Affaires Floyd/Traoré : quand les indignations se rejoignent
Mardi à Paris, 20 000 personnes ont bravé l’interdiction de manifester pour répondre à l’appel du comité de soutien de la famille d’Adama Traoré, mort en 2016 lors d’une intervention de gendarmerie. Une manifestation qui faisait écho à celles organisées outre-Atlantique suite à la mort de George Floyd.

Affaires Floyd/Traoré : quand les indignations se rejoignent

Mardi à Paris, 20 000 personnes ont bravé l’interdiction de manifester pour répondre à l’appel du comité de soutien de la famille d’Adama Traoré, mort en 2016 lors d’une intervention de gendarmerie. Une manifestation qui faisait écho à celles organisées outre-Atlantique suite à la mort de George Floyd.
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« Je n’avais jamais vu autant de monde dans une manifestation. C’était incroyable de voir tous ces jeunes exprimer une rancune qui se nourrit depuis de longues années dans les quartiers populaires ». La sénatrice écologiste de Paris, Esther Benbassa n’en est pourtant pas à sa première manifestation. Avec 52 mobilisations de gilets jaunes à son actif, la sénatrice très engagée dans la lutte contre les violences policières, a évidemment répondu à l’appel à la manifestation du comité de soutien de la famille d’Adama Traoré hier devant le tribunal de grande instance Paris.

Pourtant interdite par la préfecture de police en début d’après-midi, 20 000 personnes avaient fait le déplacement pour réclamer une énième fois « justice et vérité pour Adama » décédé en 2016 après une intervention musclée de la gendarmerie à Beaumont-sur-Oise. Quatre jours après les résultats d’une expertise médicale exonérant la responsabilité des militaires dans la mort du jeune homme de 24 ans, un nouvel examen réalisé à la demande de la famille indique au contraire que la mort d’Adama Traoré serait due au « plaquage ventral » réalisé par les gendarmes. Des résultats qui résonnent avec l’actualité Outre-Atlantique où la mort de George Floyd lors d’une intervention policière à Minneapolis la semaine dernière, a entraîné une vague de manifestations pour dénoncer les violences policières liées à un racisme structurel.

Christophe Castaner : « Il y a une police républicaine qui protège y compris du racisme »

« Aux États-Unis, un homme est mort provoquant une vague d'indignation dans le pays et bien au-delà » avait commenté mardi matin le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner interrogé à l’Assemblée nationale par la députée LFI, Sabine Rubin sur le cas du jeune Gabriel, grièvement blessé au visage lors d’une intervention policière la semaine dernière. « Il y a une police républicaine qui dans ce pays protège les femmes et les hommes de tout y compris du racisme. Il y a une police républicaine qui est engagée jour et nuit pour la sécurité des citoyens » avait-il poursuivi.

Boris Vallaud : « Le racisme étouffe partout, la police doit être exemplaire partout »

Quelques heures plus tard, les manifestants n’ont pourtant pas hésité à faire le parallèle avec l’affaire George Floyd en arborant des pancartes telles que « Black livesMatter » ou « I can’tbreath » les derniers mots de Georges Floyd. « Le fait qu'il y ait 20 000 personnes hier dit quelque chose (...) Le racisme étouffe partout, la police doit être exemplaire partout et la France doit être un modèle » a réagi le député PS, Boris Vallaud, sur Public Sénat.

Gérard Larcher se refuse « à comparer les affaires Traoré et Floyd »

La manifestation s’est conclue par des échauffourées et l’interpellation de 18 personnes. « Rien ne justifie les débordements survenus ce soir à Paris, alors que les rassemblements de voie publique sont interdits pour protéger la santé de tous ». Sur RTL, le président du Sénat, Gérard Larcher s’est refusé « à comparer les affaires Traoré et Floyd ». « Nous sortons d’une période de confinement et une manifestation de milliers de personnes est inacceptable. Nous sommes dans un État de droit. Les décisions de justice doivent être respectées » a-t-il ajouté.

François Grosdidier « en rupture totale » avec l’idée d’Éric Ciotti

Les « relations difficiles entre les forces de sécurité intérieure et la population » pointée dans un rapport du Sénat de 2018, exacerbées depuis par la crise des gilets jaunes, conduisent bon nombre de responsables politiques à réfléchir à cette question. Dernier en date, le député LR, Éric Ciotti qui a déposé une proposition de loi visant à interdire la diffusion, sous peine de 15 000 euros d’amende et un an d’emprisonnement, « la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires, de policiers municipaux ou d’agents des douanes ».  « Je suis en rupture totale avec cette idée qui laissera penser qu’on veut couvrir des violences policières lui répond le sénateur de son parti, François Grosdidier, co-auteur du rapport sur le malaise des forces de sécurité intérieure. « Il faut au contraire la plus grande transparence sur les interventions. Ça passe par équiper les fonctionnaires de caméras-piétons qui protégeront à la fois les agents et les citoyens » plaide-t-il. En ce qui concerne la technique décriée de plaquage ventrale, le sénateur de Moselle considère « qu’on ne peut supprimer une technique professionnelle d’intervention dès lors qu’on n’a pas d’autre alternative. Les policiers français ne compressent pas le cou du contrevenant comme on peut le voir dans l’affaire George Floyd, ça n’a rien à voir » assure-t-il.

Esther Benbassa veut détacher l’IGPN du ministère de l’Intérieur

Pour Esther Benbassa, l’apaisement entre la population et les forces de l’ordre devra nécessairement passer par un changement de doctrine dans la formation des policiers. « Il faut aussi détacher l’IGPN du ministère de l’Intérieur. On ne peut pas être juge et partie dans le contrôle des forces de l’ordre. Les syndicats policiers doivent prendre la mesure de ce qui se passe et changer de langage pour apaiser la population. C’est dommage d’entendre dire : tout le monde déteste la police, alors qu’ils sont là pour nous protéger ».

 

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