Agriculteurs en colère : Marc Fesneau sous le feu des critiques des sénateurs

Lors des questions d’actualité au gouvernement, le ministre de l’Agriculture a subi une salve d’interpellations des sénateurs sur la crise agricole. Marc Fesneau a principalement axé ses réponses sur la simplification des normes et l’application par tous les acteurs de la loi Egalim.
Rédaction Public Sénat

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7 questions de sénateurs ont porté ce mercredi sur le mouvement des agriculteurs qui s’intensifie de jour en jour. On n’en attendait pas moins de la part de la Haute assemblée chambre des territoires. Les critiques les plus vives sont venues du sénateur LR, Laurent Duplomb. « (Les agriculteurs) ne comprennent plus ce que la France et son gouvernement veut : nourrir sans produire, cultiver sans culture, élever sans élevage […] Ils ne supportent plus ces interdictions qui leur empêche de faire leur travail, comme sur les néonicotinoïdes […] Ils ne supportent plus qu’on les bassine avec ces soi-disant méga bassines […] Ils ne supportent plus le poids de cette folie administrative, de cette technocratie abrutissante […] qui tue les paysans petit à petit ».

« Faites taire tous ces soldats verts de l’écologie punitive »

Le sénateur de la Haute-Loire finit par apostropher le Premier ministre. « Faites rentrer et retenez vos tigres de la DREAL, de la DDT, de l’OFB, de l’inspection du travail de la police de l’eau afin qu’ils arrêtent cette pression insupportable […] faites taire tous ces soldats verts de l’écologie punitive […] Faites confiance au bon sens plutôt qu’à cette gauche bobo qui n’a de cesse de donner des leçons et de produire des interdits », a-t-il scandé sous des applaudissements nourris de la majorité sénatoriale de droite après avoir largement dépassé son temps de parole.

Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau a d’abord appelé l’élu à la modération. « Ne jetez pas à la vindicte populaire ou agricole, les administrations de l’Etat au niveau national comme au niveau territorial. Prenons nos responsabilités ». Sur le fond, le ministre a rappelé que le gouvernement s’était inspiré des travaux du Sénat, notamment sur « le plan de fruits et légumes, ou les groupements fonciers agricoles ». Après le report de la présentation de son « plan d’orientation agricole », Marc Fesneau a promis que le texte porterait des éléments de souveraineté alimentaire, et sur la simplification des normes ».

« On ne peut pas avoir de double discours »

Toujours du côté des LR, Kristina Pluchet a souligné que son parti alertait depuis 10 ans sur « les inepties idéologiques qui sont devenues le credo de votre majorité ». La sénatrice a dénoncé le soutien de Renaissance à Bruxelles de la stratégie européenne, « farm to fork », la proposition de règlement sur la restauration de la nature ou encore l’accord de libre-échange avec la Nouvelle Zélande. « Cette crise met le projecteur sur les effets délétères du en même temps. Comment pouvez-vous assumer un discours à Paris et des votes inverses à Strasbourg ? »

Des attaques que le ministre s’est empressée de retourner à l’envoyeur. « Le groupe dans lequel sont vos représentants, le PPE (au Parlement européen) a voté en grande partie les textes que vous évoquez […] Il faut assumer. On ne peut pas avoir de double discours », a-t-il enjoint rappelant qu’Ursula von der Leyen, la présidente de la commission européenne faisait partie d’une formation proche du parti LR. Marc Fesneau a néanmoins esquissé un mea culpa. « Sur le Green Deal (le Pacte Vert) personne ne s’est assez interrogé sur la compatibilité entre ses exigences environnementales et les capacités productives de la France. Je le dis pour nous-même mais ça nous concerne tous ». Il a également rappelé que la France s’était opposée à la ratification du traité de libre-échange du Mercosur et d’un autre avec l’Australie. Tout en soulignant que l’agriculture française avait besoin d’exportations notamment pour les fromages, les vins, les céréales.

« Votre gouvernement et le syndicat majoritaire font de la diversion en réduisant la contestation à celle des normes environnementales »

Le gouvernement a également été attaqué sur sa gauche. Le sénateur écologiste, Daniel Salmon a axé son argumentation sur la faiblesse des revenus agricoles due, selon lui, aux marges de l’agro-industrie qui ont atteint 43 % en 2023. « Votre gouvernement et le syndicat majoritaire font de la diversion en réduisant la contestation à celle des normes environnementales. Le syndicat majoritaire agite l’écologie comme un épouvantail pour mieux masquer les échecs sinistres des politiques menées depuis une décennie », a-t-il fustigé, citant en premier lieu la confiscation de la PAC par une minorité, la dérégulation des marchés. « Quand allez-vous faire œuvre de justice sociale […] pour que les paysans soient rétribués à la hauteur de leur travail ? »

Marc Fesneau a souligné que le respect de la loi Egalim serait au cœur de la réflexion du gouvernement dans les prochaines heures. Répondant sur la contestation des normes écologiques, le ministre estime que ce sentiment est collectif « parce que quand on vient cumuler des normes et des contraintes. Comment voulez-vous que ce soit perçu par les agriculteurs ? On a besoin collectivement de réconcilier. Or, les agriculteurs le vivent comme une punition […] On a un sujet d’images. Il faut qu’on arrête de dire du mal de l’agriculture dans les médias. L’agriculture française est vertueuse, performante, de qualité ». Le ministre a conclu en affirmant que si la France avait besoin de la transition écologique, elle devait être appréciée « à l’aune de la souveraineté et de la capacité des agriculteurs à le faire ».

« N’opposons pas les modèles »

Le sénateur socialiste Jean-Claude Tissot a insisté sur la diversité du malaise agricole français, en fonction des régions et des filières. Il a reproché au gouvernement de n’apporter depuis 6 ans que des réponses d’urgence sans être porteur d’un véritable projet. « Mais ne nous trompons pas de diagnostic. La crise est avant tout économique. Les géants de l’agroalimentaire se mènent une guerre des prix toujours plus forte dont les agriculteurs sont toujours les grands perdants. Ce n’est pas en cédant aux lobbys agro-industriels sur l’abaissement des normes, ni en revenant sur les avancées environnementales du Pacte Vert que nous répondrons à cette situation ». Agriculteur de profession, Jean-Claude Tissot préconise, au contraire, de rémunérer l’ensemble des services environnementaux rendus par les agriculteurs, de retravailler les aides de la PAC, mais aussi d’adopter une loi foncière qui favoriserait l’installation des agriculteurs.
Une nouvelle fois, Marc Fesneau a, lui, insisté sur l’enjeu de la simplification des normes et a rappelé le bilan du gouvernement en citant les lois Egalim, et sur les moyens mis en place, 250 millions d’euros, pour accompagner les alternatives aux produits phytosanitaires. « Nous sommes une puissance exportatrice. N’opposons pas les modèles. Nous avons besoin de modèles qui viennent satisfaire nos besoins domestiques », a-t-il reconnu.

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