdi CHERIFIA

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Eric Woerth, ancien ministre sarkozyste du Budget, a-t-il accordé un coup de pouce fiscal non justifié à Bernard Tapie pour minorer ses impôts après son arbitrage controversé ? La Cour de Justice de la République (CJR) enquête désormais sur cette question, nouveau front d'un dossier déjà tentaculaire.

Une information judiciaire a été ouverte pour "concussion", c'est-à-dire l'octroi d'un avantage indu, "il y a environ un mois", a indiqué jeudi une source judiciaire, confirmant une information du Parisien. Soit quelques semaines avant la relaxe dont a bénéficié mardi M. Tapie dans son procès au pénal pour des soupçons d'"escroquerie" dans le cadre de cet accord.

La CJR est la seule instance habilitée à juger des membres du gouvernement pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions. Contestée, son existence-même est en sursis.

C'est le procureur général près la Cour de cassation, actuellement François Molins, l'ancien procureur de la République de Paris, qui saisit la commission d'instruction de la CJR.

Dans le cadre de l'arbitrage de 2008, annulé depuis au civil, l'ancien président de l'Olympique de Marseille s'était vu accorder 403 millions d'euros pour solder son litige avec le Crédit lyonnais concernant la vente d'Adidas. Une partie de l'argent a été versée à la holding de l'homme d'affaires GBT (Groupe Bernard Tapie).

Pour l'administration fiscale, l'argent versé à GBT devait être taxé au titre de l'impôt sur les sociétés (33,3%) mais le camp Tapie demandait l'application du régime, beaucoup plus favorable, des plus-values (1,67%).

- Non-lieu pour l'hippodrome de Compiègne -

Finalement, dans une lettre du 2 avril 2009, le cabinet du ministre du Budget, Eric Woerth, actuellement député (LR) à la tête de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, avait décidé de taxer deux tiers de l'indemnité à 1,67% et un tiers à 33,3%.

"Il s'agit d'une question d'imposition très technique, très complexe, qui a été analysée par des spécialistes à l'époque et ensuite sans doute avalisée par le ministre", a réagi auprès de l'AFP Me Jean-Yves Leborgne, l'avocat d'Eric Woerth.

Une information judiciaire, toujours en cours, avait été initialement ouverte dans ce volet en mars 2016 par le parquet de Paris, à la suite d'une lettre du procureur général près la Cour des comptes, Gilles Johanet, transmise à Bercy puis à la justice.

Dans son courrier, ce haut magistrat s'interrogeait sur "les conditions très favorables d'imposition" accordées par Eric Woerth, à Bernard Tapie.

Une source proche du dossier avait relevé à l'époque que la solution proposée par l'administration fiscale aurait entraîné un paiement de l'impôt de 100 millions d'euros et que GBT avait payé en définitive 11 millions d'euros.

"Cette histoire est une vaste plaisanterie. C'est sur la suggestion de l'administration fiscale qu'un accord sur cette imposition avait été trouvé à l'époque", a-t-on réagi jeudi dans l'entourage de M. Tapie, sollicité par l'AFP.

Eric Woerth avait déjà fait l'objet d'une enquête de la Cour de Justice de la République concernant la vente controversée de l'hippodrome de Compiègne (Oise) en 2010. Soupçonné de "prise illégale d'intérêts", il avait obtenu un non-lieu fin 2014.

Saisie du cas de Christine Lagarde, qui était ministre de l'Economie au moment de l'arbitrage, la CJR l'avait déclarée coupable fin 2016 de "négligence" pour ne pas avoir exercé de recours contre la sentence arbitrale, mais elle l'avait dispensée de peine.

Partager cet article

Dans la même thématique

The back-to-school campus of the Republicans party – Pavillon Baltard, Nogent-sur-Marne, 2026-09-12
4min

Politique

Logement : Bruno Retailleau propose de déduire de l’impôt, les intérêts d'emprunt pour un prêt immobilier, en fonction du nombre d'enfants

Face à la hausse des prix, notamment de l’énergie, et aux appels à la mobilisation contre la vie chère, le thème du pouvoir d’achat s’impose dans cette précampagne présidentielle. Lors d’une conférence de presse, mardi après-midi, Bruno Retailleau a rappelé ses principales mesures pour faire baisser le prix de l’essence, de l’énergie, et faire que le travail paye plus. En ce qui concerne le logement, le sénateur veut relancer le secteur en permettant de déduire de l’impôt, les intérêts d’emprunt pour un prêt immobilier en fonction du nombre d’enfants.

Le

La prochaine élection présidentielle aura lieu les 18 avril et 2 mai 2027 (source au sein de l’exécutif)
7min

Politique

Sondage : Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe se disputent le second tour face à Marine Le Pen

Le Monde a sorti ce dimanche la troisième vague de son enquête en partenariat avec le Cevipof, Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne sur la présidentielle. Regain d’intérêt pour la campagne et désir de radicalité dessinent une configuration où, pour l’instant, Marine Le Pen est en tête et Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe se disputent l’accès au second tour.

Le

Bloche
11min

Politique

Violences sexuelles dans le périscolaire : que retenir de l'audition de Patrick Bloche au Sénat ?

L'ancien premier adjoint chargé de l'éducation, de la petite enfance et des familles à la mairie de Paris entre 2017 et 2024 puis premier adjoint, Patrick Bloche, est entendu ce mardi par la commission d'enquête sénatoriale sur le périscolaire en France, après son ancienne maire Anne Hidalgo. L'actuel édile de la capitale, Emmanuel Grégoire, doit à son tour être auditionné mercredi 16 septembre.

Le

Affaire Tapie: la CJR enquête sur Eric Woerth pour une ristourne fiscale après l’arbitrage
4min

Politique

Dette : « Nous approchons à grand pas d’un accident financier majeur », alerte Bruno Le Maire

Invité de la matinale de Public Sénat, l’ancien ministre de l’Economie a tiré la sonnette d’alarme sur la situation financière de la France. Bruno Le Maire met sur la table plusieurs mesures d’économies sur les retraités et les fonctionnaires - tout en proposant une réforme institutionnelle profonde de la procédure budgétaire, réduisant notamment le droit d’amendement des parlementaires.

Le